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Oeuvres Poétiques de Paul Scarron

[1648-1652]
Virgile travesti
Livre I
A la Reine



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Paul Scarron
Paul Scarron, Portrait anonyme (détail), Musée Tessé, Le Mans.

[1610] - [1660]
Paul Scarron

«Passant, ne fais ici de bruit !
Garde que ton pas ne l'éveille,
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille !»
Paul Scarron, Épitaphe par lui-même.

Né à Paris, Paul Scarron issu d'une famille de magistrats, connaît une jeunesse dissipée, puis, sans pour autant cesser de fréquenter les milieux libertins, embrasse la carrière ecclésiastique. Sans briller par des dispositions particulières pour la piété, il vit, de 1632 à 1640, au Mans, et devient le secrétaire de l’évêque. Scarron n’est pas précisément scandaleux, mais d’allures fort libres.
En 1638, à l'âge de 27 ans, une terrible maladie nerveuse qui finit par le rendre paralysé des jambes, de la colonne vertébrale et de la nuque, le cloue sur une chaise. Il n'en conserve pas moins jusqu'à sa mort une humeur plaisante et généreuse. De retour à Paris, pauvre, il vit essentiellement de ses travaux littéraires, entouré d’amis issus du très grand monde, élite d'esprits libres et cultivés.
En 1652, il épouse, pour lui éviter le couvent, une orpheline pauvre, la jeune Françoise d'Aubigné, petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, qu'il laissera veuve de bonne heure et qui devint par la suite la célèbre Mme de Maintenon, maîtresse puis épouse de Louis XIV.
Scarron joue un rôle décisif dans les destinées du genre burlesque en France. Il s'inspire directement du burlesque des récents auteurs italiens, notamment de Bracciolini, de Tassoni et de Lalli. C’est là qu’il trouve ce goût de la dérision et de la parodie qui, de tradition en Italie, se développe à son aise dans le climat du baroque. Dérision des dieux antiques chez Bracciolini, parodie de l’Énéide chez Lalli.
Les excellents esprits qui applaudissent alors le «burlesque», Guez de Balzac, Saint-Amant, Sarasin, Ménage, auraient été fort étonnés si on leur eût soutenu qu’il est synonyme de grossièreté. C’est plus tard, à l’époque de la Fronde, que le burlesque se corrompit. Scarron est le premier à manifester sa réprobation; il fait alors appel aux «bons esprits» pour mettre un terme à cette mode en laquelle il voit un fléau et abjure ce style «qui avait gâté tout le monde».
En 1643, il publie un recueil de quelques vers burlesques puis, en 1644, le Typhon, première en date des épopées burlesques françaises.
De 1648 à 1652, il fait paraître «Virgile travesti», une épopée qui parodit l'Énéide, de Virgile.
Le burlesque, tel que le conçoit Scarron, n’est pas du tout, comme le croira Sainte-Beuve, un antidote aux excès du style «précieux». Il n’exprime pas non plus une complaisance pour la vulgarité et la bassesse. Au niveau le plus profond, il se relie à cette conception de la poésie, si puissante au XVIIe siècle, mais si méconnue des historiens, qu’on peut appeler une esthétique de la grâce et de la joie, tout opposée à l’esthétique de la grandeur et de l’austérité qui tendait à dominer le siècle.
Cette idée d’une poésie qui charme et qui amuse repose en France sur une grande tradition, celle de Marot. Après une longue période d’obscurcissement, on observe qu’en 1630, elle est en pleine vogue. C’est elle, et non pas Malherbe, qui règne à l’hôtel de Rambouillet. On y écrit des lettres et des poésies en langue marotique. On y pratique les genres dont Marot a donné d’inoubliables modèles. On vise à l’amusement, à la trouvaille charmante.
Dès 1640, Saint-Amant expose les exigences de cette poésie qui n’a rien de commun avec les «bouffonneries plates et ridicules», et qui se veut assaisonnée «de gentillesse et de pointes d’esprit».
L'ouvrage le plus célèbre de Scarron reste sans doute le roman burlesque intitulé le Roman comique dont la première partie parut en 1651 et la deuxième en 1657. Une troisième partie aurait dû s’y ajouter; Scarron meurt avant de l’avoir écrite.
Il y dépeint avec vérité, d'une manière savoureuse les moeurs des bourgeois et du menu peuple de la province, la vie et les amours de comédiens itinérants, qui vont de village en village dans la province française, et de nombreuses autres histoires, burlesques ou galantes, qui viennent s'insérer au coeur du récit principal. La plume de Scarron laisse certes deviner ses intentions parodiques, mais il est indéniable que le narrateur prend plaisir à relater les amours de ses personnages. Il mêle la bouffonnerie la plus truculente au romanesque le plus raffiné. Le Roman comique tourne notamment en ridicule les vieilles épopées et les romans chevaleresques en parodiant leur style pour relater des disputes triviales et bouffonnes. Cet art des contrastes, la désinvolte liberté d'allure de ce roman en font une oeuvre très représentative de la littérature baroque.
À partir de 1645, Scarron s'intéresse au théâtre : il écrit en tout neuf pièces inspirées de Tirso de Molina et de Francisco de Rojas y Zorrilla, à une époque où la comédie espagnole triomphe à Paris. Sept d’entre elles parurent de son vivant; les deux dernières furent publiées au lendemain de sa mort, en 1662. Dans ces comédies de cape et d'épée, le comique est limité à certaines scènes et la part du rire est assuré pour l'essentiel par un valet. Les autres scènes sont et restent surtout romanesques. On y voit des amours contrariées, des passions qui se dévoilent ou qui se heurtent. Et nous comprenons alors que si les pièces de Scarron se présentent comme des comédies, c’est au sens des comedias de capa y espada des Espagnols. D’autres auteurs français, Thomas Corneille, Quinault et bien d’autres, à la même époque, en faisaient autant. Scarron se distingue d’eux par la force magnifique de son style. Il faut avoir lu La Fausse Apparence pour comprendre à quel point Scarron est un grand écrivain.
Le reste de l'oeuvre de Scarron est romanesque. Ses nouvelles, ses poèmes burlesques et ses pièces ont ouvert la voie à la comédie-ballet de Molière et Lully.
Dans ses Grotesques (1833), Théophile Gautier, qui s'est largement inspiré du Roman comique dans son Capitaine Fracasse (1863), a rendu un vibrant hommage à Scarron, et à «la sûreté et la facilité de touche» de ses descriptions: «C'est d'ailleurs une excellente prose, pleine de franchise et d'allure, d'une gaieté irrésistible, très souple et très commode aux familiarités du récit, et, quoique plus portée au comique, ne manquant cependant pas d'une certaine grâce tendre et d'une certaine poésie aux endroits amoureux et romanesques.»
L’interprétation de l’oeuvre de Scarron fut dominée, pendant deux siècles, par les préjugés d’une orthodoxie classique qui soumettait les oeuvres littéraires à des exigences de «raison» et de «noblesse». On comprend mieux aujourd’hui le véritable sens de ses livres, et on ne s’étonne plus, aujourd'hui, que ce prétendu hérétique de la littérature ait eu, de son vivant même, l’estime et l’admiration des meilleurs esprits.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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