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La Versification Française
 

Petit Traité de Versification Française
I - Valeur des syllabes

Qu'est-ce qu'on entend par «syllabe»?

Toute syllabe, muette ou sonore, entre dans la mesure du vers français. Il n'y a d'exception que pour l'«e» final devant un mot qui commence par une voyelle ou une «h» muette, et pour la syllabe muette à la fin du vers:

«L'â-ge vi-ril, plus mûr, ins-pi-r(e) un air plus sa-g(e).» (Boileau).

Il s'agit donc de déterminer ce qu'on entend par syllabe. La syllabe est le son produit par une seule émission de voix. Ce son peut-être représenté soit par une voyelle seule, soit par plusieurs voyelles, soit par un groupe de voyelles et de consonnes.
Mais il n'en va pas de même pour tous les groupes de voyelles. Tantôt les voyelles se détachent dans la prononciation, souvent pour respecter le mètre, et ainsi on est parfois amené à dissocier les deux sons qui, dans la prose, sont prononcés groupés, et ceux-ci forment une diérèse (mystéri-euse), tantôt elles se prononcent en une seule émission de voix et forment une diphtongue ou synérèse. La synérèse groupe donc les deux sons (ouvriers) et dans ce dernier cas on ne compte qu'une syllabe.
Il est parfois difficile de différencier la synérèse et la diérèse. On a cherché une règle: le son est double, a-t-on dit, lorsque le groupe de voyelles représente plusieurs voyelles latines, et simple dans le cas contraire.
Mais, mieux vaut reconnaître que l'autorité des poètes peut seule faire loi en pareille matière. Car lorsqu'il y a un doute sur le nombre de syllabes qu'il faut assigner à un mot contenant un groupe de voyelles, il est vrai que l'on peut suivre les préceptes empirique de la versification classique, mais on remarque très vite que les quantités ainsi prescrites sont souvent arbitraires et que de grands poètes se sont souvent contredits à leur sujet.
Ces contradictions que l'on peut remarquer au cours des siècles s'expliquent par les fluctuations de la prononciation. Au cours des siècles des synérèses ont été transformées en diérèses et inversement des diérèses vieillies se sont fondues et se sont muées en synérèses.


De l'«e» muet après une voyelle

Le «e» muet: tout «e» se prononce, dans un poème classique, quand il est à l'intérieur d'un vers, précédé et suivi d'une consonne.
Ailleurs, pour la syllabe muette à la fin du vers et devant ou après une voyelle, ou une «h» muette, le «e» ne se prononce pas.
Si le «e» muet suit une voyelle accentuée, ou précède une voyelle acentuées, il ne peut ni compter comme syllabe, ni former synérèse avec la voyelle qui précède; il doit être élidé, ou prendre place à la fin du vers.


De l'élision

La rencontre de deux voyelles dont l'une est la fin d'un mot et l'autre au commencement du mot suivant produit une élision, soit un hiatus.
Si dans le corps d'un vers la dernière syllabe d'un mot se termine par un «e» muet, et que le mot qui suit commence par une voyelle ou une «h» non aspirée, l'«e» muet ne compte pas dans la mesure; il se confond dans la prononciation avec la première syllabe du mot suivant: il est élidé.

«La nuit suivant(e), au mêm(e) instant, mêm(e) aventure.»

Ce «e» muet se reconnaît à ce qu'il n'est jamais accentué; il ne faut donc pas le confondre avec l'«e» final du pronom «le».


De l'hiatus

En poésie comme en prose, est le choc deux voyelles fortes dont l'une finit un mot et l'autre commence le mot suivant (Ex.: il pensa à aller). La prose le supporte, pourvu qu'il ne soit pas trop dur; Mais depuis Malherbe, et sauf quelques rares exceptions, notre poésie ne tolère pas l'hiatus à l'intérieur du vers.
On a cependant admis quelques exceptions:

Pour les mots par une «h» aspirée. L'«h» aspirée étant considérée comme une consonne en a les prérogatives.
Ajoutons que quelques mots commençant par une voyelle offrent une réelle aspiration qui permet l'hiatus. c'est ainsi que devant le mot «oui» l'«e» muet peut s'élider ou ne pas s'élider.
De même le mot «onze» et parfois le mot «ouate» se comporte en versification comme s'ils s'écrivaient avec une «h» aspirée.
L'«h» initiale d'«hier» est tantôt aspirée, tantôt muette.

