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Oeuvres Poétiques de Philippe Desportes

[1573]
Premières Oeuvres
Amours de Diane - I
Amours de Diane - II
Amours d'Hyppolyte - I

[1583]
Bergeries
Chanson
Les Amours de Cléonice
Nuict, mere des soucis...
Diverses Amours
Ceux qui liront ces vers...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Philippe Desportes
Philippe Desportes Portrait (détail)

[1546] - [1606]
Philippe Desportes

«L'an, comme un cercle rond qui tout en soi retourne,
En soi-même revient toujours en mouvement
Et du point de sa fin reprend commencement,
Courant d'un pied glissant qui jamais ne séjourne.»
Philippe Desportes, Le Cours de l'an.

Philippe Desportes, né à Chartres dans une famille de négociant de la riche bourgeoisie, reçoit une éducation soignée, fait de solides études classiques, prend la tonsure et s'engage dans la carrière ecclésiastique. Il devient secrétaire de l'évêque du Puy, et suit son maître à Rome: il s’accoutume aux moeurs policées, se forge une solide culture poétique, se familiarise aux oeuvres des poètes italiens, se sensibilise à la poésie de Pétrarque dont l’influence marquera fortement son œuvre.
De retour en France en 1567, il gagne, en le flattant habilement, la faveur du duc d’Anjou, le futur Henri III; il se pousse avec adresse dans le milieu des secrétaires de la Chambre, dans les salons influents (celui de la maréchale de Retz notamment) et dans les bonnes grâces de personnages haut placés. C’est le début d’une carrière de courtisan et d’écrivain exceptionnellement réussie.
En marge de celle des poètes de la Pléiade, son oeuvre est typiquement celle d'un poète de cour. Il chante ses amours (ou plutôt prête sa plume à des grands dont il chante, sous son nom, les amours): il compose ainsi «les Amours de Diane», puis «les Amours d’Hippolyte» (adressées à Marguerite de Valois, femme d’Henri de Navarre), ensembles de sonnets, de stances, de chansons qu’il réunit en 1573 dans un recueil intitulé Premières Oeuvres (dédié au duc d’Anjou) et auxquels il joint des Élégies, des Meslanges (en particulier des «Bergeries»), ainsi que des Imitations de l’Arioste qui étaient déjà parues dans un volume collectif.
Sa poésie est moins inspirée et plus conventionnelle que celle de Ronsard, ou de Joachim du Bellay. Marquant l'évolution du genre poétique du grand lyrisme et d'une poésie érudite et inspirée vers une poésie de salon, plus formelle, son oeuvre est davantage celle d'un virtuose de la langue que d'un poète inspiré, et tend parfois au maniérisme à force de raffinement.
En 1572, le duc d’Anjou emmène son favori en Pologne en qualité de secrétaire de sa chancellerie lorsqu’il est élu roi par la Diète; puis il fait de lui le lecteur de son cabinet et son poète favori quand, de retour en France, il succède à Charles IX en 1573.
Desportes, alors poète officiel et mondain, qui seconde le nouveau roi de ses talents, est comblé d'honneurs et de biens (plusieurs abbayes en particulier) et admis dans ses conseils.
Desportes vit sa carrière atteindre son apogée entre 1573 et 1583, période où il fait régulièrement rééditer ses Premières Oeuvres (on a pu parler à leur propos du plus grand succès de librairie au XVIe s.), en les augmentant: il y ajoute en 1583 «les Amours de Cléonice». Sa gloire ira jusqu'à éclipser celle de Ronsard dont il apparaît, à la cour, comme le rival bienheureux.
Après la mort d’Henri III, il se rallie à la Ligue, en faveur de laquelle il inclinait déjà depuis un moment, et collabore à la défense de Rouen contre Henri IV, mais, après quelques mois d’effacement prudent, il reparaît pour négocier la reddition des places normandes réfractaires.
Par la suite, sous le règne d'Henri IV, il se tint plus à l'écart de la vie de cour, laissant la place à d'autres auteurs, en particulier à Malherbe.
Il finira ses jours dans ses luxueuses retraites de Vanves et de l’abbaye de Bonport (qu’il a obtenue en échange de ses derniers services), jouissant paisiblement de ses confortables revenus, protégeant et accueillant généreusement les jeunes poètes et cultivant sur le tard la poésie religieuse: il publie des Prières et méditations chrestiennes et traduit les Psaumes «en vers françois» (la première édition, en 1591, en comprend soixante, l’édition posthume de 1603 cent cinquante). Bien qu’elle soit estimable, cette dernière oeuvre n’obtient qu’un succès médiocre.
Philippe Desportes, représentant le plus important de la génération qui a suivi celle de Ronsard et précédé celle de Malherbe, meurt à Bonport, chargeant avec indifférence son neveu Mathurin Régnier de défendre son oeuvre contre les critiques envieuses de Malherbe, qui vient de l’insulter avec une superbe «goujaterie» et qui crible d’annotations sévères son exemplaire des Premières Oeuvres. Desportes apparaît en effet comme l’héritier de Ronsard, à qui il a succédé comme prince des poètes et contre qui se définit la réforme de Malherbe. Mais son oeuvre (où l’on trouve déjà appliqués un grand nombre des préceptes qu’imposera cette réforme) s’est faite elle-même contre la poésie de Ronsard (ou du moins contre la poésie ambitieuse du jeune Ronsard). Elle se caractérise par une plus grande abstraction, une plus grande clarté (si elle abonde en pointes et figures imitées de la poésie italienne, elle répugne à la mythologie accessible aux seuls initiés) et surtout par la recherche d’une continuité égale et harmonieuse, d’une régularité élégante qui évite tout heurt, toute rupture dans le ton, le rythme ou la composition. Dans cette fluidité monotone, les contemporains ont reconnu une «douceur naturelle» qui leur a paru apporter dans la poésie amoureuse quelque chose de radicalement différent – douceur qui ne retient plus rien de l’enthousiasme, de la «fureur» de la Pléiade et contraste singulièrement avec la violence d’une époque troublée (on n’en trouve pas trace dans l’oeuvre de Desportes), douceur séduisante dont le poète a su user avec un opportunisme égal à celui dont il a fait preuve à la Cour et en politique.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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