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Oeuvres Poétiques d'Émile Verhaeren

[1893]
Les Campagnes hallucinées
La Ville
[1895]

Les Villes tentaculaires
La Plaine



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Émile Verhaeren
Émile Verhaeren, portrait (détail), Musée Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

[1855] - [1916]
Émile Verhaeren

«Nous nous changeons l'un l'autre, à nous sentir ensemble
Vivre et brûler d'un feu intensément humain,
Et dans notre être où l'avenir espère et tremble,
Nous ébauchons le coeur de l'homme de demain

Émile Verhaeren, Les flammes hautes.

Émile Verhaeren naît à Saint-Amand, sur les bords de l’Escaut. C’est là que, jusqu’à l’âge de douze ans, «il joue avec le vent, cause avec le nuage», entre un père retiré des affaires (il était drapier à Bruxelles), une mère douce et attentive, et le frère de celle-ci, dont l’huilerie voisine crache ses fumées sur l’Escaut.
Après deux ans passés à l’Institut Saint-Louis de Bruxelles, il entre, à quatorze ans, au collège Sainte-Barbe de Gand, cette pépinière de poètes flamands d’expression française. Ses études achevées, il vient partager pendant un an le bureau de l’oncle.
Puis il part pour l’université de Louvain et, en 1881, pour Bruxelles, où il s’inscrit comme avocat stagiaire.
Edmond Picard a tôt fait de lui indiquer la voie de la poésie dans laquelle déjà Verhaeren ne demande qu’à s’engager et tout commence alors dans le malentendu. L’apparition des Flamandes, en 1883, fait scandale. Devant la levée de boucliers des bonnes âmes plus éprises de confort moral que de poésie, il ne se trouve que trois défenseurs: Edmond Picard, Albert Giraud, d’une manière plus réservée, et Camille Lemonnier, qui vient de publier Un mâle, pour plaider la défense du jeune poète. Déjà, le naturalisme se dispose à fêter un nouveau disciple. Mais, dès 1886, Verhaeren publie Les Moines. À la sensibilité lourde succède une célébration de la Belgique mystique des plus évidentes.
Puis c'est une grave crise psychique et le poète se ferme au monde et publie coup sur coup ses trois livres des plus noirs, profondément pessimistes: Les Soirs (1887), Les Débâcles (1888) et Les Flambeaux noirs (1888-1891). La mort rôde au long de ces recueils, et il semble que la folie, née d’un désespoir aussi vaste que vrai, veuille trouver en Verhaeren un chantre lucide.
Au sortir de cette dépression Verhaeren s’ouvre au monde. Il assume les changements, voit mourir les campagnes et naître non plus la cité mais la Ville. Il fait alors ce que les poètes ont fait de tout temps: il va aimer ce monde qui se forge devant lui, et il va l’aimer assez pour en extraire une beauté, redoutable sans doute mais réelle, qu’il exalte. Il s'emploie à dépeindre la vie moderne dans ce qu'elle a de plus cruel mais aussi de plus vrai: les villes industrielles, la technologie, le monde ouvrier, l'exode rural. Et c’est une longue suite des grandes œuvres: Les Apparus dans mes chemins (1891), «Les Campagnes hallucinées» (1893), Les Villages illusoires (1894) et «Les Villes tentaculaires» (1895).
Il parvient même un peu plus tard à traduire ce monde nouveau devant lequel il a d’abord tremblé avec un intérêt naissant pour l'idéologie socialiste, avec un accent de plénitude qu’il ne connaissait pas encore: Les Visages de la vie (1899), Les Forces tumultueuses (1902), la Multiple Splendeur (1906); ce nouvel esthétisme, associée à un rythme puissant, lui valut une reconnaissance européenne. La Belgique ne tarde pas à reconnaître en Verhaeren comme son plus grand poète lyrique, suivie de l’Europe, par le canal du Mercure de France. Sa patrie l’apprécit et, académicien, il donne des conférences en Allemagne, en Suisse, même en Russie.
Entre-temps, comme un repos entre deux tâches gigantesques, il sut donné, à voix basse, à l’amour intime, à l’humble amour du foyer (il épousa Marthe Massin en 1891) quelques-uns de ses plus beaux chants: Les Heures claires (1896) et Les Heures d’après-midi (1905). Il poursuit dans la voie ainsi tracée, et Les Rythmes souverains (1910) seront séparés des Blés mouvants (1912) par l’admirable musique de chambre des Heures du soir (1911).
C’est curieusement dans le théâtre, un théâtre très poétique, qu’il lui arrive de traquer encore ses démons personnels: Le Cloître en 1900, Philippe II en 1904 et Hélène de Sparte en 1908. On y retrouve le climat et comme l’écho des peurs d’autrefois. Partout ailleurs, le poète, en s’ouvrant au monde, a dominé son angoisse, dit son amour et peint, en Flamand qu’il était, cet univers mouvant, changeant et volontaire.
Sa poésie, prophétique et pleine de violence, célèbre aussi son pays natal (Toute la Flandre, 1904-1911). La Première Guerre mondiale ne lui inspire qu'indignation (La Belgique sanglante, 1915; Les Ailes rouges de la guerre, 1916) et lui fit perdre tout espoir en une humanité meilleure.
De 1883, date de parution du premier recueil Les Flamandes, jusqu’à sa mort brutale, en gare de Rouen, Verhaeren publie une trentaine de recueils à l'origine de la poésie moderne, alternant l’épopée et le lyrisme, ouvrant le chemin du monde moderne aux hommes les plus déshérités et à un romantisme socialiste plus pur et plus profond qu’on ne l’a dit. Mais, ce romantisme socialiste auquel généreusement il rêvait a fait place à des réalités plus rudes.
Le rattacher à un autre poète ou même à une école (il a traversé le symbolisme comme un bateau traverse un chenal) serait injuste et absurde. Mais, vigoureuse et souvent flamboyante, animée par la foi en la science et en l'effort humain, son oeuvre exerçera une grande influence sur l'unanimisme et le futurisme.
Verhaeren est l’un des rares grands poètes d’expression française à ne survivre que dans les anthologies. Les oeuvres elles-mêmes, aujourd’hui dispersées dans les bibliothèques et les greniers, ne sont plus accessibles. De sorte que l’on assiste à l’évolution d’un monde que le poète vit naître et dont il traduisit la naissance avec une fougue et un talent comparables à ceux d’un Walt Whitman sans pouvoir s’y référer.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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