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La Versification Française
 

Petit Traité de Versification Française
VI - Les Poèmes à forme fixe

L'Ode

Empruntée par les poètes au Grecs (sens étymologique: chant, poème lyrique accompagné de la lyre ou encore l'aède, le chantre, le poète), reprise au XVIe siècle par Ronsard, et employée par les poètes de la Pléiade, poème particulièrement lyrique, formellement très proche des stances, l'Ode provient de deux traditions antiques: l'Ode pindarique et l'Ode anacréontique.
L'Ode abordait des sujets solennels et sacrés, car elle mettait en scène des dieux et des héros. Elle pouvait posséder une forme fixe lorsqu'elle était composée d'une strophe, d'une anti-strophe et d'une épode, série qui se renouvelait plusieurs fois.
On distinguera, d'après les thèmes, l'Ode héroïque, à la louange des Grands (au style oratoire, volontiers mythologique), l'Ode légère, chantant l'amour, les plaisirs de la vie, l'Ode religieuse, l'Ode descriptive, l'Ode exprimant des sentiments personnels...

L'Ode pindarique

Poème épique ou lyrique imité de Pindare (518-438 av. J.-C), l'Ode du XVIe siècle, telle qu'elle apparaît dans «les poèmes I à XV» à l'exception de l'«Ode VIII» du «premier livre des Odes», chez Ronsard, adopte l'allure alerte, enthousiaste et vigoureuse du maître hellénique. À son exemple, l'Ode présente une structure tripartite susceptible d'être répétée: une strophe et une anti-strophe, d'un nombre égal de vers, se font contrepoids; elles sont suivies d'une épode généralement plus courte, au caractère conclusif.
Le mètre utilisé est court: quelquefois, c'est l'octosyllabe; une seule fois c'est l'hexasyllabe, et partout ailleurs, c'est l'heptasyllabe. Voici la répartition des mètres dans quelques-unes de ces Odes:

                      strophe         anti-strophe             épode
Ode I : [18 (vers de 8); 18 (vers de 8); 14 (vers de 7)] x 8
Ode II : [10 (vers de 7); 10 (vers de 7); 8 (vers de 7)] x 2
Ode III : [13 (vers de 7); 13(vers de 7); 10 (vers de 7)] x 3
Ode V : [15 (vers de 7); 15 (vers de 7); 19 (vers de 7)] x 1
Ode X : [12 (vers de 8); 12 (vers de 8); 10 (vers de 7)] x 24
Ode XV : [14 (vers de 6); 14 (vers de 6); 8 (vers de 6)] x 2

L'Ode strophique

À partir de l'«Ode XVI», Ronsard adopte des formes strophiques variées et abandonne la structure tripartite. En ce sens, le rythme initial de l'Ode, celui qui doit servir de patron à toutes les strophes de la même pièce de vers, est entièrement libre. C'est avec un véritable enthousiasme que les poètes de la Pléïade ont vanté cette liberté d'allure qui est le propre du genre.

L'Ode classique

Elle vise à donner l'impression de la grandeur morale ou de la grâce majestueuse; divisée en strophes régulières, pondérables, elle est formée de vers longs (dodésyllabes ou
décasyllabes), soit isométriques, dans le genre le plus sérieux, soit hétérométriques dans le genre épique ou lyrique. Après les Odes de Ronsard, les grands poètes qui choisiront l'Ode strophique comme moyen d'expression, seront Malherbe avec ses «Grandes Odes», Jean-Baptiste Rousseau avec ses «Odes», Victor Hugo avec ses «Odes et Ballades».
La strophe de l'Ode par excellence est le dizain isométrique classique. C'est lui qui triomphe dans les «Odes héroïques» de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières: (abab//ccd/eed) ou (abab//cc//deed)

L'Ode romantique

Chez Victor Hugo, la strophe de l'Ode répond surtout au goût de la variété et de la métamorphose. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les premiers schémas des strophes hétérométriques des «Odes et Ballades», composées de dizain (12,12,12,8,12,8,8,12,12,8) de sizain (12x5+8) ou (12,12,8,8,8,8) ou (12,12,8,12,12,8), pour s'en faire une idée. Ces écourtements périodiques du vers au sein de la strophe lui prêtent une sorte de palpitation. De plus, Victor Hugo renouvelle le genre en faisant alterner fréquemment deux et même trois types de strophe.

L'Ode symboliste

Poème lyrique composé de verset courts réglés sur le souffle. Claudel nous en donne le modèle dans ces «Cinq Grandes Odes». En moyenne, le verset, qui semble d'origine biblique, comprend une ligne et demie à deux lignes. Il répond à des motivations syntaxiques, philosophiques, morales et scéniques.