L'hiatus est permis dans les interjections répétées comme «oui, oui», «eh! eh!», «ah! ah!», «euh! euh!», etc.

On admet encore l'emploi de quelques locutions toutes faites qui ne forment à proprement parler qu'un mot, comme «peu à peu», «çà et là», «un à un», «sang et eau», «à tort et à travers», «va-et-vient», «il y a», etc.

L'hiatus se produit parfois après une consonne, car certaines consonnes finales ne se lient pas au mot suivant dans la prononciation. Dans ce cas, il faudra l'éviter en poésie. La conjonction «et» ne peut, pour cette raison, précéder un mot commençant par une voyelle ou une «h» muette.

Au reste, la proscription de l'hiatus ne date que de Malherbe. Les poètes antérieurs ne se faisaient pas faute d'en commettre, ou plutôt ils ne songeaient guère à les éviter. Et il est vrai d'autre part que la poésie populaire en a fait souvent et par instinct un heureux emploi. Après tout, peut-être eut-il mieux valu laisser le poète juge de l'emploi de l'hiatus. Cette rencontre de voyelles est en général dure pour l'oreille française. Mais le contraire est vrai aussi quelque fois.
C'est affaire au goût du poète d'éviter tous hiatus pénible, et il convient de ne pas se montrer trop sévère sur ce point, surtout pour les mots terminés par une consonne muette; car outre que la prononciation de beaucoup de ces vocables n'est pas absolument fixée, notre langage courant, cédant à l'influence de l'orthographe, semble avoir une tendance bien marquée à faire sonner les consonnes finales dans tous les mots.


Petit Traité de Versification Française
II - Du nombre de syllabe dans le vers

Le mètre

C'est le nombre de syllabes prononcées qui amène à distinguer les vers pairs des vers impairs, beaucoup moins fréquents que les vers pairs. Ainsi, les vers peuvent avoir de une à douze syllabes. Les vers de treize syllabes et plus seront toujours l'exception.


L'alexandrin ou dodésyllabe

L'alexandrin, ou dodésyllabes, vers de douze syllabes, est le mètre le plus usité dans notre poésie depuis le XVIe siècle. On le considère comme le vers qui convient le mieux à l'épopée, à la poésie dramatique, didactique, à l'élégie, etc. On en fait même un usage fréquent dans la poésie lyrique, où il se combine aisément avec d'autres mètres. Aussi l'emploie-t-on aussi bien dans des pièces isométriques (pièces où le même genre de mètre est employé d'une façon continue) que des pièces hétérométriques (pièces où le poète mélange des vers de différentes longueurs). Dans le cas de la mesure rythmique, l'alexandrin classique est un tétramètre, parce qu'il est quaternaire, autrement dit parce qu'il reçoit quatre accents temporels. L'alexandrin romantique et le décasyllabe classique sont tout deux des trimètres.


Le décasyllabe et l'octosyllabe

Le décasyllabe fut tour à tour nommé vers commun, vers épique, ou décasyllabe.
Le décasyllabe, ou vers de dix syllabes, et l'octosyllabe, vers de huit syllabes, ont été particulièrement en faveur au Moyen Âge; nos lais primitifs et nos fabliaux sont écrits en vers octosyllabiques; ces mètres conviennent aussi à la chanson de geste et à la poésie lyrique, à la poésie légère. «Les contes en vers» de La Fontaine, les épîtres de Voltaire, ont montré quels heureux emploi en peut faire ces genres de poésie.


