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Oeuvres Poétiques de Rutebeuf

[v.1248 - v.1272]
Oeuvres poétiques
Li Diz des Cordeliers




   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
La Légende de Théophile
La Légende de Théophile, miniature de Psautier d'Ingeburg de Danemark, vers 1210. Chantilly, Musée Condé.

[v.1230] - [v.1285]
Rutebeuf

«Diex soloit tistre et or desvuide.Par tens li est faillie traime.»
«Dieux tissait, maintenant il dévide: bientôt il n’aura plus de trame.»

Rutebeuf, Oeuvres poétiques.

Sous le nom de Rutebeuf, c’est un chapitre décisif de la littérature poétique du XIIIe siècle qui nous a été conservé. Rutebeuf considéré comme l'un des poètes les plus importants du XIIIe siècle est l'écrivain français qui rompit avec la tradition de la poésie courtoise des trouvères. Déchirure dans l’ordonnance rigoureuse de la poésie courtoise des trouvères: le modèle de la fin’ amor, la patiente élaboration du personnage selon un rituel poétique minutieux font place à la rupture avec l’ordre esthétique et social, au cri de colère ou de détresse, à l’éparpillement des images du monde et des visages du moi. Affleure ainsi une tradition des jongleurs jusqu’alors maintenue en marge de la littérature écrite. Cet avènement dans l’écriture est le symptôme d’une nouvelle forme de culture où se combinent souvent, parfois s’opposent dans la polémique et la propagande, sous l’influence des milieux universitaires, l’Église, la Cour et la ville.
Il serait vain de vouloir en tracer une biographie exacte de Rutebeuf: «Un gueux aux pieds nus en chemise» (Paul Eluard) dont les dates de naissance et de mort demeurent assez incertaines, et ce n'est qu'à travers ses poèmes du déchirement et de l'infortune que nous connaissons quelques moments de son existence. La signature du poète nous renvoie à une personne inconnue; sans doute pour n'avoir qu'un surnom, était-il d'une origine assez humble. Mais, le caractère conventionnel des formes poétiques, comme par exemple la complainte, – mode d’expression le plus constant chez Rutebeuf, – masque peut-être une réalité bien différente.
D'origine champenoise, Rutebeuf a dû naître vers 1230 et vivre une grande partie de son existence à Paris. À l'exemple des poètes de son temps, ce «bon trouvère» mène peut-être une existence errante et misérable, alors que la France se couvre d'une «robe blanche de cathédrales» et que des maîtres qui vont devenir des saints (Albert, Bonaventure, Thomas d'Aquin) enseignent à Cologne ou à Paris.
Sa carrière littéraire – qui s'étendrait d'après les textes que nous pouvons dater avec précision de 1248 à 1272, et peut-être plus tard – se décompose en plusieurs périodes.
Rutebeuf se signale d'abord en composant «le Dit des Cordeliers», oeuvre de polémique locale, à Troyes (1249).
Il met ensuite son talent de poète au service du clan universitaire de Paris et de son recteur, Guillaume de Saint-Amour, qui lutte contre l'intrusion des ordres mendiants, des frères Prêcheurs et en particulier contre les franciscains; de 1255 à 1259, Rutebeuf compose notamment la Descorde de l’université, Des règles, De Sainte Église, La Bataille des Vices et des Vertus, Des Jacobins, Des ordres de Paris. Dans cette bataille, l’attaque déborde naturellement le cadre de l’Université et s’en prend à l’influence de la papauté sur le pouvoir royal et sur l’enseignement par l’intermédiaire des religieux.
Mais, le parti des maîtres séculiers de Guillaume de Saint-Amour est vaincu et Rutebeuf regrettera très vite les excès de toutes ces textes satiriques. Il s'ensuivra alors des oeuvres au contenu différent telles que l’infortune, thème des poèmes les plus célèbres et les plus attachants, qui dateraient donc des années 1260-1262: Renart le Bestourné, Le Mariage, La Complainte Rutebeuf, la Griesche d’hiver et la Griesche d’été. Un changement de poétique et de philosophie s’exprime alors dans la Repentance.
La dernière partie de sa carrière marque un revirement dans sa pensée religieuse. Le nouvel état d’esprit s’inscrit dans La Voie de paradis, dans la Complainte de Constantinople, Frère Denise, La belle Vie de sainte Marie l’Égyptienne, Le sacristain, et Sainte Élysabel.
Son chef-d’oeuvre, Le Miracle de Théophile, résumerait l’erreur (sept années de vie avec le Diable) et la réparation: la pièce aurait été composée pour le 8 septembre 1263. Rutebeuf retrouverait alors du service auprès du roi, et même de l’Église.
C’est alors la période de sa grande prédication poétique pour la croisade (en faveur de la croisade de Louis IX en Orient), dénonçant ceux – chevaliers et princes – qui rechignent à y prendre part dans les oeuvres telles que La Chanson de Pouille (1264), La Complainte du comte de Nevers (1266), La Voie de Tunis (1267).
Sa dernière oeuvre, La Nouvelle Complainte d’outre-mer, serait de 1277. Trois poèmes sont essentiels pour comprendre le sens de ce destin: La Paix, La Pauvreté et La Repentance Rutebeuf (parfois intitulé La Mort). Malgré leur thématique, ils ne doivent pas dater de la fin de sa carrière, mais de ce revirement auquel nous faisions allusion. On devine la part d’authenticité dans la fabrication conforme aux motifs obligés du genre: ce n’est pas du lyrisme romantique, mais ce labeur du «rude boeuf», – comme il se définit lui-même avec humour et humilité, – reflète une existence avec tout ce qu’elle comporte d’imprévu et de dépendance.
L'oeuvre de Rutebeuf comprend en définitive 56 pièces, toutes marquées par la franchise, le dénuement, le lyrisme, la fureur de vivre et de dire: «L'espérance de l'endemain, ce sont mes fêtes.» Il reste par ses complaintes et par sa verve satirique, – qu'il exerce souvent contre lui-même et contre son existence misérable de ménestrel, – le premier représentant du lyrisme personnel dans la littérature française.
Rutebeuf a sans aucun doute inspiré à Jean de Meung les passages les plus saisissants du discours de Faux-Semblant contre Hypocrisie dans le Roman de la Rose, et influencé divers poètes du XIVe siècle.
Mais son nom, contrairement à celui de Villon, disparaît vite des «livres», et il faudra attendre le XIXe siècle pour qu'il retrouve sa place dans les anthologies.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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