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Oeuvres Poétiques de Jean de Sponde

[1588]
Essay de quelques poemes chrestiens
Tout s'enfle contre moy,...
[1596]
Amours
II - Quand je voy les...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 

[1557] - [1595]
Jean de Sponde

«Savez-vous bien que c'est le train de cette vie?
La fuite de la Vie, et la course à la Mort.
»
Jean de Sponde, Sonnets d'amour.

Né au Pays basque, issu d'une famille modeste, protestante au calvinisme orthodoxe, protégé de la mère d'Henri IV, Jeanne d'Albret, Jean de Sponde reçut une formation savante.
Parti étudier à l'Université protestante de Bâle sous la direction de Zwinger (1583), Sponde s'investit dans l'humanisme, des travaux d'ingénieur, et aussi, selon ses dires, l'alchimie.
Puis, il devient Maître des requêtes d'Henri de Navarre, et semble avoir été chargé de plusieurs missions, avant d'être nommé lieutenant général de la sénéchaussée à La Rochelle en 1589 ou 1590. Mais ne vivant pas en bonne intelligence avec les magistrats rochelais ainsi qu'avec ses administrés, et il renonce à sa charge et se démet de ses fonctions quelques années plus tard.
En 1593, il se convertit au catholicisme, quelques mois après la conversion d'Henri IV, sans que l'on puisse bien démêler dans son acte la part de la conviction (sans doute réelle) et celle de l'opportunisme, mais il n'en perd pas moins la faveur du roi.
Il quitte alors la vie publique après avoir publié une Déclaration des principaux motifs qui l'ont poussé à abjurer le protestantisme, laquelle lui valut d'être conspué par les protestants. À ces injures s'ajoute l'échec de La Rochelle: Sponde perd alors tout crédit non seulement dans le monde de la magistrature, mais aussi dans l'entourage du roi. Il se retire alors dans les montagnes basques, à Biscaye et se consacre à une réfutation des thèses des réformés, la Response au traicté des marques de l'Église de Théodore de Bèze.
Il meurt à la tâche et dans la misère à Bordeaux. Il est enterré quelque part dans la cathédrale de Bordeaux, mais l'emplacement de sa dépouille est aujourd'hui oublié: la Muse de l'oubli semble le poursuivre avec acharnement. Son Oeuvre reste méconnue jusqu'au XXe siècle.
Exhumée par un érudit anglais, A. M. Boase, son oeuvre comprend un recueil d'«Amours» (posth., 1596), où l'auteur, à l'aide de métaphores variées et d'antithèses, proclame sa constance, des Stances de la Cène et un Autre Poëme sur le mesme subject qui révèlent un remarquable théologien calviniste, et surtout d'admirables pièces sur la mort, poèmes sermonaires et métaphysiques, comparables à ceux de John Donne: les Stances de la mort et douze Sonnets sur le mesme subject. Sponde y oppose à l'attrait du monde inconstant et fragile (thème privilégié de la poésie baroque) l'aspiration à cette stabilité, à cette immobilité hors du temps que procurera la mort.
A. M. Boase a retrouvé l'ensemble de ces pièces dans un recueil posthume; vingt ans après cette première découverte, il en fera une seconde: celle du volume que Sponde avait dédié en 1588 à Henri IV et qui comprenait des Méditations en prose sur quatre psaumes (que l'on croyait perdues), suivies, sous le titre d'«Essay de quelques poëmes chrestiens» (1588), des Stances de la Cène, des Stances de la mort et des Sonnets sur le mesme subject (que l'on connaissait déjà).
Excellent humaniste, Sponde traduit Homère et Hésiode en latin, Sénèque en français, ainsi que la Logique et l'Organon d'Aristote.
L'imagerie de Sponde, moins exubérante que celle de son contemporain Agrippa d'Aubigné, est davantage intellectualisée, saturée de références culturelles et de symboles. La figure rhétorique de l'emblème, que l'on retrouve aussi dans la poésie de Maurice Scève, y joue un rôle à la fois esthétique et didactique.
Animée d'un sentiment religieux intense, la poésie de Sponde, face au tumulte du monde, vise à persuader son lecteur de la nécessité d'un absolu et d'une transcendance. L'édition complète de ses poèmes qui fut établie en 1597
est l'une des manifestations les plus achevées du baroque en poésie.
Une étonnante coalition – celle des catholiques qui ne pardonnaient pas à l'ouvrage son inspiration calviniste, et celle des protestants qui ne pardonnaient pas à l'auteur sa conversion – a failli faire disparaître à jamais cette oeuvre extraordinaire par la ferveur de la foi et la beauté du style, par sa qualité poétique qui fait de Sponde l'un des prosateurs et poètes métaphysiques et religieux les plus importants de son temps.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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