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La Versification Française
 

Petit Traité de Versification Française
IV - Le Rythme:
«De la musique avant toute chose»


Qu'est-ce que le «Rythme»?

C'est la musique du poème: à l'origine la poésie était toujours accompagnée de musique, d'un instrument (la lyre, la harpe, le luth, etc.). Elle en a gardé l'essentiel, le Rythme:

le Rythme est le rapport régulier perceptible à l'oreille entre la répartition des accents dans un énoncé et le nombre de syllabes séparant ces accents; ce nombre constitue une mesure.

le Rythme est basé sur le retour, à intervalles plus ou moins réguliers, d'accents toniques. Il donne sa cohérence au poème; difficile de déplacer des mots sans détruire l'équilibre du texte. Toute rupture du Rythme attendu a un effet de mise en valeur. La poésie moderne joue beaucoup sur les contrastes de Rythme.

En français le Rythme est déterminé par le retour, à intervalles comparables, de l'accent tonique (-) et des pauses (/). Voici les principaux cas de figures:

pauses nombreuses et accents rapprochés = Rythme haletant, haché, ralenti, saccadé.

pauses rares et accents rapprochés = Rythme rapide, précipité, lié, fluide.

pauses rares et accents rares = Rythme à la fois lent et fluide.

pauses régulière et accents réguliers: Rythme harmonieux, solennel.


Le Rythme dans les Vers

La césure

La césure est un repos de la voix, marqué à l'intérieur du vers par une syllabe tonique plus fortement accentuée que les autres toniques du vers.
Dans les vers de six à douze syllabes, la césure est obligatoire.
Dans le type binaire, une coupe principale, la césure (//), sépare deux hémistiches (ou demi-vers).

La coupe

On appelle coupe l'arrêt, généralement imaginaire, qui sépare les groupes rythmiques. La coupe, c'est donc la séparation des groupes accentuels dans un vers, n'impliquant pas forcément une pause. Chaque accent est suivi d'une coupe (/).
On distingue, en pratique, la césure (//) qui est une coupe fixe et, la coupe mobile (/) qui se déplace à l'intérieur de l'hémistiche ou du vers non-césurable.
Dans le type ternaire, trois coupes principales (//) séparent les mesures.

Les accents toniques

En français, le mot porte un accent tonique sur la dernière syllabe ou sur l'avant-dernière si la dernière est un «e» muet. Par ailleurs, dans un groupe nominal ou verbal, le mot le plus important porte un accent de groupe. En utilisant le signe (-) pour une syllabe et le signe (') pour un accent, on représente schématiquement le rythme d'un vers:

O triste/, triste était mon âme/
--'--'--'--'
A cause/, à cause d'une femme/
--'--'----'

Rythme binaire et rythme ternaire

Un vers peut comporter deux, trois ou quatre accents de groupe:

Trois accents de groupe dans le vers déterminent un rythme ternaire:
      – Le trimètre, caractéristique de la poésie romantique, est un vers qui comporte trois accents et donc trois mesures: «Toujours aimer,// toujours souffrir,// toujours mourir.//»

Deux ou quatre accents de groupe détermine le rythme binaire:
      – Le tétramètre est un alexandrin à quatre accents: «Fourmillent/ du baiser/ putride/ de Jésus!/»

Schémas rythmiques

Le rythme peut-être:
Régulier [(3+3)+(3+3)]
Croissant [2+4+6]
Décroissant [6+4+2]
Symétrique [3+2+2+3]

Les Sonorités

La rime met en relation, d'un vers à un autre, deux mots se terminant par les mêmes sons.
La rime intérieure met en relation deux mots se terminant par les mêmes sons au milieu de deux vers successifs.
La paronomase met en relation deux mots dont les sonorités sont proches bien que leur sens soient différents.
Une répétition de voyelles s'appelle une assonance: procédé suggestif reposant sur le retour, dans plusieurs voyelles rapprochées, d'un même trait phonique. Par exemple les deux vers suivants nous suggèrent par des voyelles nasales répétées la lente progression du navire:

(...)
«Qui suivent indolent compagnons de voyage
Le navire glissant sur les gouffres amers.»
(...)

(Baudelaire)

voyelles aiguës = cri strident, sentiments vifs.
voyelles graves = profondeur, bruit sourd, grondement, tristesse.
voyelles claires = netteté, fraîche, éclat, légèreté.
voyelles floues = lenteur; nonchalance, flou.