L'hendécasyllabe et l'ennéasyllabe

Les vers de onze syllabes (hendécasyllabe) et de neuf syllabes (ennéasyllabe) sont d'un rythme difficile à saisir, et leur emploi a toujours été très rare. Le vers de neuf syllabes convient bien à certaines coupes méthodiques; aussi le rencontre-t-on souvent dans les pièces destinée au chant. L'unique tort des vers de neuf et onze syllabes est de trop se rapprocher du décasyllabe et de l'alexandrin, qui nous ont pliés à leur rythme simple et à leur forme symétrique.


L'heptasyllabe

L'heptasyllabe, ou vers de sept syllabes, est très courant dans notre poésie et l'emploie ordinairement comme l'octosyllabe. Il est assez fréquemment employé dans les chansons du Moyen Âge, soit seul, soit avec d'autres vers.


L'hexasyllabe

Le vers de six syllabes ou hexasyllabe ou demi-alexandrin ne s'emploie guère seul que dans le genre lyrique, et s'entremêle le plus souvent avec des vers plus long. Ainsi il convient surtout aux combinaisons hétérométriques et s'allie très bien avec d'autres vers, surtout avec l'alexandrin.


Vers de cinq syllabes

On pourrait répéter pour le vers de cinq syllabes ce que nous avons dit pour le vers de six syllabes, mais en ajoutant qu'il est d'un emploi plus rare, excepté dans les chansons populaires, les idylles et les cantates, qui le goûtent tout particulièrement.


Le tétrasyllabe

Le vers de quatre syllabes ou tétrasyllabe convient aux pièces fugitives, et s'emploie surtout, comme les vers de une, deux, trois syllabes dans les pièces hétérométriques, où il peut être d'un heureux effet.


Petit Traité de Versification Française
III - De la rime

Qu'est-ce qu'une rime?

La rime a pour fonction d'indiquer à l'oreille la fin de la période rythmique constituée par le vers.
La rime est la répétition d'un même son vocalique à la fin de deux vers différents. C'est la mémoire interne du poème. Par leur position privilégiée en fin de vers, les rimes soulignent le rythme, rapprochent ou opposent des mots clés.
Primitivement, elle se réduisait à l'assonance, c'est à dire à la similitude de la dernière voyelle accentuée du vers, et le plus souvent cette voyelle était la même pour toute une série.


La richesse de la rime

Elle est définie par le plus ou moins grand nombre de phonèmes associés par la rime:

La rime pauvre

Un seul élément vocalique commun: fous/cou

La rime suffisante

Un élément vocalique + une consonne en commun: peine/veine; Oeil/orgueil;

La rime riche

Trois éléments (homophonies) en commun ou plus: vers/divers; éperdus/ardus


De la rime riche

Les poètes de la fin du XVe siècle et du commencement du XVIe siècle poussèrent plus loin encore la recherche de la rime riche et tombèrent dans les jeux de mots: remplaçant l'inspiration poétique qui leur manquait par l'ingéniosité et la complication des moyens rythmiques, ils imaginèrent diverses combinaisons de rimes, qui n'eurent bien heureusement qu'une vogue de courte durée. C'est à cette époque qu'on voit fleurir les rimes couronnées, empérières, équivoquées, fratrisées, annexées, batelées, brisées, rétrogrades, sénées, en écho, en kyrielle, concatenées, etc. :

Rime couronnée

Dans la rime couronnée, la dernière syllabe du vers, ou même les deux ou trois dernières, sont répétées deux fois.

La blanche colombelle, belle,
Souvent je vais priant, criant;
Mais dessoubs la cordelle d'elle,
Me jecte un oeil friand, riant.


La rime passait pour la plus belle encore quand les deux mots venaient de la même racine.

Les princes sont aux grands cours couronnés
Comtes, ducs, rois, par leur droit nom nommés


Rime empérière

La rime empérière répétait trois fois la même consonance à la fin du vers .

Bénins lecteurs, très diligents, gens, gens,
Prenez en gré nos imparfaits, faits, faits.


Rime équivoquée

La rime équivoquée (dites «ecquivocquées» ou par «ecquivocques») reproduisait à la fin de deux vers des mots entiers offrant à l'esprit un sens différent, mais à l'oreille un même son.

