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Oeuvres Poétiques de Christine de Pisan

[1394-1402]
Cent Balades d'Amant et de Dame
Balade [I]



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Christine de Pisan
Christine de Pisan, Don du livre. Paris, BNF

[v.1364] - [v.1431]
Christine de Pisan

«Seulete suy et seulete vueil estre,
Seulete m'a mon doulz ami laissiee,
Seulete suy, sans compaignon ne maistre,
Seulete suy, dolente et courrouciee.»
Christine de Pisan (ou Christine de Pizan), Ballade.

Avec Marie de France, dont on ne sait rien ou presque, Christine de Pisan (ou Christine de Pizan) est une des rares figures féminines de la littérature française du Moyen Âge. Elle est aussi la première femme à avoir fait de son goût pour les lettres un métier, considérée d'ailleurs de ce fait avec sévérité par les critiques du XIXe siècle.
Grâce à à ses propres oeuvres, riche en confidences autobiographiques, son existence passablement mouvementée et son parcours littéraire sont relativement bien connus.
Originaire de Pisano, près de Bologne, Christine de Pisan gagne la France en 1368, où son père, Tommaso di Benvenuto da Pizzano, conférencier d'astrologie à l'université de Bologne, est appelé pour être médecin et astrologue à la cour du roi Charles V.
Elle passe son enfance à la cour du roi, dont elle écrira plus tard la biographie. Elle épouse, vers 1379, Étienne Castel, notaire et secrétaire du roi.
Après la mort de Charles V, s'ouvrit pour elle une période difficile : elle perdit successivement son mari (1389) et son père (1390), se retrouvant veuve à vingt-cinq et seule pour s'occuper de sa famille, qui compte, outre ses trois enfants, sa mère et une nièce dont elle a la charge. C'est au cours de cette période de deuil qu'elle compose l'une de ses plus célèbres
ballades, dont ces quelques vers expriment toute sa solitude et ses tourments.
Saisie de ses biens et impliquée dans plusieurs procès, elle décide, pour surmonter ses difficultés matérielles et financières, de se mettre à «gagner sa vie» et de se faire homme par le métier d'écrivain. Elle consacra dès lors sa vie à l'étude et à la rédaction.
Dans une société où la femme était systématiquement tenue à l'écart et où les hommes avaient tous les pouvoirs, sociaux, culturels et politiques, la situation de cette jeune veuve livrée à elle-même dans un pays dont elle n'est pas originaire n'est pas facile à assumer. Elle trouve néanmoins la force d'affronter le destin en se réfugiant dans l'étude et, face à l'adversité, donne, à travers une oeuvre littéraire singulière, une grande leçon de courage et de dignité. Aussi, parvint-elle à conquérir l'admiration et l'estime des grands esprits de son temps: Eustache Deschamps et Jean de Gerson.
Elle recherche des mécènes et s'adresse à Jean de Berry, duc de Bourgogne, dont elle deviendra la protégée et à qui elle dédie son Livre des faits et bonnes moeurs du sage roi Charles V (1404), puis au duc d'Orléans, à qui elle destine le Livre de preudhommie (1405-1406).
À la cour de Charles VI et d'Isabeau de Bavière dont elle deviendra la protégée, son travail donne naissance à une oeuvre abondante et variée qui lui assure une certaine notoriété: après bien des lectures, la rédaction d'oeuvres savantes, ouvrages didactiques édifiants et politiques, en prose ou en vers, et textes lyriques dans tous les genres à la mode, où elle aborde des sujets personnels, où elle évoque, avec une sincérité touchante, ses sentiments et ses souffrances. Elle est par ailleurs restée célèbre pour avoir défendu, avec beaucoup d'ardeur, la cause des femmes.
Parmi ses poèmes lyriques composée entre 1389 et 1405 (Cent ballades; Ballades de divers propos; Cent Ballades d'amant et de dame), on a surtout retenu ceux sous-tendue par le thème de la solitude, lié à son état de veuve et ses malheurs personnels. Les autres sont aussi intéressants pour la recherche des combinaisons de rythmes et de rimes, pour leurs thèmes courtois, pour leurs thèses morales: belle leçon dont les chevaliers de l'époque n'ont guère su tirer parti.