Ni
Le marin, ni
Le poisson qu'un autre poisson à manger entraîne...

Et entre
Toutes vos créatures jusqu'à vous il y a comme un lien liquide.

L'eau
Toujours s'en vient retrouver l'eau
Composant une goutte unique.

Moi, l'homme,
Je sais ce que je fais

Quelle
Porte m'arrêterait? quelle muraille?...

(Claudel).


L'Odelette

L'Odelette ancienne

Petite Ode isométrique, de mètre court et ne comprenant qu'une strophe.
Les Odelettes que Ronsard a écrites dans «le livre IV des Odes», sont toutes, à l'exception d'un dizain à rimes plates, des douzains composés d'un sizain tripertitus (aab/ccb), d'un distique à rimes plates (dd) et d'un quatrain à rimes embrassées (effe).
Voici l'une d'elles:

Odelette XXVI

Venus est par cent mille noms
Et par cent mille autres surnoms
Des pauvres amans outragée:
L'un la dit plus dure que fer,
L'autre la surnomme un enfer,
Et l'autre la nomme enragée.
L'un l'appelle soucis et pleurs,
L'autre tristesse, et douleurs,
Et l'autre, la désespérée.
Mais moy, pource qu'elle a tousjours
Esté propice à mes amours,
Je la surnomme la sucrée.

(Ronsard)

L'Odelette moderne

Henri de Régnier, dans ses derniers recueils, a composé des Odelettes hétérométriques, composées de vers courts et de rares alexandrins ou décasyllabes; il y pique un ou deux vers impairs qui trahissent les mouvements émotifs d'un coeur étrangement sensible:

Odelette

Ce ne sera qu'une heure, il y aura peut-être
Du soleil sur l'herbe
Et du vent
Aux feuilles du vieux hêtre,
Et la fenêtre
Sera ouverte
Et doucement
Le rideau bougera comme une aile
D'oiseau vivant

Ce ne sera qu'une heure
Comme toutes celles que bat
L'antique horloge, une heure
Pareille à celle qui va
Venir et qui ne demeure
Que le temps qu'on la rie ou qu'on la pleure,
Ce ne sera qu'une heure,
Une heure où vous serez venue
Silencieuse et grave et chaste et lasse et nue.

(Vestigia Flammae)


Le Rondeau ancien ou Triolet ou Rondeau-Triolet

C'est une de nos plus anciennes formes de poèmes, et elle n'a point varié depuis le Moyen Âge. Le premier exemple qu'on en connaisse se trouve à la fin du XIIIe siècle dans le «Cloémadès» d'Adenès le Roy. Le rondeau est lié au chant et à la danse. Il signifie danse en rond.
À l'origine, il est composé d'une strophe unique dont la particularité est la présence d'un refrain.
La vogue du triolet ou rondeau ancien fut grande jusqu'à la Renaissance. On l'employait pour les vers d'amour; mais il se prête aussi au badinage et à la moquerie. Il disparaît à peut près de cette époque à la seconde moitié du XVIIe siècle.

Le Rondeau-Triolet simple

C'est le modèle le plus fréquemment employé. Il est basé sur une structure à huit vers sur deux rimes, le premier répété après le troisième, et le sixième suivi des deux premiers répétés. Le mètre employé sera le décasyllabe ou l'octosyllabe. On le trouve tantôt en strophes, tantôt isolèment: (A*B*AA*ABA*B*).

Blanche com lys, plus que rose vermeille,
Resplendissant com rubis d'Orient,
En remirant vo biauté non pareille,
[Blanche com lys, plus que rose vermeille,]
Suy si ravis que mon cuers toudis veille
Afin que serve à loy de fin amant,
[Blanche com lys, plus que rose vermeille,
Resplendissant com rubis d'Orient.]

(Guillaume de Machaut).

On dirait que le Rondeau est né d'une double paresse et d'une double rêverie.

Le Rondeau-Triolet doublé en la fin

C'est un Rondeau irrégulier; il insère deux vers supplémentaires dans le schème précédent, ce qui nous donne: (A*B*AA*ABBAA*B*).

Le Rondeau-Triolet double

Il comprend seize vers répartis en quatre quatrains , dont le dernier reprend entièrement le premier; en outre, les deux premiers vers du poème réapparaissent à la fin du second quatrain: (A*B*B**A**//ABA*B*//ABBA//A*B*B**A**).
Composé de vers de cinq syllabes, il est d'une sveltesse toute spirituelle:

La belle Rachel
A la taille fine.
Ses yeux d'aubergine
Ont un feu mortel.

