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Oeuvres Poétiques de Paul Verlaine

[1866]
Poèmes Saturniens
A Eugène Carrière
Prologue
[1869]

Fêtes Galantes
Clair de Lune
[1870]
La Bonne Chanson
I - Le soleil du matin...
[1874]

Romances sans paroles
Ariettes Obliées - I
[1881]

Sagesse I
I - Bon chevalier masqué...



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Paul Verlaine
Paul Verlaine, Portrait (détail), d'Eugène Carrière, Musée d'Orsay, Paris.

[1844] - [1896]
Paul Verlaine

«De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair,
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.»
Paul Verlaine, Jadis et naguère, Art poétique.

Sous le signe de Saturne, d'origine ardennaise, Paul Verlaine naît à Metz le 30 mars 1844 dans une famille de militaire. Pour bien l'élever, son père, officier, démissionne de l'armée et vient s'installer avec son épouse à Paris, dans le quartier des Batignolles, en 1851, après quelques garnisons dans le Midi.
Élève doué, il se passionne tôt pour les Lettres; dès la classe de quatrième, Paul écrit des vers. Ses études secondaires parisiennes au lycée Bonaparte sont bonnes et l'obtention du diplôme de bachelier, en 1864, lui ouvre les portes de l'administration de l'Hôtel de Ville de Paris comme expéditionnaire, activité de rond-de-cuir qui lui laisse tout loisir de fréquenter les milieux littéraires parisiens.
Déjà bohème, amoureux de sa cousine Élisa, mariée et de sept ans son aînée, Verlaine, d'abord poète, ne ressent aucune vocation de fonctionnaire. Dans le salon de Mme de Ricard, la mère de son ami, il rencontre les écrivains qui comptent dans la décennie 1860-1870: Catulle Mendès, Villiers de L'Isle-Adam, Anatole France, José Maria de Heredia, Leconte de Lisle et, surtout, Théodore de Banville, qui règne alors avec un pouvoir bienveillant sur la littérature.
Menant une vie répréhensible aux yeux des siens, – entre les cafés, où il abuse de l'absinthe, et les amours faciles et décevantes, – plus ou moins introduits dans le milieu journalistique et littéraire, il publie son premier sonnet, «Monsieur Prudhomme», satire du bourgeois conformiste et content de lui-même, qui paraît dans la Revue du progrès, dirigée par son ami Xavier de Ricard.
Il collabore à plusieurs revues, participe au Parnasse contemporain (1866), recueil rassemblant des poèmes de Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé et publie la même année les Poèmes saturniens, son premier recueil, marqué par l'influence de la poésie parnassienne, mais qui révèlent déjà des traits indéniablement personnels tout à fait propres à la poétique verlainienne: sa sensibilité inquiète (sensualité, mélancolie, etc.) et la musicalité impressionniste de ses vers, telle qu'il le décrira lui-même ultérieurement dans l'Art poétique (écrit en 1874, publié dans Jadis et Naguère en 1884).
Mais la mort de son père puis celle d'Élisa sa cousine en 1867 dont la silhouette hante les Poèmes saturniens – elle en avait d'ailleurs financé la publication –, l'amènent à s'adonner à l'absinthe et les illusions de la vie de bohème seront une réponse à son chagrin, et, avec des repentirs suivis de plongées dans l'alcoolisme et la débauche, Verlaine ne quittera plus ce mode de vie. Il rencontre François Coppée, Charles Cros, Charles de Sivry (dont il épousera la demi-sœur, Mathilde Mauté), fréquente les artistes de cabaret, le salon de Nina de Villard, haut lieu de plaisirs et de boisson, se laisse pousser une barbe qui deviendra légendaire et participe aux banquets des «Vilains Bonshommes», qui se sont nommés ainsi en raison de leur allure négligée.
Deux ans plus tard, dans Fêtes galantes (1869), il offre le premier spectacle des paysages à la fois raffinés et «déliquescents» de son âme tourmentée.
Tombé fou amoureux d'une jeune fille douce et charmeuse, Mathilde Mauté de Fleurville, il la demande en mariage et la célébre dans les poèmes – de circonstance qui dessinent un itinéraire sentimental assez mièvre, encombré d'éloquence – de la Bonne Chanson (1870) comme «la blanche apparition qui chante et qui scintille», et en laquelle il pense avoir trouvé «l'âme que son âme depuis toujours pleure et réclame», la fiancée rédemptrice. Elle va lui offrir pour quelques mois ce «vaste et tendre apaisement» dont il rêve dans ses vers.
Mais la réalité du mariage vint rapidement altérer cet enthousiasme: le mariage a lieu alors que la guerre de 1870 vient d'éclater. Bientôt la Commune de Paris est proclamée; certes, Verlaine est communard, mais il tremble d'être arrêté et va se cacher à la campagne; il connait des difficultés financières et professionnelles, il se remet à boire, tout cela détériore le climat familial.
À son retour, il trouve une lettre timbrée de Charleville. Signée d'un nom totalement inconnu, Arthur Rimbaud, elle contient des poèmes qui retiennent son attention. En septembre 1871, il invite cet adolescent poète, qui se révèle très vite étrange, développe des théories révolutionnaires, veut détruire le monde et changer la vie.
