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Oeuvres Poétiques de Pierre de Ronsard

[1552-1553]
Les Amours
Voeu
I - Qui voudra voyr...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Pierre de Ronsard
Pierre de Ronsard, École française, XVIIe siècle (Blois)..

[1524] - [1585]
Pierre de Ronsard

«Qu'on dise : il osa trop, mais l'audace était belle
Et de moins grands depuis eurent plus de bonheur.»
Charles Augustin Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au XVIe siècle.

Pierre de Ronsard est né en 1524 au manoir de La Possonnière, près de Couture-sur-Loir, dans une famille cultivé et de petite noblesse du Vendômois. Il passe l'essentiel de ses douze premières années au contact de la nature, dont il gardera un souvenir émerveillé et fidèle et dont il ne cessera d'exalter la beauté.
Cadet de famille, destiné à la carrière militaire ou diplomatique, son père, gentilhomme cultivé, le fait admettre, à l'âge de douze ans, comme page à la cour de France auprès des fils de François Ier, puis en Écosse, auprès de Madeleine de France, épouse du roi Jacques Stuart, puis pour l'Alsace, avant d'être fait écuyer.
Mais Ronsard est d'une santé fragile: affligé d'une otite chronique, il devient sourd avant d'atteindre vingt ans. En 1542 il est frappé de surdité partielle: plus question, désormais, de porter les armes. Ronsard se tourne alors vers les ordres mineurs et reçoit la tonsure. Clerc, il se voit attribuer par Henri II les bénéfices ecclésiastiques de quelques cures qui lui assurent un revenu constant. Cette situation privilégiée lui permettra de se consacrer en toute liberté à la poésie.
En 1543, il rencontre Peletier du Mans, lecteur probable de ses premiers poèmes. Il se lie ensuite au jeune Jean Antoine de Baïf, qui l'introduit dans les milieux lettrés. Ensemble (Joachim du Bellay les rejoindra vite), ils suivent, à Paris, au collège de Coqueret, à partir de 1547, l'enseignement du grand helléniste et humaniste Jean Dorat, créateur de la Brigade poétique, première forme de la Pléiade, qui réunit entre autres Ronsard et les poètes Joachim du Bellay et Jean Antoine de Baïf.
Dès 1549, du Bellay donne au groupe ce qui allait devenir son manifeste, la Défense et Illustration de la langue française. Ce texte, malgré un contenu théorique assez succinct, affiche de grandes ambitions: défendre le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et ses tournures (par des apports étrangers essentiellement) et composer des oeuvres inspirées des auteurs grecs et latins, en leur empruntant des formes anciennes comme l'ode, l'élégie, l'épopée ou la tragédie.
Dès lors, Ronsard s'imprègne de poésie grecque, d'Homère à Pindare, d'Hésiode aux Alexandrins. Les Latins, bien sûr, ne sont pas en reste (Virgile et Horace surtout). Toute sa vie le poète poursuivra ses lectures et relectures, l'une des sources constantes de sa propre création.
Dès lors, la vie de Ronsard est partagée entre deux pôles: Paris, d'une part, et les prieurés du Vendômois et de Touraine, d'autre part. À Paris, il fréquente des poètes, des humanistes, des clercs, des gens de cour; il participe activement à la vie des premiers salons et à l'activité de l'Académie de poésie et de musique, créée par Jean Antoine de Baïf. Mais, quand Henri III succéde en 1574 à Charles IX, «le roi-ami», il se réfugie davantage dans ses prieurés, où il occupe ses journées à la lecture, à la poésie, au jardinage et aux promenades. Ce partage entre des lieux diamétralement opposés se retrouve dans son oeuvre. Il est vrai aussi que la carrière poétique de Ronsard s'étend sur une trentaine d'années (1550-1585): cette longue période de production lui a permis de s'essayer à presque tous les genres, depuis les poèmes de circonstances jusqu'aux poésies plus personnelles.
Imitant le poète latin Horace et s'inspirant du poète grec Pindare, Ronsard publie, en 1550, ses Quatre premiers Livres d'Odes. Un cinquième et dernier livre d'Odes parut en 1552. Ces Odes, que l'auteur veut totalement novatrices du point de vue poétique, tout en utilisant à loisir la mythologie antique, obtiennent un grand succès et font de lui le plus en vue des nouveaux poètes et le chef de file de la Brigade. Il est le premier poète à avoir écrit un recueil composé exclusivement d'odes, formes poétiques dont il souligne la musicalité: poésie strophique à vocation lyrique, aux vers accompagnées du luth ou «mésurés à la lyre», et qui a pour mission de célébrer leur destinataire, de le «louer jusqu'à l'extrémité». Ronsard y apparaît déjà dans sa complexité, puisque dans le même recueil, il fait entendre la louange des rois (poésie officielle) et l'éloge de la vie privée consacrée à l'amour, aux amis et à la poésie (poésie intimiste et lyrique). Dans ses Odes, Ronsard définit également la mission du poète, qui est inspiré par les dieux – selon une tradition platonicienne déjà commentée au XVe siècle par le philosophe florentin Marsile Ficin.
