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Oeuvres Poétiques de François de Malherbe

[1630]
Les Oeuvres de François Malherbe
Sur la Mort de son Fils



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
François de Malherbe
François de Malherbe, gravure du XVIe siècle (détail). Paris, B.N.

[1555] - [1628]
François de Malherbe

«Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence.»
Nicolas Boileau, L'Art poétique.

Né à Caen, en Normandie, François de Malherbe appartient à une famille qui se vante d'une vieille noblesse normande, mais dont le milieu social est celui des fonctionnaires et des juristes qui forment, dans cette ville, un groupe particulièrement actif.
Il fait des études dans sa ville natale, suit les cours de droit des universités de Caen et de Paris et, à l'étranger, de Heidelberg et de Bâle.
En 1576, ses études terminées, Malherbe va chercher fortune à Paris. Il entre dans la maison d'un haut personnage, fils naturel du roi Henri II, le duc Henri d'Angoulême et lorsque ce dernier est nommé gouverneur de la Provence, il le suit à Aix, attaché comme aide de camp et secrétaire, où il séjournera vingt ans durant.
Pendant trente ans environ, Malherbe partagera sa vie entre Caen et la Provence, et rien ne semble alors le destiner à devenir le poète officiel du roi de France. Il écrit très peu d'ailleurs, et se borne à laisser publier un petit nombre de pièces de vers dans les recueils collectifs qui jouent alors le rôle des revues littéraires actuelles. Le mariage (1581), la paternité, de fructueuses fréquentations, remplissent ces temps littéraires obscurs.
Après la mort du duc d'Angoulême en 1586, Malherbe continue à mener tantôt en Provence, tantôt en Normandie, la même vie; peu à peu cependant quelques poèmes commencent à se faire connaître.
L'événement décisif se produit en 1605; Guillaume du Vair, premier président au parlement de Provence, ayant à faire un voyage à Paris, emmène son ami Malherbe. Il le présente au roi. Henri IV confie au poète la mission d'écrire une ode sur la campagne militaire qu'il prépare contre les insurgés du Limousin. La Prière pour le Roi Henri le Grand allant en Limousin plaît au roi; Aussitôt, celui-ci l'attache au service de son grand écuyer, le duc de Bellegarde, puis le nommera plus tard gentilhomme ordinaire de la Chambre et lui assurera ainsi une situation stable à la cour. Il est entendu qu'il mettra son talent au service de la monarchie. Dès lors, il est le poète officiel de la cour.
La vie de Malherbe est désormais fixée, et du même coup la nature de son oeuvre. Poète officiel, il se spécialise dans la célébration des personnes de la cour, genre qu'il a inauguré avec l'Ode au roy Henry le grand (1596) et l'Ode de bienvenue à la reine Marie de Médicis (1600). À cette poésie politique, il convient d'associer étroitement la poésie religieuse. Dans la France d'Henri IV et de Marie de Médicis, la religion est liée à l'ordre monarchique. Ce n'est pas tellement le sentiment religieux qui importe, mais l'affirmation d'un ordre.
À la mort d'Henri IV, Marie de Médicis et Louis XIII le protègent. Il devient, plus encore qu'auparavant, le poète de la cour. Il le reste tant que Marie de Médicis dirige les affaires. Quand elle en est écartée, il se tient durant quelques années dans une sorte de retraite. Mais il voit monter la fortune de Richelieu; il s'attache à lui. Richelieu le nomme alors trésorier de France. La fin de sa vie est attristée par la mort de son fils, tué en duel (1627). Les vers de ses dernières années célèbrent la politique du Cardinal. C'est dans ce climat qu'il meurt à Paris en 1628.
La place de Malherbe dans l'histoire de la littérature résulte autant de son activité de poète de cour, ou, comme on disait plus précisément, comme «poète du Louvre» que comme grammairien.
En effet, s'il eut l'occasion d'illustrer sa théorie littéraire du vers dans ses propres ouvrages, c'est surtout à travers une analyse sévère des poésies profanes de Desportes (Remarques sur Desportes, 1606) qu'il expose ses principes de l'idéal poétique. Il s'y tint jusqu'à la fin de sa vie. Il l'enseignera à des jeunes gens qui l'ont pris pour maître.