Ici n'oy point le bruyt des tombereaulx,
Je n'oy que vents souffler et tomber eaux,
Je n'ay souci si beuf ou vache arreste,
Je n'ay le heurt quand vient ou va charette.


Elle peut-être amusante par manière de plaisanterie, comme dans ces vers de Banville sur Henri de la Madelène:

J'adore assez le grand Lama,
Mais j'aime mieux la Madelène.
Avec sa robe qu'on lama
J'adore assez le grand Lama.
Mais la Madelène en l'âme a
Bien mieux que ce damas de laine.
J'adore assez le grand Lama,
Mais j'aime mieux la Madelène.


Voici des vers avec double équivoque, à l'émistiche et à la rime:

Quand ung vouloir lasche ose en Royaulme ou Empire
Divis faire à la chose, en sorte qu'elle empire,
Il se soumet en pire accident mortel qu'oncques;
Jamais donc nul aspire abolir lieux quelconques.


Rime annexée

La rime annexée, qu'on appelle aussi tantôt rime concatenée, tantôt entrelacée, fraternisée ou fratrisée.
Si on commençait le second vers par un mot de même famille que le dernier mot du vers précédent on disait alors que la rime était annexée:

Ainsi se fait rime annexée,
Annexant vers à autres vers,
Versifiée, et composée,
Composant tels mots ou divers,
Diversement mis et repris,
Reprenant la syllabe entière.


Rime fratisée ou enchaînée

La rime est fratisée ou enchaînée quand la finale du vers (la dernière ou les deux dernières syllabes) est répété au début du vers suivant, mais avec une acceptation différente:

Metz voyle au vent, single vers nous, Caron,
Car on t'attend; et quand seras en tente
Tant et plus boy, bonum vinum carum.

(Marot).

Rime batelée

Dans les rimes batelées, qui s'appliquent aux vers de dix syllabes, le dernier mot du premier vers rimait avec la quatrième syllabe du second vers:

Quand Neptunus, puissant dieu de la mer,
Cessa d'armer carraques et galées,
Les Gallicans bien le durent aymer
Et réclamer ces granz ondes salées.

(Marot).

La rime pouvait être en même temps couronnée et batelée:

Molinet n'est sans bruyt ne sans nom, non;
il a son son et, comme tu vois, voix,
Son doux plaid plaist mieux que ne fait ton ton.


ou encore équivoquée et couronnée:

Amy, je suis ainsi confus qu'onc fus
Veoir tant errer étiques hérétiques.


Rime brisée ou interne

Les rimes étaient brisées quand les vers, une fois coupés à la césure, présentaient une suite de petits vers rimant ensemble et offrant un sens complet:

De coeur parfait - chassez toute douleur,
Soyez soigneux, - n'usez de nulle feinte,
Sans vilain fait - entretenez douceur,
Vaillant et pieux, - abandonnez la feinte.


Rime en écho

La rime en écho répétait la dernière syllabe ou les deux dernières syllabes du vers; tantôt l'écho changeait à chaque vers et formait un petit vers isolé:

Icelle est la mignote
Note,
Qu'amour fait sçavoir;
Avoir
Qui peut belle amye,
Mye
Nel doit refuser.


Tantôt l'écho, toujours en dehors du vers, était le même pour plusieurs vers de suite:

Respond, Echo, et bien que tu sois femme,
Dy vérité; qui fit mordre la femme?
Qui est la chose au monde plus infâme
Qui plus entendre à l'homme de diffame?


Rime en kyrielle et rime concaténée

Quant aux rimes en kyrielle, qui répétaient périodiquement un même vers, et aux rimes concaténée, qui commençaient et finissaient chaque couplet par un vers semblable, elles sont sans doute moins étranges. On peut n'y voir qu'un refrain propre aux chansons. En voici deux exemples:

Tout à l'entour de nos remparts
Les ennemis sont en furie:
Sauvez nos tonneaux, je vous prie!
Prenez plus tost de nous, soudards,
Tout ce dont vous aurez envie:
Sauvez nos tonneaux, je vous prie.