Ce sera ensuite, jusqu'à sa mort, un flot ininterrompu de publications. Aucun poète du temps n'approche la puissance et la variété de Ronsard, qui essaie tous les genres, tous les styles, comme en se jouant. Il incarne la Pléiade à lui seul: ses amis, ses rivaux, auront quelque mal, dans ce concert où il joue toutes les parties, à faire entendre leur voix propre.
«C’est plus grand que Virgile et ça vaut Goethe», dira Flaubert de l’Oeuvre de Ronsard. Précisons qu’il la lisait dans une édition des Oeuvres complètes – ce que nos contemporains font rarement –, après s’être aperçu que les anthologies nous privaient du meilleur: «Les plus belles choses en sont absentes.». Depuis cette époque, rien n’a changé. Ronsard est toujours sous le coup des contre-sélections qui le réduisent aux joliesses qui enchanteront Sainte-Beuve et Théodore de Banville. Pour découvrir l’émule de Virgile et de Goethe, il faut se faire explorateur. On se trouve alors en présence d’une oeuvre extraordinairement complexe et foisonnante, bien faite pour dérouter les goûts néo-classiques et les simplifications scolaires, l’oeuvre d’un écrivain de transition à mi-chemin entre la Renaissance et l’âge du baroque.
Peu après les Odes, Ronsard compose des sonnets amoureux où il chante sa passion sans espoir pour Cassandre Salviati, jeune fille entrevue à la cour. Ces sonnets, intitulés Amours «de Cassandre» (1552), sont ouvertement influencés par Pétrarque, – il sacrifie à la mode d'alors; on y retrouve une vision platonicienne de l'amour et les motifs habituels de l'amour courtois. Les figures de Cassandre, plus tard de Marie et d'Hélène, résument souvent pour le lecteur les trois amours successives du poète: la réalité est plus complexe car l'amour chez Ronsard, même quand il renvoie à une expérience personnelle, est d'abord un thème littéraire. Les poèmes des Amours (1552), malgré leur déploiement rhétorique, semblent exprimer un sentiment sincère et spontané. Ce recueil fit de Ronsard le «Prince des Poètes» de son temps.
Puis ce sera, dans une langue plus accessible, Folastries (1553), Bocage (1554), Mélanges (1555) et surtout la Continuation des Amours (1555), puis la Nouvelle Continuation des Amours (ou les «Amours de Marie», 1556) dédiées à Marie Dupin, une jeune paysanne angevine qui n'eût pas compris les subtilités d'une langue érudite: le rythme est donné et va dans le sens d'une plus grande simplicité. Ces recueils finissent de conquérir le public, enthousiasmé par l'oeuvre pleine de simplicité et de fraîcheur de ce poète amoureux.
Simultanément, en 1555, Ronsard commence à écrire les débuts d'une oeuvre épique, qui se composera de deux livres: Les Hymnes (1555-1564), genres poétiques plus prestigieux, où il fait l'éloge de ses protecteurs, où il aborde de grands problèmes de son temps, liés à la morale, au divin et à la connaissance du monde. Cette oeuvre ambitieuse en alexandrins se présente comme un récit allégorique et mythologique; elle marque dans l'itinéraire de Ronsard une de ses plus grandes réussites en même temps qu'un retour à la rhétorique et au style élevé. Par ailleurs, Les Hymnes révèlent au lecteur moderne l'étendue et la nature du savoir scientifique et philosophique de la Renaissance. Les Hymnes sont considérés comme un chef-d'oeuvre de poésie abstraite.
En 1560, Ronsard publie la première édition collective de ses Oeuvres l’année de la mort de Du Bellay et de Scève, au moment de la conjuration d’Amboise et des états généraux d’Orléans (1560); d'autres suivront (1567, 1571, 1572, 1578, 1584). À chacune de ces éditions, Ronsard remanie certains textes et modifie le plan général de son Oeuvre.
Cette production lui vaut un immense succès: Ronsard est alors appelé le «Prince des Poètes» et bénéficie dès lors de la faveur du Roi Henri II.
1562 voit débuter la guerre civile. Ronsard se pose en porte-parole de la Contre-Réforme et s'engage pour condamner la prise d'arme des protestants en faveur du catholicisme et du nouveau roi Charles IX comme en témoignent les Discours sur les misères de ce temps (1562), Remontrance au peuple de France (1562) et la Réponse aux injures et calomnies des ministres de Genève (1563), rédigé contre les protestants genevois: c'est la poésie politique des Discours sur les misères de ce temps, qui circulent dans tout le royaume sous forme de petits livrets.
Charles IX assurent alors la position de Ronsard: il devient Poète officiel de la cour, organisateur et metteur en scène des fêtes, propagandiste de la politique royale, à l’heure où le Concile de Trente va s’achever, où Calvin et Michel-Ange viennent de mourir, et bénéficie de confortables appointements. Sans rompre avec la tradition du poète courtisan, Ronsard célèbre les combats et les victoires royaux. En 1565, il obtient une aumônerie puis un canonicat (prieuré de Saint-Cosme, près de Tours). Mais le poète abandonne vite ce type de production.