Une répétition de consonnes s'appelle un allitération: procédé suggestif reposant sur le retour, dans plusieurs consonnes rapprochées, d'un même trait phonique. Par exemple les deux vers suivants nous suggèrent, par des consonnes occlusives répétées, précisément le tic-tac de l'horloge :

«C'est la marmite qu'accompagne
L'horloge du tic-tac allègre de son pouls.»


consonnes occlusives = bruit sec ou répété, violence, soudaineté.
consonnes nasales = calme, lenteur, fluidité.
consonnes liquides = liquidité, fluidité.
consonnes vibrantes = grincement, grondement.
consonnes labiales = souffle, dégoût, dédain.
consonnes sifflantes = glissade, sifflement.
consonnes chuintantes = chuchotement.

Présentés dans un même groupe de mots, allitérations et assonances créent une unité sonore.
L'harmonie imitative cherche à reproduire, par allitération ou assonance, le bruit que produirait ce dont on parle.
L'harmonie suggestive repose sur l'idée que certains phonèmes sont plus aptes que d'autres à évoquer certains sentiments ou impressions.

De l'enjambement

Un groupe grammatical est réparti entre la fin d'un vers et le début du vers suivant. Poursuite du mouvement et du sens d'une phrase d'un vers sur l'autre, sans qu'il soit possible de ménager un arrêt entre les deux. L'enjambement peut prendre la forme particulière:

d'un rejet: lorsqu'un groupe placé à la fin d'un vers se termine par un mot placé au début du vers suivant, ce dernier étant suivi d'un arrêt syntaxique:

«Quoique ce soit affreux de te voir couverte
Ainsi, / (...)
L'été (...) s'étire par l'ardeur blanche du ciel complice
Et baille./ L'homme dort loin du travail quitté.»

(Verlaine).

d'un contre-rejet: lorsqu'un mot placé à la fin d'un vers est précédé d'un arrêt syntaxique et annonce un groupe placé au début du vers suivant:

(...)
«Souvenirs, souvenirs, que me veux-tu? / L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone.»
(...)

(Verlaine).


Le Rythme et les Strophes

Considérations générales

Les strophes consistent en des systèmes de vers de quantité variable régis par des lois particulières et conviennent par leur cadence, plus marquée que celle des vers homogènes à rimes plates, à une inspiration purement lyrique. La variété de rythme que l'emploi des strophes permet au poète peut refléter plus fidèlement les élans de son imagination.
Un poème peut être constitué par une série de vers égaux dans lesquels on adopte, pour ne plus l'abandonner, un des systèmes de rimes indiqués plus haut. Les vers peuvent encore être libres, c'est à dire qu'ils se prêteront à toutes les différentes sortes de mètres et à toutes les différentes combinaisons de rimes. Enfin un troisième procédé rythmique, propre à la poésie lyrique, consiste à diviser l'ensemble du poème en un certain nombre d'éléments qui offrent exactement la même disposition de rimes et de mètres. Le poème est alors appelé «Ode», et chacune de ses parties porte le nom de «strophe»; celle-ci est dite isométrique quand les vers sont tous semblables, hétérométrique quand on emploie des vers différents.
La strophe peut donc être considérée comme l'unité rythmique de l'Ode, de même que le vers est l'unité rythmique de tout autre poème.
On admet généralement que la strophe doit offrir un sens complet. L'arrêt du sens à la fin de chacune des périodes rythmiques a pour effet de concourir à son unité. Quant à établir d'une façon régulière un arrêt du sens à la fin d'un des vers de la strophe, il n'y faut pas songer non plus, sous peine encore d'altérer son unité.
Le plus souvent une Ode se compose de strophes toutes semblables. Mais le poète peut aussi avoir recours à deux ou trois systèmes, qu'il reproduira toujours dans le même ordre. Il peut même, surtout si le poème a quelques étendue, abandonner une combinaison à un moment donné, pour en adopter une autre qui convient mieux aux nouveaux sentiments qu'il exprime. Ce n'est pas indifféremment que le poète fera choix de tel ou tel de ces systèmes; tout de même que, dans les vers libres, la mobilité des mètres et la libre disposition des rimes doivent avoir pour objet de mieux traduire l'idée poétique; ici encore l'adoption d'une combinaison de mètres et de rimes doit être justifiée par la conformité du rythme à l'idée.

Les différentes Strophes

Le nombre de vers de la strophe est en général de deux à douze. Au delà de douze vers, il devient plus difficile d'embrasser l'ensemble de la période rythmique. Cependant on trouve des écrits de strophes de 14, 15, 16, 18, 19, et même 20 vers. Mais ce sont là des essais isolés et qui n'ont été que très rarement suivis. Au reste, de deux à douze vers, on peut déjà trouver bien des combinaisons pour marier les mètres et disposer les rimes.
Nos poètes du Moyen Âge en avaient créé un grand nombre, que les lyriques des trois derniers siècles se sont généralement contentés de leur emprunter. Bien des formes même ont été abandonnées, comme peu harmonieuses, ou n'ont été reprises que de loin en loin. Il serait fastidieux d'énumérer tous les genres de strophes; aussi nous contenterons-nous ici de donner quelques exemples de combinaisons les plus usitées:

La strophe de deux vers

La strophe de deux vers n'est qu'une succession de rimes plates. La disposition typographique et l'arrêt du sens la distinguent seuls des rimes plates ordinaires. Elle est le plus isométrique.
Le distique qui est formé d'une strophe de deux vers convient aux épigrammes.

