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Oeuvres Poétiques de Mathurin Régnier

[1608-1613]
Satires
Satire XII (extrait)



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Mathurin Régnier
Mathurin Régnier, gravure d'après Holbein (détail). Paris, BNF.

[1573] - [1613]
Mathurin Régnier

«L'homme s'oppose en vain contre la destinée.»
Mathurin Régnier, Élégie V.

Rare sont les documents qui nous renseignent sur la vie de Mathurin Régnier; sa vie de est assez mal connue, ou du moins avec assez peu de certitude.
Né à Chartres, fils d'un notable chartrain, qui tenait sur la place des Halles un jeu de paume appelé le Tripot Régnier, le jeune Mathurin a, ce qu'il semble, hanté de bonne heure des lieux fort peu recommandables.
Destiné cependant aux ordres, Régnier est tonsuré très tôt, à neuf, onze ou quatorze ans selon les sources.
Puis grâce aux relations de son oncle, – sa mère était la soeur du poète Philippe Desportes, – il entre, à l’âge de vingt ans, comme page en 1587 au service du cardinal de Joyeuse, beau-frère du roi Henri III, chargé des affaires royales auprès du Saint-Siège. Régnier le suit à Rome pendant six séjours de 1594 à 1605
, où il découvre les burlesques italiens.
Mathurin Régnier a un goût très vif pour les plaisirs; celui-ci a la réputation d'avoir fréquenté tôt et assidûment les tripots (sans qu'on sache à vrai dire s'il mena effectivement la vie de joyeux drille que l'histoire littéraire lui attribue).
Après une dizaine d’années passées en Italie dans la dissipation, il revient s’établir en France où, abandonné du cardinal de Joyeuse, il semble avoir mené une existence misérable jusqu’au jour où la mort de son oncle Desportes (1606) lui laisse une pension de deux mille livres à laquelle s’ajoute l’octroi d’un canonicat dans sa ville natale de Chartres (1609).
Malgré sa charge ecclésiastique, Mathurin Régnier est toutefois loin de mener une vie édifiante. Au contraire, il peut désormais s’adonner sans inquiétude à une vie de débauche, comme à la poésie.
En 1596, alors qu'il se trouve à Paris, Régnier devient un des poètes attitrés de Henri IV, dont il chante dans ses vers la maîtresse, Gabrielle d'Estrées.
Celui qui devint le premier poète satirique de langue française fut surtout un latiniste fort cultivé et un fervent lecteur des grands écrivains du XVIe siècle, non seulement Montaigne, dont il appréciait la philosophie, mais aussi Rabelais, dont il se rapprocha par son inspiration réaliste et une verve proche, et les auteurs de La Pléiade, qu'il défendit, – se faisant le Héraut de toutes les libertés, de la libre inspiration et de la fantaisie, – contre les rigueurs de Malherbe. Régnier combat Malherbe (à qui il ne saurait pardonner de ne pas avoir aimé les Psaumes de Desportes), et le traite de critique pointilleux, incapable d’imagination et seulement soucieux de «proser de la rime et rimer de la prose». La querelle qui opposa les deux hommes et les deux poètes est restée célèbre, mais, de Mathurin Régnier, la postérité a essentiellement retenu – à juste titre – ses poésies satiriques.
En 1608, il publie ses dix premières Satires, dédiées à de hauts personnages de la cour: elles obtinrent un tel succès qu'il fut nommé poète officiel de la cour. Régnier composera, alors, dans les années qui suivent, des oeuvres de commande pouvant aller aussi bien des élégies aux poésies spirituelles. C'est pour Henri IV qu'il écrivit ses Élégies.
Les oeuvres complètes de Régnier, publiées par ses amis l’année même de sa mort (1613), comprennent, pour l’essentiel, outre des Élégies et des Épîtres, les fameuses dix-neuf Satires (dont quatre posthumes): satires littéraires, comme Le Poète malgré soi (XV) ou la Satire à Rapin (IX), appelée encore Le Critique outré; satires psychologiques ou philosophiques, comme Franc de crainte et d’envie.
Disciple d'Horace et de Juvénal, héritier de la tradition des burlesques italiens et des satiriques latins, il s'inscrivit contre la poésie élégiaque qui prévalait à la fin du XVIe siècle. Mais c’est surtout dans la peinture de moeurs que Régnier excelle. Doué d'un regard d'observateur réaliste, il se fait le peintre des moeurs de son temps, avec verve et pittoresque, abondant en détails pittoresques et finement observés sur la vie quotidienne à Paris sous le règne de Henri IV.
C’est dans la satire XIII qu’on trouve le fameux portrait de Macette l’entremetteuse, que Sainte-Beuve n’hésite pas à qualifier de chef-d’oeuvre dans lequel «une ironie amère, une vertueuse indignation, les plus hautes qualités de poésie ressortent du cadre étroit et des circonstances les plus minutieusement décrites de la vie réelle».
Le succès des satires de Régnier restera extrêmement grand. Des personnalités aussi diverses que Scarron, Saint-Amant ou même Molière furent influencées par son oeuvre. Les romantiques firent au poète, qu’ils plaçaient au-dessus de Boileau, un regain de popularité, et Musset, dans son poème Sur la paresse, a rendu un juste hommage à Mathurin Régnier, «de l’immortel Molière immortel devancier».

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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