Lu à un dîner des Vilains Bonshommes, «le Bateau ivre» stupéfie tout le monde. Fasciné et amoureux, Verlaine ne quitte plus Rimbaud. Il l'introduit dans le cercle «zutique», fondé par Charles Cros, ne rentre plus chez lui qu'à l'aube, complètement ivre, au point que Mathilde, enceinte, exige le départ de Rimbaud.
Mais celui-ci est de retour en mai 1872, et, après deux mois de cohabitation pénible sous le toit familial et quelques scènes violentes, Verlaine choisit de s'enfuir en juillet avec Rimbaud, abandonnant femme et enfant, pour vagabonder en Angleterre et en Belgique.
Traversée de scènes violentes, de tentatives de réconciliation, leur relation tumultueuse et passionnée et leur fugue dure deux ans – au cours desquels Mathilde demande la séparation (1874), et Mme Rimbaud lance la police aux trousses de son fils – et se termine violemment, lorsque Verlaine, en juillet 1873, à Bruxelles, au cours d'une dispute, tire deux coups de feu sur Rimbaud, le blessant légèrement.
Il est alors emprisonné et passe deux années en prison à Bruxelles puis à Mons; c'est dans une cellule qu'il écrivit son chef-d'œuvre, le plus réussi de ses recueils, – inspiré de cette période de vie commune avec Rimbaud, de sa passion pour l'amant infernal, – Romances sans paroles (1874) où tout est devenu musique; c'est aussi dans sa cellule qu'il découvre la foi: rongé par le remords, d'amers regrets et un sincère repentir le conduisent à la conversion. Le poète s'efforcera alors à une double conversion morale et mystique dont témoigneront, à sa sortie de prison, les vers de Sagesse (1881), témoignage d'un chrétien sincère.
Sagesse apparaît comme un point d'aboutissement de six années mouvementées et dures: deux ans de prison, deux ans et demi passés en Angleterre comme professeur, deux ans encore d'enseignement, cette fois en France, à Rethel, entre 1877 et 1879. Il mène alors une vie rangée et s'efforce d'abord de vivre selon cet idéal chrétien, mais très vite, ses vieux démons le reprennent; la solitude et la misère ont raison de ses contritions de prisonnier.
Amoureux d'un de ses élèves, Lucien Létinois, Verlaine passe avec lui quelques mois en Angleterre. C'est à son retour qu'il fait paraître Sagesse (1881), d'inspiration fortement chrétienne, mystique même: la part la plus originale de cette oeuvre consiste en un dialogue entre l'homme et Dieu, entièrement consacré à l'Amour. Le livre est un échec: son auteur a trop mauvaise réputation, et la conversion paraît suspecte.
Il faudra presque deux ans pour que Verlaine revienne un peu dans la vie littéraire: en collaborant à des revues comme Lutèce ou la Nouvelle Rive gauche, en se faisant de nouveaux amis, comme le poète Jean Moréas. Il vit alors avec sa mère, tente de retrouver un emploi, lorsqu'une nouvelle souffrance l'atteint: la mort de son jeune ami Lucien Létinois. Verlaine glisse alors de plus en plus dans l'alcoolisme et la débauche.
Les années qui suivent sont parmi les plus noires qu'ait connues Verlaine; la mort de sa mère en janvier 1886 finit de le jeter pleinement dans la misère. D'hôpitaux en hébergements provisoires, le poète traîne son arthrose et sa stérilité. Le seul texte marquant de cet «entracte noir absolument», comme il le dit lui-même, au cours duquel il est devenu clochard, est sa préface aux «
Illuminations» de Rimbaud.
Après deux années de dérive (1885-1887), il retrouve un peu de force: en 1888, Jules Lemaître, en écrivant un article intitulé «Un revenant», consacre cette résurrection. Mais l'embellie est brève: après l'échec d'une nouvelle passion homosexuelle, Verlaine retrouve l'hôpital.
Ses derniers recueils, inégaux, trahissent des périodes de lucidité coupées de phases de déchéance, un permanent déchirement entre les «sages» et impossibles résolutions (Les Poètes Maudits (1883), important recueil d'études critiques sur Rimbaud, Mallarmé et Tristan Corbière), Jadis et Naguère (1884) qui contient le fameux «Art poétique» («De la musique avant toute chose») à la gloire du vers impair et les rechutes dans le vice et le «péché» avec des Parallèlement (1889), recueil très érotique.
Pourtant, Barrès et le comte Robert de Montesquiou se font ses mécènes. Il écrit encore: des poèmes lascifs, voire obscènes, Chansons pour elle (1891) et Odes en son honneur (1893); des souvenirs réalistes, Mes hôpitaux (1891), Mes prisons (1893); un texte chrétien très rhétorique, Liturgies intimes; enfin, Élégies (Femmes, Hombres, (posth.)), poèmes en l'honneur de la prostituée dont il partage la vie depuis quelque temps.
Parallèlement à sa «déchéance», sa réputation littéraire ne cesse de grandir. Sa dernière activité consiste en conférences littéraires: en Hollande, fin 1892; en Belgique l'année suivante; en Angleterre enfin. Il est l'un des écrivains les plus admirés de sa génération, et son influence sur les jeunes poètes, notamment les premiers symbolistes, est déjà grande.
Malgré, une tardive reconnaissance par ses pairs (il est sacré «Prince des poètes» en 1894 à la mort de Leconte de Lisle), Verlaine mourra misérablement dans le dénuement et la détresse qu'il cherche encore à tromper par l'alcool, le 8 janvier 1896.

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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