Il publie des Élégies, des Poèmes (sixième et septième livres, 1569). Enfin, soucieux d'approfondir la veine grandiose à laquelle son ambition le pousse et d'assumer son rôle de premier poète de France, il veut donner une grande épopée, à la louange des vertus françaises, comme son pays n'en a jamais eue. Il entreprend donc la Franciade, sur le modèle de l'Énéide, de Virgile: cet ouvrage en décasyllabes, qui doit relater l'histoire mythologique du royaume de France depuis ses origines, est laissé inachevé. Cette oeuvre fut perçue comme un échec par le poète lui-même, qui n'en publie que les quatre premiers livres en 1572. Il est vrai que la mort de Charles IX, à qui le poème était dédié, ne l'encourage pas à persévérer.
Alors commence une période plus sombre. En 1574, meurt le roi Charles IX, dont Ronsard se sentait l'ami et en qui il voyait son premier lecteur. Avec lui, Ronsard perd tout. À cinquante ans, c’est une quasi-retraite du courtisan car le nouveau roi, Henri III, qui est davantage porté vers une poésie brillante et plus facile, lui préfère – même s'il maintient la pension que son prédécesseur avait accordée à Ronsard – le plaisant et facile Desportes (1546-1606), un écrivain Précieux dont il fait son poète officiel.
Désormais éloigné de la Cour, Ronsard se retire et séjourne à son prieuré de Saint-Cosme, dans son Vendômois natal et se détourne de la poésie savante. Cette demi-disgrâce n'entame en rien sa fortune, et sa renommée passe maintenant les frontières. Retraite mélancolique mais confortable d’un grand homme entouré de respect et comblé de bénéfices ecclésiastiques grâce auxquels il vieillit sans rigueurs, tout en écrivant ses recueils de sonnets à Astrée, à Hélène. Il a rencontré dans l'entourage de Catherine de Médicis la belle Hélène de Surgères, pour qui, nonobstant une grande différence d'âge, il lui compose 130 sonnets amoureux (Sonnets pour Hélène, 1578), et à travers elle, les dédie à une image mythique de la femme.
Dans cette veine élégiaque, que l'âge et les déceptions colorent d'amertume, il trouve et donne le meilleur de lui-même. Ce sont les derniers feux du poète. Il a près de soixante ans et la maladie lui laisse peu de répit. Sa production se ralentit considérablement et il cesse bientôt de publier de nouveaux textes, mais, soucieux de sa gloire posthume, Ronsard consacre presque tout son temps à la préparation des éditions successives de ses Oeuvres complètes.
Alors vinrent plus exhaustives, la cinquième édition des Oeuvres (1578) contenant les Sonnets pour Hélène et en 1584 la sixième édition comprend les Sonnets sur la mort de Marie.
Après les Oeuvres de 1584, souffrant de la goutte et d'insomnies, il dicte ses derniers poèmes, ses admirables Derniers Vers, des sonnets très émouvants sur la douleur, la vieillesse et l'approche de la mort, qui font d’un ancien poète de cour sur son lit de mort l’ultime héritier de Villon. Ceux-ci seront publiés à titre posthume par ses amis.
La mort le surprend le 27 décembre 1585, dans sa retraite, à Saint-Cosme, l’année même où le pire de ses futurs détracteurs, Malherbe, fait son entrée dans la République des Lettres. À Paris, deux mois plus tard, des funérailles solennelles et exceptionnelles témoigneront de sa célébrité et sa mémoire recevra un hommage officiel, au collège de Boncourt.
Prince des poètes et poète des princes, apprécié par Henri II, pensionné par Charles IX, Pierre de Ronsard a connu gloire et fortune. Avec le groupe de la Pléiade, il s'est donné pour tâche de renouveler l'inspiration et la forme de la poésie, dont il a pratiqué tous les genres, de la chanson légère à l'épopée, de l'hymne à la mascarade, du poème de circonstance au pamphlet.
Peu de temps après sa mort, Ronsard tombe en disgrâce. Malherbe le condamne pour la luxuriance de sa langue; les Classiques n'y trouvent rien de ce qu'ils aiment: la mesure, la raison, la rigueur et le bon goût; parfois honni – le Grand Arnauld parlera de ses «pitoyables poésies», Voltaire le jugera «barbare» –, Ronsard sera redécouvert par Sainte-Beuve et célébré par les Romantiques. C'est qu'il aura fallu deux siècles pour retrouver une telle sincérité du lyrisme. Encore cette réhabilitation n'est-elle pas unanime. Michelet lui consacre, dans son Histoire de France, quelques pages cruelles: «Il tapait comme un sourd sur la pauvre langue française.». Mais, dégagée de ses références érudites, mythologiques et courtisanes, la poésie de Ronsard reste aussi jeune, aussi éternelle que ce qu'elle chante le mieux: l'amour et la nature.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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