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La Versification Française
 

Petit Traité de Versification Française
V - Les formes strophiques

Le distique

Le distique n'est qu'une succession de deux vers à rimes plates. Il est toujours isométrique. Le distique convient aux épigrammes.



Le quatrain

Les rimes y sont généralement croisées, ou embrassées, parfois plates ((ABAB) ou (ABBA) ou (AABB)). Dans le cas de rimes embrassées, si la première strophe se compose de deux vers masculins embrassant deux vers féminins, la seconde doit commencer par un vers féminin. D'une façon générale et quel que soit le nombre de vers de la strophe, on doit observer la règle de l'alternance des rimes d'une strophe à l'autre: si la première finit par un vers masculin, la seconde commencera par un vers féminin et vice versa; les quatrains des sonnets mis à part, bien entendu. La forme embrassée lui donne plus d'unité.


Le quintil ou chinquain ou cinquain

Le quintil comporte le plus souvent trois rimes masculines et deux féminines ou inversement, entremêlées. Il peut aussi s'obtenir par un artifice assez fréquent dans la poésie moderne et qui consiste à répéter le premier vers ou la rime du premier vers de la strophe.
La disposition (AABBA) remonte aux rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle. On trouve parfois un schème layé, (A12a8b8b8A12); c'est souvent le cas, par exemple, chez Malherbe.
Chez Musset et Lamartine nous trouvons le schème (ABAAB); c'est le quintil du XVe siècle, tel qu'il apparaît chez Jean de la Taille.
Chez Victor Hugo, on trouve le quintil (AABAB) à coté du quintil (ABBAB) et du schème lamartinien (ABAAB).
Quant à la forme choisi par Banville (ABABA), elle se retrouve chez Baudelaire, et sous forme layé (A12b8A12b8A12).


Le sizain

Le sizain consiste à deux vers à rimes plates suivis de quatre vers à rimes embrassées ou croisées (AABCCB) ou (AABCBC); c'est la forme adoptée par la stance de Malherbe.
Une seule fois, chez Malherbe, nous avons le schème (ABBACC) qui, est un sizain à rebours.
souvent les sizains sont disposés en rhythmus tripertitus, soit dans le schème (AABAAB), sur deux rimes, soit (AABCCB) sur trois rimes; les rhétoriqueurs ont recommandé la première de ces deux formules. Souvent la strophe est couée; c'est à dire un sizain composé de quatre vers longs et de deux vers courts (3e et 6e vers).
Le Moyen Âge, qui avait inventé cette forme, avait surtout pratiqué les mètres courts. Au XVIIe siècle, elle était encore fort prisée; puis elle s'est fait rare, pour réapparaître, avec le romantisme, d'abord chez Sainte-Beuve, puis chez Victor Hugo qui a pratiqué la strophe couée brève, avec par exemple des sizains (A7A7b4C7C7b4).
C'est la strophe couée brève qui a fait la fortune de Verlaine dans:

Les sanglots long
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.


Plus rarement les deux vers courts sont réunis à la fin de la strophe et il arrive même qu'un vers court unique la termine. Le sizain hétérométrique composé de vers d'un nombre impair de syllabes (sept et trois) cher aux poètes de la renaissance et repris par les romantiques; en dépit de son corselet bien lacé, il est susceptible d'une remarquable souplesse et d'une charmante fantaisie. Il convient d'ordinaire aux sujets légers mais suscite l'accent d'une mélancolie voilée:

Sarah, belle indolence
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine
D'eau puisée à l'Illssus.

(Hugo).


