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Oeuvres Poétiques de Charles Perrault

[1694]
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Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Charles Perrault
Charles Perrault, Portrait (détail), Versailles.

[1628] - [1703]
Charles Perrault

«Si Peau d'Âne m'était conté
J'y prendrais un plaisir extrême.»
Jean de La Fontaine, Fables, le Pouvoir des fables (À M. de Barillon).

Né à Paris en 1628, fils d'un parlementaire parisien, membre d'une puissante famille de la bourgeoisie d'offices, imprégnée d'ailleurs de jansénisme, Charles Perrault est le dernier d'une famille de quatre frères, qui se distinguèrent tous sous le règne de Louis XIV. Son frère aîné, Pierre, est premier commis de Colbert, et lui-même travaille pendant vingt ans à son service, chargé de la politique artistique et littéraire de Louis XIV. Contrôleur général de la surintendance des bâtiments du roi, membre et secrétaire de la Commission des inscriptions publiques (future Académie des inscriptions et belles-lettres), il est élu en 1671 à l'Académie française, où il est l'initiateur et le principal protagoniste de la fameuse querelle des Anciens et des Modernes.
Depuis la Renaissance, la conception littéraire était dominée par le sentiment de la supériorité des auteurs de l'Antiquité (grecs et latins), et l'idéal esthétique du classicisme est fondé, entre autres, sur le principe de l'imitation des modèles, réputés indépassables, de la littérature antique. Avec la lecture, le 27 janvier 1687, de son poème intitulé le Siècle de Louis le Grand, à la gloire du roi, Perrault expose devant les académiciens l'idée contenue dans ces deux vers: «Que l'on peut comparer, sans crainte d'être injuste, le siècle de Louis, au beau siècle d'Auguste.» La querelle est lancée. Deux camps se forment avec, à leurs têtes,
La Fontaine et Boileau pour les Anciens et Perrault pour les Modernes. Il développera par la suite ses thèses en faveur des Modernes dans ses Parallèles des Anciens et des Modernes (1688-1696) et dans les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leur portrait au naturel (1696-1700).
Ce n'est pas par ces textes que Perrault a acquis dans la littérature universelle la notoriété que l'on connaît, mais par une oeuvre de dimensions extrêmement réduites les Contes en Vers (1694), et, – publiés sous le nom de son fils, Pierre Perrault d'Armancour, alors âgé de dix ans, en prose cette fois, – les Contes de ma mère l'Oye (1697), des Histoires ou Contes du temps passé, recueil de huit contes merveilleux issus du folklore national.
Récits en vers ou en proses issus de la tradition populaire orale, transmis essentiellement par les femmes, nourris en partie de l'imaginaire médiéval légendaire, chevaleresque et courtois, de textes narratifs de la Renaissance italienne, ces contes sont totalement étrangers à la tradition littéraire de l'Antiquité, et leur publication constitue une pièce essentielle dans le combat que mène Perrault en faveur des Modernes.
De plus, en mettant en forme ces histoires, Perrault instaure le genre littéraire des contes de fées: récits appartennant au genre merveilleux et fondés sur un schéma narratif immuable. Par ailleurs, leur style simple, «naïf», leur douceur, le fait qu'ils soient écrits en prose, correspond à l'image que les Modernes se font de la langue française et s'opposent à l'académisme, à la pédanterie, à l'âcreté, à la rudesse qu'ils prêtent aux Anciens, en particulier à Boileau.
La prétendue destination des Contes aux enfants est donc une subversion du genre. En fait, ce procédé qui, inauguré par Perrault et repris après lui aux siècles suivants, répond à une visée idéologique: la langue des contes est alors considérée comme la langue des nourrices, et donc, métaphoriquement, comme la langue maternelle de la France. Issus du folklore populaire français pour la plupart, les contes adaptés littérairement par Perrault n'appartiennent aucunement, en réalité, à la littérature enfantine, mais à une littérature orale, mouvante, destinée aux adultes des communautés villageoises, faits pour être lus le soir, à la veillée.
Intégrant les éléments populaires du conte à une trame romanesque, multipliant les signes d'une pseudo-oralité, ainsi que ceux d'une fausse innocence, Perrault transforma le conte populaire, en réalisant un des chefs-d'oeuvre de la littérature universelle, et sauva de l'oubli huit récits traditionnels, aujourd'hui encore célébrissimes, tels que La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe-bleue, Cendrillon ou La Petite Pantoufle de vair, etc., transmis de génération en génération et racontés au enfants depuis des siècles.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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