Du bourg au castel
Chacun la lutine:
La belle Rachel
A la taille fine.

Vers son humble hôtel,
En manteau d'hermine
L'Amour s'achemine,
L'Amour au pluriel...

La belle Rachel
A la taille fine.
Ses yeux d'aubergine
Ont un feu mortel.


Le Rondeau-Triolet double demi-lai ou double Virelai

Le rondeau-triolet double reçoit chez Jean Molinet le nom de double virelai. Les Règles de la Seconde Rhétorique en fournissent un modèle et le nomme plus justement Rondeau-triolet double demi-lai. Il est composé d'un total de vingt vers en décasyllabe ou octosyllabe et de vers courts; en voici le schéma:
La quatrième strophe reprend textuellement la première strophe.
(A*a*å**B*B**A**//AaåBA*a*//AaåBA//A*a*å**B*B**A**)
(å ou å** = rime batelée au troisième vers de la strophe sur la quatrième syllabe).

Cet ogre d'Arlequin

– Qu'il fait bon la mirer!... Mais, j'ai grand-faim,
Dit Arlequin,
L'air badin, car tout me nuit et me pèse:
Qu'on m'apporte un melon et quelques fraises,
Noyé de champagne ou de marasquin!

Colombine offre un joli sein gredin,
Regard lutin:
– Pauvre mutin! prends-moi donc et me baise...
– Qu'il fait bon la mirer!... Mais, j'ai grand-faim,
Dit Arlequin.

– Je suis lassé des appas et des seins
quotidiens
Du libertin... - Il faut te mettre à l'aise,
Arlequin; je sais ton corps de braise,
Leste à me pourfendre de son surin.

– Qu'il fait bon la mirer!... Mais! j'ai grand-faim,
Dit Arlequin,
L'air badin, car tout me nuit et me pèse:
Qu'on m'apporte un melon et quelques fraises,
Noyé de champagne ou de marasquin!



Le Rondel

Du Rondeau-Triolet sont sortis le Rondel et le Rondeau nouveau. Le Rondel eut sa période d'éclat entre le XIVe et le XVIe siècle. Abandonné pour le Rondeau nouveau aux XVIIe et XVIIIe siècles, il a été repris par les poètes du XIXe siècle.
Il se compose de treize ou quatorze vers construit sur deux rimes et le mètre en est l'octosyllabe et plus rarement le décasyllabe: ces treize ou quatorze vers se divisent en deux quatrains, – le premier à rimes embrassées, le second à rimes croisées, les deux premiers vers du premier quatrain reproduisant les deux derniers vers du dernier quatrain, – et en un sizain (plus rare) ou un quintil, au choix du poète, – les quatre premiers vers à rimes embrassées, le cinquième (quintil) et le sixième (sizain plus rare) reproduisant encore le premier et le second vers du premier quatrain: (A*B*BA//ABA*B*//A BBAA*(B*)).

Alez vous ant, allez, allé...

[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie,]
Me cuidez vous, toute ma vie,
Gouverner, comme fait avès?

Je vous prometz que non ferés,
Raison aura sur vous maistrie.
[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie!]

Se jamais plus vous retournés
Avecques vostre compaignie,
Je pri a Dieu qu'il vous maudie,
Et par qui vous revendrés:
[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie!]

(Charles d'Orléans).

Le temps a laissié son manteau...

[Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,]
Et s'est vestu de brouderie,
Du soleil rayant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
[Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.]

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent d'orfavrerie,
Chascun s'abille de nouveau:
[Le temps a laissié son manteau.]

(Charles d'Orléans).

Dieu! qu'il la fait bon regarder...

Dieu! qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle!
Pour les grans biens qui sont en elle,
Chacun est prest de la loüer.

Qui se pourrait d'elle lasser?
Tous jours sa beauté renouvelle.
[Dieu! qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle!]

Par deça, ne dela la mer,
Ne sçay dame ne damoiselle
Qui soit en tous bien parfais telle.
C'est un songe que d'y penser:
[Dieu! qu'il la fait bon regarder!]

(Charles d'Orléans).

Il est fréquent que le deuxième vers du refrain ne soit pas repris à la fin de la deuxième strophe, et comme nous l'avons vu parfois aussi à la troisième strophe, ce qui ramène le problème à sept vers:

Dedens mon Livre de Pensee...

