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Oeuvres Poétiques d'Étienne Jodelle

[1574]
Amours
Comme un qui s'est perdu...
Contr'amours
VI - Ô traîtres vers,...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Étienne Jodelle
Étienne Jodelle, gravure du XVIe siècle. Paris, B.N.F.

[1532] - [1573]
Étienne Jodelle

«Plus de Dieu l'on dispute, et moins l'on en fait croire.»
Étienne Jodelle, Contre les ministres de la nouvelle opinion.

Né à Paris, dans une famille bourgeoise, Étienne Jodelle, élève de Muret au collège de Boncourt, commence sans doute très tôt à écrire des vers, dans le goût de Marot.
En 1552, à vingt ans, on le retrouve à Paris, lié au collège de Boncourt, qui abrite Belleau, Grévin et la Péruse. Il y fait jouer sa comédie l'Eugène, première tentative pour créer une comédie nationale. Jodelle semble avoir écrit une autre comédie, La Rencontre, qui, elle, est perdue. Eugène est une comédie bourgeoise, – première «comédie humaniste» –, dans laquelle (prologue) Jodelle rejette la tradition médiévale des mystères, préconisant le renouvellement du théâtre et la restauration du genre comique.
En février 1553, il fait représenter devant le roi Henri II, une pièce, Cléopâtre captive, première tragédie «à l'antique» en langue française, qui pose d’emblée les fondements de la tragédie classique: quand le rideau se lève, Antoine est mort, et le destin de Cléopâtre arrêté: elle n’a plus qu’à mourir, comme plus tard l’héroïne de l’autre tragédie que nous avons conservée de Jodelle, Didon se sacrifiant. L’action est réduite au minimum et ne s’étend que sur quelques heures; la pièce est un lent cérémonial éclatant et glacé, un long chant tragique. Elle provoque un enthousiasme délirant, célébré par la Brigade au cours d'un simulacre ce cérémonie bachique, la «Pompe du Bouc».
La fête du carnaval de 1553, au cours de laquelle sont représentées les deux oeuvres, scelle l’union du collège de Boncourt et de celui de Coqueret d’où est issue la Pléiade; elle marque aussi l’avènement en France d’un théâtre nouveau et lance le mouvement de redécouverte de la tragédie antique, respectant la règle des trois unités. Jodelle fut d'ailleurs le premier à utiliser l'alexandrin dans la tragédie. Salué avec enthousiasme par le public lettré et par les jeunes compagnons de Jodelle, les deux pièces, Cléopâtre captive et Eugène (1553), firent toute sa renommée. Sans doute écrit-il encore de nombreuses pièces: toutes sont perdues, à l'exeption d'une autre tragédie, Didon se sacrifiant (v.1565).
Dans sa lignée se situèrent des auteurs tels que Garnier et, au XVIIe siècle, Corneille. Ses pièces sont loin d'atteindre la perfection dans cette voie toute nouvelle, et il eut peine à se démarquer de ses illustres modèles que sont les Anciens. L'imitation des Anciens fut, comme pour ses compagnons de la Pléiade, un des moyens de ce renouveau, bien que Jodelle ne manquât pas de préciser qu'il convenait de dépasser la simple imitation pour répondre à des préoccupations plus contemporaines.
Les premiers succès, spectaculaires, sont suivis de bien des déboires et d'échecs cuisants: en 1558 les échevins de Paris le chargent d'organiser une grande fête à l'Hotel de Ville en l'honneur du roi et du duc de Guise, vainqueur de l'Angleterre à Calais. il y consacre beaucoup de temps et d'argent. Il compose un spectacle grandiose, avec décor à l'antique peuplé d'inscriptions, proverbes et devises, musique et «mascarade» inspirée de l'histoire des Argonautes (Jodelle joue le rôle de Jason). Mais le lieu se prête mal à l'entreprise, il y a beaucoup trop de monde, personne n'entend Orphée chanter, tout sombre dans le ridicule: le spectacle tourne à la catastrophe et ruine sa jeune carrière. Jodelle voit dans ce piteux échec une tragédie et l'effet de son «désastre accoutumé». Il en tire sa seule publication, le Recueil des inscriptions (1558), où le texte des devises et de la mascarade s'accompagne d'un récit-plaidoyer aussi furieux que douloureux. Il aura alors beau multiplier les pièces de circonstance, d’apparat, de polémique religieuse (en particulier la série de sonnets Contre les ministres de la nouvelle opinion), il voit échouer toutes ses tentatives pour réussir auprès des puissants.
Au cours des années 1567-1568, Jodelle qui, proche des milieux réformés pendant un temps, fait circuler des poèmes satiriques contre les protestants et Michel de l'Hospital, et les attaque violemment.
Vers 1569, on le trouve, avec Pontus de Tyard, dans le Salon de la maréchale de Retz, pour laquelle il écrit quelques-uns des plus beaux vers d'amour du XVIe siècle. Il reçoit de Charles IX 500 livres, pour un éloge de la Sainte-Barthélmy.
En 1573, sa terre est saisie, et Jodelle meurt à Paris dans la misère, après avoir dédié au roi un ultime sonnet qui finit par ce vers: «Qui se sert de la lampe au moins de l'huile y met.»; il meurt en maudissant et en insultant Dieu, délaissé, abandonné de ses confrères, que son intransigeance et sa présomption ont sans doute découragés, rejeté par un monde trop petit pour son idéal et ses ambitions; il meurt presque seul: Agrippa d'Aubigné, en droit pourtant d'abandonner lui aussi Jodelle, lui élève un «Tombeau» et tonne contre les pillards qui se partagent ses papiers. De son vivant il ne fit imprimer aucun volume de vers, ni aucune de ses oeuvres: ce sont quelques amis et Charles de la Mothe qui, un an après sa mort, se chargent de publier son oeuvre poétique souvent auprès d'éditeurs peu scrupuleux de la respecter, et dont une grande partie est perdue: il nous est resté des poèmes, parfois inachevés, qui traduisent le modernisme de son inspiration, redécouvert aujourd'hui.
Éditée en 1574, l'Oeuvre posthume comprend, outre les pièces déjà citées, des satires et des poèmes d’amour — des sonnets surtout, adressés notamment à la maréchale de Retz — où l’érotisme débouche sur le mysticisme; ils révèlent une singulière aventure spirituelle et poétique. L’originalité et le modernisme de l’inspiration de Jodelle, la singularité de son style qui disloque la syntaxe et la rythmique, son esthétique déjà baroque ont toujours dérouté: ces qualités ont fasciné ses contemporains et rebuté des générations de critiques «classiques» qui le tinrent éloigné du devant de la scène pendant longtemps.
On redécouvre aujourd’hui ce poète, puissant et mal-aimé, et dramaturge français, qui fut considéré par Ronsard comme le créateur du théâtre humaniste, l’une des gloires — mais la plus méconnue — de la Pléiade, et qui fut aussi musicien, peintre, architecte, orateur et «vaillant aux armes». De même, on représente de nouveau de nos jours sa Cléopâtre réputée illisible et injouable.
Le «démon» par lequel Jodelle était possédé et que célébrait Du Bellay n’a pas fini d’exercer ses pouvoirs.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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