Le septain

Le septain possède plusieurs schèmes tel que (AABCBCB), chez plusieurs rhétoriqueurs; (AABCBCB) chez ronsard; (AABCBBC), chez Voiture: ce dernier schème n'est valable qu'à la condition de renverser l'alternance des rimes en passant d'une strophe à l'autre, soit: (m m f m f f m / f f m f m m f / etc.).
Vigny a fort prisé le septain; nous le trouvons chez lui sous la forme immuable (ABABCCB), rimes croisées puis embrassées, avec une rime charnière centrale appartenant aux deux systèmes. Tous ses septains sont écrits en alexandrins.
Parfois, on rencontre des septains construits sur deux rimes seulement. Leconte de Lisle nous livre un septain construit sur une simple alternance de rimes (ABABABA); il adopte aussi le schème (ABAABBA), moins naïf, mais peu satisfaisant pour la symétrie.
Victor Hugo, lui, recourt à un septain parfaitement symétrique (ABB ABBA). En outre le dernier vers de sa formule est écourtée.


Le huitain

Il existe de faux huitain, dont le schème n'est que la superposition de deux quatrains parallèles; ainsi dans la disposition (ABABCDCD).
Pour constituer ces huit vers en une unité strophique, il faudrait une marque sensible en fin de strophe: il suffirait pour cela de répéter la même rime, en «D»; ou le même mot final; ou de faire du dernier vers un refrain.
L'octave italienne, dont Aristote et Torquato Tasso ont donné le modèle, suit le schème (ABABABCC). Achevé en distique, ce huitain se prêterait plus volontiers à un sujet de caractère martelé, épique.
Le huitain du XIVe siècle n'est autre que celui de la strophe de la Ballade primitive: c'est celui de Guillaume de Machaut. Ce huitain roule sur deux rimes: (ABABBAAB). La ballade de Guillaume de Machaut reprend trois fois cette strophe dont le 8e vers sert de refrain.
Parmi les huitains du XVe siècle, celui de Martial d'Auvergne dit aussi Martial de Paris, nous fournit la strophe définitive de la Petite Ballade: (ABABBCBC), où tout est variété (rimes alternées), équilibre (rimes plates au centre, servant de pivot), unité (la rime «B» est présente dans les deux moitiés de la strophe), symétrie nuancée (parfaite inversion du mouvement avec échange de «A» contre «C»).
Les rhétoriqueurs ont également pratiqué, outre les formes déjà signalées, un huitain enlacé dont voici la formule: (AABABBCC).
Le huitain romantique se signale par la rime triplée dans le schème (ABABCCCB), ou encore par un huitain quadripertitus caudatus (AAAbCCCb).


Le neuvain

Le schème du neuvain (ABABACDCD), commence par un quintil (ABABA) et se termine par un quatrain alterné. Charles d'Orléans la pratiqué dans sa complainte «France, jadis on te voulait nommer...».
Victor Hugo reprend ce neuvain légèrement modifié, adoptant pour quintil la forme (ABBAB) qui sera si chère à Leconte de Lisle; cela nous donne le neuvain (ABBABCDCD). Césurant cette strophe après le 7e vers, Hugo répète les deux derniers vers, en refrain, dans le puissant poème, tout en pentasyllabes dynamiques: «Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir»; schème: (ABBABCDC*D* // EFFEFCDC*D* // etc.).
On rencontre aussi un neuvain classique, par exemple chez Thomas Corneille, composé d'un quatrain et d'un quintil: (ABABCDCCD).
Le neuvain romantique présente un rhythmus tripertitus (AAB/CCB/DDB). Il va s'en dire que ce schème peut être écourté aux 3e, 6e, 9e vers: (AAb CCb DDb).
Ne disons rien du neuvain de Vigny avec son schème de (AABBCDDCD) qui n'est qu'un huitain assez plat, qui se termine par un neuvième vers en excédent.
Le neuvain parnassien de Leconte de Lisle, construit sur trois rimes seulement, accuse plus d'exigence (ABABCCBCB). On est frappé de l'impression de continuité qui se dégage de la forme de cette strophe: elle tient en grande partie à cette structure fortement nouée, et symétrique; avec «C» répété trois fois et «B» répété quatre fois, la strophe évolue entre une variété restreinte (AB*AB) et une monotonie insistante (...B/CCBCB*).
Chez les rhétoriqueurs, on rencontre cinq types fondamentaux de neuvain, à savoir:

– sur deux rimes seulement, un neuvain layé est du plus ravissant effet. Ce neuvain est utilisé dans la Rotrouänge écartelée (a3a1B6/a3a1B6/b4b2A8).
sur trois rimes et généralement en décasyllabes: (ABAABBCBC).
sur trois rimes et de préférence en octosyllabes: (AABABBCBC).
sur quatre rimes et le plus souvent en décasyllabes: (ABABCCDCD).
sur quatre rimes avec des octosyllabes: (ABABBCCDD). C'est là une mauvaise formule, qui semble être un dizain de Ballade avorté, tant il finit platement.