D'Eléonore
Chacun admire le talent;
Et ce que personne n'ignore,
C'est qu'on soupire en écoutant
Eléonore.

(Marot).

Rime sénée

Rime sénée, ainsi nommée, lorsque tous les mots du vers commencent par la même initiale ou lorsque chaque vers commence par le ou les mêmes phonèmes:

C'est Clément Contre Chagrin Cloué
Et Est Estienne Esveillé, Enjoué.

(Marot).

Rime serpentine

Dans les traités de la métrique latine médiévale, la rime est qualifiée de serpentine quand les troisième et quatrième vers des quatrains sont semblables, comme dans: (aabb ccbb ddbb etc.); ou lorsque les deux premiers vers d'un quatrain riment avec les deux derniers vers du quatrain suivant, tandis que les deux derniers vers du premier quatrain avec les deux premiers vers du quatrain suivant: (aabb bbaa aacc ccaa etc.)
Plus tard d'autres diront que La rime est serpentine lorsque deux vers riment syllabe par syllabe sans être pour cela holorimes; en d'autres termes, les consonnes d'appui ne sont pas obligatoires. Exemple:

Je suis parti
De nuit, marri,
Troué, perclus, la mort au coeur.
Tout est perdu, las! fors l'honneur.


Rime rétrograde

La rime rétrograde offrait à chaque vers une série de mots dont on pouvait faire l'inversion mot à mot, syllabe par syllabe, ou même lettre par lettre, tout en conservant le sens et la rime:

Triomphamment cherchez honneur et prix,
Désolez cueurs, méchants infortunez;
Terriblement estes moquez et pris.


En retournant les mots, on obtient:

Prix et honneur cherchez triomphamment,
Infortunez, méchants cueurs désolez
Pris et moquez estes terriblement.


Rimes triplées

Les rimes triplées (aaa,bbb, etc.) proscrites de la poésie classique qui aime trop la sobriété pour ne pas estimer abusif le nombre de trois, ont été souvent en honneur dans la strophe romantique.

Rime marotique

Tradition rhétorique (Clément Marot: XVIème siècle): on passe de la rime au jeu de mots:
Rimailleur/rime ailleurs.

Rime pour l'oeil

La fonction sonore (rime pour l'oreille) a parfois été sacrifiée au profit d'une rime pour l'oeil (seule l'écriture est la même):

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu, qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever...

(Baudelaire)


Règles de la rime

Le genre de la rime

Le genre de la rime est défini par une finale. Il y a deux genres comme suit:

La rime féminine

La rime est dites féminine, lorsque le dernier mot du vers est constituée par une voyelle sonore suivie d'un «e» muet; cet «e» muet ne compte pas dans la mesure du vers. Le «e» muet peut-être suivi de «s», ou de «nt».

La rime masculine

La rime est dite masculine lorsque le dernier mot du vers se termine par une syllabe sonore. Lorsque la terminaison «ent» se trouve à la fin des vers, elle se prononce «ant», la rime est masculine.

Poëtes ou ciseleurs,
Par nous l'esprit se révèle.
Nous rendons les bons meilleurs,
Tu rends la beauté plus belle.

Sur son bras ou sur son cou,
Tu fais de tes rêveries,
Statuaire du bijou,
Des palais de pierreries!

(Hugo).

Du mélange des rimes

Il est un principe généralement admis dans notre versification depuis la Pléiade: c'est la règle de l'alternance des rimes. Une rime masculine ne peut être immédiatement suivie d'une rime masculine différente, de mêmes que deux rimes féminines différentes ne peuvent se succéder immédiatement. Ainsi, la versification classique exigeait de faire alterner rimes féminines et rimes masculines.
Les rimes considérées dans leur disposition peuvent être continues, plates ou suivies, croisées, embrassées, redoublées, tiercées, mêlées, etc.

Rimes continues

Les rimes sont continues (AAAA) lorsque la même consonance termine tout les vers d'un poème, ou au moins une période de vers assez longue.(if, actif, passif, vif, pensif).