La strophe de trois vers ou tercet

La strophe de trois vers, ou tercet, constitue une véritable strophe lorsque les trois rimes sont identiques; ces sortes de rimes se nomment ternaires.

La strophe de quatre vers

Les rimes des strophes de quatre vers sont généralement croisées, ou embrassées, parfois plates. Dans le cas de rimes embrassées, si la première strophe se compose de deux vers masculins embrassant deux vers féminins, la seconde doit commencer par un vers féminin. D'une façon générale et quel que soit le nombre de vers de la strophe, on doit observer la règle de l'alternance des rimes d'une strophe à l'autre: si la première finit par un vers masculin, la seconde commencera par un vers féminin et vice versa; les quatrains des sonnets mis à part, bien entendu.

La strophe de cinq vers

La strophe de cinq vers comporte le plus souvent trois rimes masculines et deux féminines ou inversement, entremêlées. Il peut présenter deux ou trois mètres différents. Il peut aussi s'obtenir par un artifice assez fréquent dans la poésie moderne et qui consiste à répéter le premier vers ou la rime du premier vers de la strophe.

La strophe de six vers

La strophe à six vers consiste le plus souvent à deux vers à rimes plates suivis de quatre vers à rimes embrassées ou croisées (AA/BCCB). Elle admet deux, plus souvent trois rimes, et deux, ou, plus rarement trois mètres.
Citons le sizain hétérométrique composé le plus souvent quatre vers longs et de deux courts (3e et 6e vers), et plus rarement les deux vers courts sont réunis à la fin de la strophe et il arrive même qu'un vers court unique la termine. Le sizain hétérométrique composé de vers d'un nombre impair de syllabes (sept et trois) cher aux poètes de la renaissance et repris par les romantiques; en dépit de son corselet bien lacé, il est susceptible d'une remarquable souplesse et d'une charmante fantaisie. Il convient d'ordinaire aux sujets légers mais suscite parfois l'accent d'une mélancolie voilée:

Sarah, belle indolence
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine
D'eau puisée à l'Illssus.

(Hugo).

La strophe de sept vers

La strophe de sept vers est d'un emploi plus rare que les précédentes; elle peut s'écrire sur deux rimes, mais le plus souvent elle en comporte trois. On mélange ordinairement que deux sortes de vers, si la strophe est hétérométrique.

La strophe de huit vers

Le strophe de huit vers comprend deux quatrains qui doivent être reliés par la rime. Il peut présenter deux, trois rimes, et deux, ou, plus rarement, trois ou quatre mètres.

La strophe de neuf vers

La strophe de neuf vers est d'un usage assez rare. Elle comporte généralement quatre rimes; dans les strophes hétérométriques, on n'emploie le plus souvent que deux espèces de vers.

La strophe de dix vers

La strophe de dix vers est un des plus heureux et convient aux grands sujets. Il est construit sur quatre ou cinq rimes. Dans les strophes hétérométriques on rencontre généralement le mélange de deux mètres, mais quelquefois aussi de trois et de quatre.
La strophe de l'Ode par excellence est le dizain isométrique classique. C'est lui qui triomphe dans les odes héroïques de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières:

(abab//ccd/eed) ou (abab//cc//deed);
[// ou / = ponctuation forte ou faible].


En ce qui concerne l'ode en dizains pétrarquisant, en voici le schéma:

(ababbccdcd).

Il a moins d'éclat, plus de monotonie ou d'unité, tels sont les caractères de ce dizain, qui est celui de la Grande ballade.

La strophe de onze vers

La strophe de onze vers ne se rencontre guère que dans le Chant Royal, poème à forme fixe, en honneur au XVe et au XVIe siècle. Cependant notre poésie offre quelques rares exemples de strophes lyriques de onze vers.

La strophe de douze vers

La strophe de douze vers est construite sur cinq rimes et quelquefois sur six. Le plus souvent elle est isométrique; parfois cependant l'un des trois derniers vers est plus court que les autres.
Même en usant de vers très courts, il est difficile de dépasser le nombre de douze vers et de cinq rimes dans une strophe sous peine d'en faire perdre de vue l'ordonnance.


 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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