Étroitement mêlée à la vie politique de son époque, elle pressent les dangers que fait courir au royaume la rivalité entre les princes et «milite» en faveur de la conciliation entre les princes et pour la paix civile : l'Épître à Isabeau de Bavière (1405), la Lamentation sur les maux de la France (1410). Lorsqu'elle se veut «philosophe», elle s'empare de tous les domaines du savoir, abordant aussi bien des sujets de politique (le Livre du corps de policie, 1404-1407), que de morale (le Livre de Preudhommie, 1405-1406; le Livre de la Paix, 1412-1414) ou de religion (les Sept Psaumes allégorisés, 1409-1410). Elle laissera même un traité d'art militaire (le Livre des faits d'armes et de chevalerie, 1410).
Toutefois, la partie savante de son oeuvre, où la sagesse s'alourdit d'une docte érudition, n'échappe pas toujours à une certaine lourdeur, découlant d'une recherche d'exhaustivité trop systématique et d'un goût trop prononcé pour le savoir encyclopédique.
Sa plus grande originalité est d'avoir fait de sa condition féminine une cause à défendre, un «homme de lettres» rallié à la cause des femmes. C'est au nom des femmes qu'elle adresse ses remontrances aux chevaliers de la cour, qu'elle fait appel à la reine Isabeau, qu'elle condamne, comme Gerson, s'opposant ainsi à d'autres «humanistes», le Roman de la Rose où les satires de Jean de Meung condamne, parfois avec cynisme, l'amour courtois et prône un retour à la procréation, qui est la finalité de l'amour.
Fidèle à la tradition médiévale, son oeuvre exploite largement le répertoire allégorique qui se mêle à de nombreux exemples tirés notamment de l'histoire antique (surtout de Valère Maxime). Le Livre du chemin de longue estude (1402-1403) raconte, en 6000 vers environ, un voyage onirique au pays de Sagesse et de Raison. L'Advision de Cristine (1405) est un récit allégorique où l'auteur évoque les malheurs de la France de son temps, introduisant parallèlement une réflexion sur son infortune personnelle. Dans le Livre de Mutacion de Fortune (1403), Christine de Pisan raconte comment le destin, en la faisant devenir écrivain, l'a fait changer de sexe : «de femelle devins masle», affirme-t-elle. Tout en s'identifiant à la fonction d'«homme de lettres» et fière de s'adonner ainsi à l'étude, elle n'oublie cependant jamais qu'elle doit défendre, contre les injustices de la société masculine, la dignité de son sexe.
Beaucoup de ses écrits doivent en effet être lus comme ceux d'un écrivain ayant fait de sa féminité une cause à défendre (l'Épître au dieu d'Amours, 1399; Épistres du Débat sur le Roman de la Rose, 1401-1402; le Livre de la Cité des dames, 1404-1405). Ces textes s'élèvent contre la grossière misogynie de son temps, perceptible dans certains ouvrages littéraires : si, au côté de Jean de Gerson, elle attaque, comme on l'a vu précédemment, sévèrement le Roman de la Rose, elle se retourne aussi contre les oeuvres de l'Antiquité et s'en prend notamment à l'Art d'aimer d'Ovide. Parallèlement, et à plusieurs reprises, son oeuvre s'adresse directement aux femmes : dans l'Épître de la prison de la vie humaine (1418), elle cherche à réconforter les mères et les épouses endeuillées par la guerre. Son engagement pour inviter à reconsidérer la dignité des femmes se manifestera jusque dans son dernier ouvrage, dans lequel elle rend un vibrant hommage à Jeanne d'Arc (le Ditié de Jehanne D'Arc, 1429).
Parce qu'elle est la première à avoir formulé une protestation véhémente contre les préjugés discriminatoires à l'égard des femmes, Christine de Pisan a souvent été présentée comme une féministe d'avant-garde. Il ne faut cependant pas oublier la valeur littéraire de son oeuvre, qui fut très imitée jusqu'à la Renaissance. Moins appréciée dans les périodes qui suivirent, ses écrits furent redécouverts par la critique à la fin du XIXe siècle.
Christine de Pisan écrivit à un rythme soutenu jusqu'en 1418, date à laquelle elle se retire dans un couvent — probablement celui de l'abbaye de Poissy (Yvelines), où sa fille est religieuse. Cette retraite marque la fin de sa carrière d'écrivain et les dernières années de sa vie, qu'elle passe dans ce couvent, sont consacrées à la méditation.
Mais, le même orgueil féminin et la même pitié l'arracheront à la retraite où elle s'est réfugiée après la prise de Paris par les Bourguignons, en 1418, pour composer de deux ouvrages inspirés par l'actualité de la guerre de Cent Ans, les Lamentations sur les maux de la guerre civile (1420) et le Dictié en l'honneur de la Pucelle, écrit à la gloire de Jeanne d'Arc.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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