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Oeuvres Poétiques de Théophile de Viau

[1621-1624]
Oeuvres Poétiques:
Livre I
I - Au roi sur son exil



   
Oeuvres de poètes francophones du XIIe au XXe siècles
 
Théophile de Viau
Théophile de Viau, Gravure par Desrochers (détail), Paris, BNF.

[1590] - [1626]
Théophile de Viau

«Imite qui voudra les merveilles d'autrui :
Malherbe a fort bien fait, mais il a fait pour lui
.»
Théophile de Viau, Oeuvres poétiques.

Né à Clairac-en-Agenois, issu de la petite noblesse hugenote, Théophile de Viau, cadet de gascogne, eut la vie d'un héros de roman.
Ses débuts dans la vie furent ceux d’un étudiant pauvre qui ne craint pas les aventures. À l’académie de Saumur, à l’université de Leyde, il observe les querelles des théologiens; ses croyances religieuses ne résistent pas à ce spectacle.
Après avoir rompu avec son père pour suivre comme poète une troupe de comédiens ambulants, il s'installe en 1615 à Paris, où il se pousse dans le monde et mène une vie joyeuse d'épicurien en compagnie de la jeunesse brillante de la Cour et des poètes amis du plaisir.
Il n’est pas sans ambition et la seule voie s’offrant à lui étant celle de se mettre au service de grands seigneurs, on le voit, à partir de 1614, successivement attaché au duc de Candale, au marquis de Liancourt, à Montmorency; il noue également des relations avec de jeunes parlementaires.
Les poèmes qu'il compose à l'intention de ses grands seigneurs le rendent rapidement célèbre. S'il fréquente ainsi les milieux aristocratiques, et se trouve souvent mêlé, selon la légende, aux intrigues sentimentales de ses maîtres, il est aussi un habitué des cabarets. Mais, l’image longtemps admise d’un Théophile traînant sa vie dans les cabarets est d’une absolue fausseté. Ce qui est vrai, c’est que ces aristocratiques amis sont des esprits fort libres. Ils ne craignent ni les obscénités ni les blasphèmes. Loin de les inviter à plus de retenue, Théophile les encourage dans leurs audaces.
Dès cette époque, tout naturellement sa réputation dans le monde religieux devient mauvaise: il y acquiert une réputation d'athée et de réfractaire et l’on y déplore son influence.
Une première alerte a lieu en 1619 lorsque le dévot Louis XIII frappe d'un ordre d'exil ce «libertin» trop voyant. Il rentre cependant en grâce en 1620, visiblement assagi. Converti, par précaution au catholicisme en 1622, Théophile fréquente des prélats et des religieux, fait ses pâques en 1623 et devient même le chantre officiel du règne.
Mais, bien qu'il se soit converti, les jésuites le poursuivent de leur haine. Une intrigue se noue contre lui, dont les arrière-plans nous sont mal connus. Elle est montée par un jésuite, le père Voisin, et l’opinion est ameutée par un autre jésuite, le père Garasse. Des poursuites sont engagées contre Théophile. Il est accusé d'avoir écrit un sonnet obscène et blasphématoire dans le Parnasse satyrique, un recueil collectif. Le livre est saisi, une instruction ouverte et un arrêt rendu, qui condamne Théophile de Viau par contumace à être brûlé vif!
Le malheureux tente de fuir le royaume; il est arrêté alors qu'il tente de passer en Belgique. Ramené à Paris, il est emprisonné à la Conciergerie dans le cachot de Ravaillac. Il y attend deux ans (1623-1625) que son procès vienne le disculper, pendant que l'on s'enflamme dans la capitale pour ou contre sa cause. Il fallut tout ce temps pour que le Parlement veuille bien reconnaître que les ennemis de Théophile sont incapables de fournir la moindre preuve à l’appui de leurs accusations: la sentence de mort est commuée en bannissement à perpétuité. Rendu à la liberté, mais affaibli des suites de sa captivité, il a une fin prématurée en 1626 à Paris après s’être confessé et avoir communié.
Il faut dégager des légendes l’histoire de sa vie pour comprendre que Viau n’est pas un doctrinaire, et moins encore un chef de secte. Il n'a pas écrit d’ouvrage contre la religion et n’a d'attachement à aucun système philosophique. Mais, à coup sûr, il dit des boutades scandaleuses qui bravent les croyances les plus respectées, mais dans lesquelles il convient peut-être de faire la part du jeu et de l’outrance.