Rimes plates

Les rimes plates (AABB) ou suivies se succèdent deux à deux. Depuis la règle de l'alternance, les couples sont successivement masculins et féminins. C'est la combinaison adoptée dans nos tragédies et nos comédies classiques, dans les satires, les épitres, etc.

Rimes croisées

Les rimes sont croisées (ABAB) quand les rimes masculines alternent avec les rimes féminines.

Rimes embrassées

Dans les rimes embrassées (ABBA), deux vers féminins de même rime sont enclavés dans deux vers masculins de même rime; puis deux vers féminins embrassent deux vers masculins, et ainsi de suite. On peut aussi commencer par une rime féminine, mais alors le cinquième vers sera masculin.

Rimes redoublées

Dans les rimes redoublées, la même rime, masculine ou féminine, se répète plus de deux fois:

O musique éloquente à dire l'indicible,
Rythme! accords chameurs qui dans les cieux cléments
Ouvrez à nos regards la porte inaccessible
Du palais où, pareils aux flêches de la cible,
Tremblent les astres d'or au fonds des firmaments.


Rimes tiercées

Dans les rimes tiercées, le premier tercet, ou groupe de trois vers, offre deux rimes masculines embrassant une rime féminine; celle-ci est reprise au second tercet pour embrasser une rime masculine nouvelle, qui, au troisième tercet, embrassera à son tour une nouvelle rime féminine, et ainsi de suite. La pièce se termine par un vers isolé qui rime avec le second du dernier tercet. On peut naturellement commencer par deux vers féminins embrassant un vers masculin. Ce système n'est employé que dans la
Terza Rima.

Rimes mêlées (et vers libres)

Les rimes mêlées admettent toutes les combinaisons, pourvu que la règle de l'alternance soit observée. Elles peuvent être successivement plates, croisées, embrassées, redoublées; c'est le goût du poète qui le guide dans l'emploi de ces divers systèmes. Le seul principe qu'il faille poser, c'est qu'on doit éviter de faire coïncider l'arrêt du sens avec la fin d'un système de rimes.
Le plus souvent dans les rimes mêlées, le poète emploie des vers de différents mètres, c'est à dire de différentes longueurs. Ce procédé qui porte le nom de «vers libres» et qui est une importation italienne du début du XVIIe siècle, demande une grande science rythmique, mais aussi sa souplesse lui permet d'accommoder le rythme aux moindres nuances de la pensée.
«Les fables» de La Fontaine recèlent les modèles les plus parfaits de nos vers libres français. Rajoutons que les poètes modernes se prêtent à toutes les différentes sortes de mètres et à toutes les différentes combinaisons (rimes alternées inclues) de rimes et que leur poésie (vers libres) est d'autant et encore plus libre.

Rimes alternées

Il y a une dernière combinaison de rimes, aujourd'hui disparue de notre poésie et que l'on rencontre parfois dans les chansons du Moyen Âge: ce sont les rimes alternées, qui présentent trois ou quatre consonances différentes se reproduisant dans un ordre déterminé:

Maint homme prend la mort,
Par trop fort le contraindre
D'ammaser la richesse
Comme avaricieux;
Et puis, quand il est mort,
Ceux qui le deussent plaindre
En deuil et en tristesse,
Ce sont les plus joyeux.


Couplet monorime

Se dit, adjectivement, de couplets écrit chacun sur une rime unique; ou, substantivement, de l'ensemble du poème. En général, le monorime est dénué de prétention artistiques: c'est une plaisanterie ou un jeu de société. La forme du monorime contribue à l'effet comique. Ce retour acharné de la rime unique, c'est celui du diable que l'on pousse au fond de sa boîte et qui ressurgit sans cesse plus têtu et plus élastique: le comique de répétition est là, virtuel, prêt à jaillir. Et, dès que le sens s'y prête en donnant dans le genre badin, le poème trouve sa raison d'être.
On peut, cependant, essayer de tirer parti de son insistance. Mais il faut que le sens soit lui-même en rapport avec l'idée d'obsession ou de répétition lassante. «Melancholia II», «Nevermore» dans «les poèmes Saturniens» de Verlaine en sont de bons exemples.


 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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