Le dizain

Parmi les innombrables possibilités qu'offraient les permutations de rimes dans le dizain, une seule a porté ses fruits, c'est le dizain isométrique classique, la strophe de l'Ode par exellence. C'est lui qui triomphe dans les odes héroïques de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières: (ABAB//CCD/EED) ou (ABAB//CC//DEED) (// ou / = ponctuation forte ou faible).
Soit donc un quatrain croisé et un rhythmus tripertitus. Malherbe lui a donné un tel lustre que la première moitié du XVIIe siècle fut submergé par un déluge d'odes en dizains.
Distribué en (ABAB/CC/DEED), le schème du dizain révèle immédiatement l'un de ses secrets.; il présente les trois types possibles de succession de rimes: croisées, plates, embrassées. En outre, il est équilibré de part et d'autre d'un axe (CC).
La strophe du dizain isométrique classique, composée de décasyllabes ou d'alexandrins, est carrée: elle est une manifestation de l'esprit de discipline. Le dizain classique a acquis une légèreté certaine moyennant une disposition hétérométrique: (AbAbCCdEEd). Le dizain est des plus heureux et convient aux grands sujets.
En ce qui concerne le dizain pétrarquisant, qui apparaît au XVIe siècle chez Scève dans sa «Délie» et chez Marguerite de Navarre, et dont voici le schème (ABABBCCDCD), a moins d'éclat, plus de monotonie ou d'unité, tels sont les caractères de ce dizain. Sa structure est du type oppositif: l'ordre de la répétition est symétriquement inversé, mais les timbres des strophes changent, comme si l'objet «A», réfléchi dans un eau calme, y modifiait son coloris en «B». Or, cette strophe sera exactement celle de la Grande Ballade.


Le onzain

Dans le Chant-Royal, la plus grande forme de la Ballade, le onzain, adopte le schème: (ABABCC/DDEDE).
A l'époque des rhétoriqueurs, le onzain se présente sous les formes suivantes, construites sur cinq rimes: (ABABCCDDEDE): cette forme sert tour à tour dans la Ballade commune, le Serventois, la Sotte amoureuse, la Sotie, la Pastourelle, et, surtout, le Chant-royal.
Un onzain batelé (les vers batelés sont pourvus d'astérisques «*»): (AB*A*B*CC*D*D*E*D*E*) a été employé dans le cadre de la Ballade baladant ou Batelée.
Un autre onzain batelé a suivant les siècles été utilisé: (AB*A*B*C*C*D*D*ED*E).
Chez les romantiques, on a essayé d'obtenir le onzain au moyen d'un dizain à rimes plates, enflée d'un vers. Nous aurons donc (ABABCCCDEED) ou (ABABCCDEEED).


Le douzain ou Laisses-douzaines

Victor Hugo l'a tiré du dizain en rendant triples les deux rimes plates du dizain. Il est construit sur cinq rimes. On le rime ainsi: (ABABCCCDEEED).
A l'époque des rhétoriqueurs, le couplet de douze vers adoptait la forme prédominante que voici: (AABAAB/BBABBA). C'est la douzaine croisées.
Suprême raffinement, la même forme se rencontrait avec un écourtement qui frappait les vers de trois en trois à partir du second vers; ainsi les 2e, 5e, 8e et 11e vers, à égale distance les uns des autres, se trouvait faire écho à la rime précédente: (AaBAaB/BbABbA). C'est un douzain croisé layé ou coppé (coupé).


 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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