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Oeuvres Poétiques de Charles d'Orléans

[1444-1465]
Oeuvres poétiques
Le temps a laissié son manteau...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Charles d'Orléans
Charles d'Orléans et Marie de Clèves, tapisserie de Bruxelles, 1460. Paris, Bibl. des Arts décoratifs.

[1391] - [1465]
Charles d'Orléans

«Je meurs de soif en cousté la fontaine ;
Tremblant de froid au feu des amoureux.»
Charles d'Orléans, Ballades.

Contrairement à celle de Villon, dont nous ne savons pratiquement rien, la vie mouvementée du «Prince-poète» qu'est Charles d'Orléans nous est bien connue. Il naît à Paris; fils aîné, de sang royal par son père, Louis de France, duc d'Orléans, fils de Charles V et frère de Charles VI; sa mère Valantine Visconti, italienne, fille du duc de Milan, appartient à la prestigieuse famille Visconti de Milan.
Il a une enfance malheureuse et tourmentée. Dès son plus jeune âge, il connait des deuils successifs: il n'a que treize ans lorsque son père, – qui s'est engagé dans le conflit opposant les Armagnacs, dont il est, aux Bourguignons, partisans du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, – est assassiné (1407) par par les hommes de main du duc de Bourgogne; sa mère meurt en 1408, non sans l'avoir chargé auparavant de venger son père; à quatorze ans, il épouse en premières noces Isabelle de France, sa cousine germaine, fille du roi Charles VI et veuve du roi d'Angleterre Richard II qui malheureusement meurt un an après en 1409. Veuf à quinze ans, il se remarie en 1410 avec Bonne d'Armagnac, âgée seulement de 11 ans.
Soucieux d'exécuter les ordres de sa mère, Charles d'Orléans décide, à l'âge de seize ans, de consacrer sa vie à la lutte contre les Bourguignons. Cette vie pleine de dangers cesse plus tôt qu'il n'eût souhaité, lorsqu'il est fait prisonnier à la bataille d'Azincourt (1415). D'assez douce captivité, son emprisonnement en Angleterre durera vingt-cinq ans et s'achèvera en 1440.
L'«Écolier de mélancolie», durant ses vingt-cinq ans de captivité qui lui interdissent toute action, aura tout le loisir de s'intéresser à l'étude et d'approfondir sa vocation poétique: il composera entre autre quelques 125 poèmes en anglais. Charles d'Orléans y pleure sa patrie, sa deuxième jeune épouse disparue en 1415, trouve dans la tristesse de son destin des thèmes d'inspiration inépuisable et profondément humain.
Libéré en 1440, grâce à l'intervention du duc de Bourgogne, dont il épouse la nièce en troisième noces, la très jeune Marie de Clèves (celle-ci lui donnera deux filles et un fils qui deviendra le roi Louis XII), Charles réunit autour de lui quelques amis qui partagent ses goûts et cultivent ses manies, et se retire dans son château de Blois où il passera les quinze dernières années de sa vie.
Pendant les premières années qui suivent sa libération, il cherchera à réconcilier la France à l'Angleterre, ou à reconquérir l'héritage italien de sa mère, sans grand succès dans les deux cas. Après une ultime tentative guerrière en Italie (1448), il décide définitivement de se consacrer aux activités plus paisibles de la poésie. Il fuit alors la scène politique et les intrigues de la cour, cultivant sa solitude, renonçant aux luttes et querelles et installé le plus souvent à Blois, il se livre au «Nonchaloir», c'est à dire à une sérénité mêlée de mélancolie, qui refuse de se laisser troubler par le bruit du monde; il confessera: «Je suis celui au coeur vêtu de noir.»
C'est alors qu'il reçoit gentilshommes lettrés, beaux esprits et poètes, tel François Villon, et qu'il instaure des concours poétiques comme celui de la Ballade «Je meurs de soif auprès d'une fontaine!…», incipit sur lequel chacun des familiers de la Cour écrit son propre poème.
Charles se veut et se sait poète. En 1444, il réunit dans un manuscrit personnel, ses poèmes, parfois autographés, avec les répliques que lui donnent ses amis. Ce manuscrit s’organise d’abord selon un plan esthétique distinguant nettement les ballades amoureuses, encadrées par les deux fictions de la Retenue et de la Départie d’amour, les ballades diverses, les chansons et les complaintes. La plupart de ces poèmes en français, mais aussi en latin et en anglais, transcrits avec soin, ont été composés en sa prison d'Angleterre (Complainte de France; 1433, composée après dix-huit années d'emprisonnement en Angleterre; 89 chansons et 5 complaintes composées en Angleterre; 123 ballades, composées pour la plupart pendant sa captivité puis à Blois). Par la suite, la composition du recueil se brouille: des poèmes sont rajoutés au fur et à mesure de leur création (435 rondeaux), avec moins de soin dans la présentation mais qui témoignent (notamment les formes fixes) d'un grand souci formel. Les rondeaux ne prétendent plus être chantés, les ballades s’ajoutent aux deux cahiers déjà constitués.
Sa poésie, nourrie par une vie de dangers et de souffrances, se caractérise par la sincérité et la simplicité de l'expression. Avec l'âge, la solitude, l'«Écolier de mélancolie» teinte sa poésie de sagesse et de scepticisme. La mélancolie de l'exil cède aux délicatesses de l'amour courtois et aux aspects les plus intimes et les plus secrets de sa sensibilité poétique. Riches de résonances mystérieuses et d'enchantements féeriques, ses poésies recèlent une grâce inimitable, qui recrée le trajet d'un destin tragique, universel.

On remarque le retour des mêmes thèmes: la douleur de la captivité et de l'exil loin de la France, le temps qui passe, la vieillesse qui approche, l'amour, la décomposition du corps humain, la surimpression de sentiments divers et, par un rapprochement fortuit ou calculé, la rencontre d’impressions contradictoires.
Dans un langage resté très pur, le vocabulaire s’enrichit de notations concrètes, la métaphore fait marcher plus subtilement l’allégorie, le vers plus dense ébauche un dialogue plein de vivacité.
Poésie qui est encore un art de la conversation: avec la dame (les vertus de la Dame aimée), avec l’entourage, avec soi-même. Les images gravitent autour de thèmes symboliques riches de suggestions et les refrains ou sentences résument le savoir accumulé par d’austères lectures. Pas de pédantisme en ces cahiers de poésie: l’élégance est de déguiser le raffinement philosophique sous les costumes du monde familier.
Dans le registre amoureux, Charles d'Orléans sut restituer à la tradition courtoise sa fraîcheur originelle, telle qu'elle était exprimée, par exemple, dans le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris, l'un de ses modèles.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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