Après 1615, il fera davantage. Il recevra régulièrement chez lui, non seulement des poètes, mais des gens de lettres occupés surtout de prose. À partir de ce moment, il ne sera plus seulement un maître de poésie, mais un maître de la langue.
Replacée dans l'histoire, sa doctrine revêt une signification précise. À cette époque où, en Italie, les moderni s'opposent aux antiquari, Malherbe est un moderne. Il a rompu avec la poésie des humanistes, et Ronsard n'est plus pour lui qu'un auteur dépassé. Chez les Anciens, il n'apprécie ni Homère ni Virgile, mais les auteurs en qui les modernes retrouvent avec raison leur propre goût, Sénèque le Tragique, Ovide, Martial, et par-dessus tout Stace.
C'est dire que Malherbe n'est pas pleinement un classique. On serait en droit plutôt de l'appeler baroque puisqu'il partage avec eux le goût de l'outrance, la recherche des extrêmes ingéniosités. Pourtant, on aurait tort de le rattacher aux Baroques pour les vers qu'il compose après 1605, puisqu'en principe il ne se laissait pas entraîner aux excès, d'ailleurs savoureux, de Laugier de Porchères par exemple.
À l'opposé de la doctrine des poètes de la Pléiade, qui l'influencèrent à ses débuts (les Larmes de saint Pierre, 1587) et pour qui «l'invention» était la première des vertus, Malherbe défendit une conception «artisanale» de la poésie, qui portait essentiellement sur la rigueur et la pureté de la forme: il invite le poète à n'exprimer que des thèmes éternels, considérés comme autant de prétextes à un usage précautionneux des rimes et des rythmes, dont l'harmonie ne peut provenir que d'un ordonnancement parfait (Imitation du psaume Lauda anima mea Dominum, 1627). Parallèlement, il milite en faveur d'une poésie nationale susceptible d'être comprise «par les crocheteurs de Port-au-foin», c'est-à-dire par les plus humbles sujets du roi.
Ce n'est donc pas par le sens de la mesure ni par la discrétion des moyens qu'il s'est imposé. C'est par un sentiment admirable de l'équilibre des formes et une exigence de netteté poussés à l'extrême. Il construit ses phrases et ses strophes avec une rigueur inconnue avant lui. La combinaison des mètres et des rimes n'est pas pour lui un problème accessoire de l'art poétique, elle n'est pas davantage un jeu gratuit. Elle lui fournit le moyen d'affirmer sa pensée avec plus de force.
C'est pour la même raison qu'il attache tant d'importance à la langue. Moderne, il écarte les mots et les tours qui, dans la poésie antérieure, ont vieilli. Il n'admet pas qu'une expression soit légitime pour cette seule raison qu'elle nous vient des Grecs et des Latins. Il ne connaît que l'usage vivant: non pas celui des professeurs de l'Université, non pas le jargon des métiers, ni celui des gens de robe, non pas, malgré sa boutade trop célèbre, celui des crocheteurs du port au Foin, mais la langue de la belle société, celle des salons, celle de Mme de Rambouillet.
Cette doctrine très simple s'impose. Malherbe vit encore lorsqu'il est considéré comme le maître de la nouvelle poésie et de la langue française. Chapelain, Guez de Balzac, Vaugelas n'ont pas d'autre doctrine que la sienne. L'Académie française, fondée six ans après sa mort, a d'abord été le rassemblement de ses disciples.
Poète-grammairien, il veut donner au siècle nouveau une langue nouvelle, se décrivant lui-même comme un «tyran des mots et des syllabes» qui cherche à fixer la langue française dans sa perfection et qui, de fait, consacre le règne de la clarté et de la simplicité, qui allaient devenir les principales valeurs de la littérature classique. Il a ainsi contribué à établir la langue pure, un peu appauvrie mais claire, juste, relativement stable, de l'époque classique. Par là, son rôle a été prépondérant dans la formation du Classicisme, et son influence considérable sur tout le XVIIe siècle.
Ses poèmes, publiés pour la plupart dans des recueils collectifs, ne furent réunis en volumes qu'après sa mort (les Oeuvres de François Malherbe, posthume, 1630).

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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