Par l’audace des propos tenus dans le cercle de ses amis, par les insinuations qu’il met dans ses vers, Théophile tient sa place dans l’histoire de la libre pensée au XVIIe siècle. On note son influence, longtemps après sa mort, dans l’entourage de Gaston d’Orléans. On la constate également dans le monde élégant de Paris. À l’époque de la Fronde, c’est dans la ligne de Théophile que se placent ceux qu’on appelle «messieurs du Marais», esprits fins, épicuriens raffinés, qui épouvantent les conformistes par leurs audaces. Et, il n'est même pas tout à fait inexact de relier à la tradition de Théophile le libertinage de la société du Temple, à la fin du siècle.
Si la place de Théophile de Viau est donc grande dans l’histoire de la libre pensée, c’est pourtant par ses poésies qu’il ambitionne de s’imposer à l’attention du public. Pour parler de lui avec exactitude, il faut avant tout se garder de lui faire jouer le rôle d’un chef d’école littéraire opposé à Malherbe.
Il écrivit dès 1610 mais ses «Oeuvres» ne parurent qu'en 1621. Ce sont des Odes au roi, des sonnets ou de longs poèmes, des satires ou des éloges. Si de nombreux vers chantent l'amour, les considérations philosophiques et religieuses ne sont pas absentes. Individualiste, sceptique, pessimiste, il exprime une philosophie du refus des certitudes et de non-conformisme, se classant ainsi parmi les libertins les plus illustres.
Dans une première période, qui va de 1610 à 1615 environ, les quelques pièces de vers que l’on connaisse de lui le révèlent étranger à la poésie majestueuse et abstraite qui tend alors à s’imposer. Il lui préfère le jaillissement des images, le choc des mots, la dissymétrie des phrases. C’est à cette époque qu’il écrit deux de ses pièces de vers les plus fameuses, «Le Matin» et «La Solitude».
Mais, en 1615, on observe, pour quelques années, un style poétique nouveau. Ses odes «Contre l’hyver», «Sur une tempeste», ses vers à Maurice de Nassau et à Montmorency font apparaître l’abus de l’abstrait, la recherche de formules qui veulent étonner, une emphase continuelle.
Puis, par une nouvelle et dernière évolution, Théophile, en 1619, se débarrasse de ces faux brillants. Mais ce n’est pas pour se rallier à Malherbe. Il veut être «moderne». Il parle avec dédain de «la sotte antiquité». Il condamne toute sorte d’imitation. Il se réclame de la seule «raison»; il entend par là les évidences qui s’imposent à l’esprit, aussi loin de la rhétorique malherbienne que des subtilités baroques.
Son succès ne se dément pas davantage quand il travaille à l'art dramatique. Pyrame et Thisbé (1621), une tragédie sur le thème des amours juvéniles contrariées, est plusieurs fois jouée cette année-là à la cour, malgré un accueil critique peu favorable. Il est vrai que la pièce était bien différente des productions de l'époque; sa sincérité, la violence des sentiments exprimés sont fort appréciés du public.
Esprit libre qui préfère la sincérité des sentiments éprouvés à une technique de l'écriture, Théophile de Viau influence de nombreux poètes après lui; les poètes de la génération suivante, Tristan l'Hermite, Malleville, Saint-Amant, Scudéry, s’inspirent bien plutôt de lui que de Malherbe. Et ce succès est durable. Il faut l’emprise grandissante d’un certain dogmatisme rationaliste pour que son nom soit, dans la seconde moité du XVIIe siècle, enveloppé dans un trop injuste dédain.

La phrase trop fameuse de Boileau: «Enfin Malherbe vint» a conduit l’ensemble de la critique, pendant plus de deux cents ans (il est redécouvert par les auteurs romantiques)
, à considérer le XVIIe siècle comme entièrement dominé par une orthodoxie classique fondée sur l’enseignement et l’exemple de Malherbe. Deux chiffres aujourd’hui connus permettent de mesurer combien cette vue était illusoire. En face de seize éditions de Malherbe imprimées au XVIIe siècle, on compte quatre-vingt-treize éditions de Théophile de Viau. C’est dire combien il importe de compter avec ce poète que ses contemporains, sensibles à ses mérites, appelaient par exemple «le premier prince des poètes», «le grand poète de la France», «le roi des esprits» ou encore «l’Apollon de notre âge».

 
Mise à Jour de la page le 11/2001
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