Dedens mon Livre de Pensee,
J'ay trouvé escripvant mon cueur
La vraye histoire de douleur,
De larmes toute enlumince,

En deffassant la tresamee
Ymage de plaisant doulceur,
[Dedens mon Livre de Pensee.]

Helas! ou l'a mon cueur trouvee?
Lez grossez gouttez de sueur
Lui saillent, de peinne et labeur
Qu'il y prent, et nuit et journee,
[Dedens mon Livre de Pensee!]

(Charles d'Orléans).


Le Rondeau Nouveau

À l'origine, les Rondeaux Nouveaux ne sont point très différents des Rondels. On peut en suivre les transformations dans Villon et dans Octavien de Saint-Gelais (XVe siècle); mais c'est un peu plus tard qu'ils se constituèrent définitivement.
Le Rondeau Nouveau comprend treize vers et le mètre en est le décasyllabe: un quintil, un tercet (trois vers) et un quintil. Il est construit sur deux rimes dont la première est employée huit fois et l'autre cinq. A la fin du tercet et à la fin de la dernière strophe, on ajoute une clausule empruntée des quatre premières syllabes du premier vers du rondeau.
Avec Clément Marot, seul les quatre premières syllabes ou premier hémistiche du premier vers fera office de clausule et se retrouve donc comme vers finals des deux dernières strophes. Dans le cas de vers décasyllabiques on aura trois strophes ainsi rimées: (AABBA/AAB+R/AABBA+R).

[Ma foi, c'est fait] de moi; car Ysabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau:
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en eau, cinq en ème.
Je lui ferais aussi tôt un bateau.

En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en sept en invoquant BrOdeau,
Et puis mettons, par quelque stratagème,
[Ma foi, c'est fait.]

Si je pouvais encore de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajustés au niveau
[Ma foi, c'est fait.]

(Voiture).

Dans le cas de vers octosyllabiques, nous aurons une forme comprennant dix vers (et deux racines) sur deux rimes. On aura un quatrain à rimes embrassées, un distique reproduisant la moitié du premier couplet du point de vue des rimes et suivi d'une clausule à racine, un quatrain parallèle au premier et pourvu de la même clausule que le distique. On aura trois strophes ainsi rimées:
(ABBA/AB+R/ABBA+R)
On voit ici que dans le cas de l'octosyllabe, la racine du vers de huit ne saurait être définie, puisque l'octosyllabe n'a pas de césure imposée: ici, notre clausule à racine a deux syllabes. Ailleurs, elle en aura trois, mais il est vrai que c'est un cas exceptionnel. Le plus souvent, le Rondeau adopte le décasyllabe avec racine de quatre syllabes.

De l'amoureux ardant

Au feu qui mon cueur a choisy,
Jectez y, ma seule Deesse,
De l'eau de grace et de liesse,
Car il est consommé quasy.

Amour l'a de si près saisy
Que force est qu'il crie sans cesse
Au feu.

Si par vous en est dessaisy
Amour luy doint plus grand destresse
Si jamais sert autre maistresse:
Doncques, ma dame, courez-y
Au feu.

(Clément Marot).


Le Rondeau Layé

Les Rhétoriqueurs ont pratiqué le Rondeau Layé selon le schéma:
(A*10a4B10B10a4//A10a4B10A*4//A10a4B10B10a4A*10).


Le Rondeau Double Redoublé

C'est un Rondeau dans le schéma duquel les deuxième et troisième couplets sont deux fois répétés, ce qui donne sept couplets à refrain unique.


Le Rondeau Médiéval

La Bruyère nous cite cette forme proche du Rondeau Nouveau et du Rondeau Redoublé. Il s'agit d'un poème de quatorze vers en décasyllabes et deux clausules, répartis comme suit: deux quatrains sur deux rimes, croisées, suivis d'un vers de refrain écourté, la clausule, et un sizain, suivi de la clausule. Cela nous donne la formule: (A*BAB//ABAB+Rac de A*//CCDEED+Rac de A*) ou (CCDEDE+Rac de A*).

Bien à propos s'en vint Ogier en Fance
Pour le païs de mescreans monder:
Ja n'est besoin de conter sa vaillance,
Puiqu'ennemis n'osoient le regarder.

Or, quand il eut tout mis en assurance,
De voyager il voulut s'enharder;
En paradis trouva l'eau de jouvance,
Dont il se sçeut de vieillesse engarder
Bien à propos.

Puis par cette eau son corps tout decrepite
Transmué fut par manière subite
En jeune gars, frais, gracïeux et droit.
Grand dommage est que cecy soit sornettes;
Filles connoy qui ne sont pas jeunettes,
A qui cette eau de jouvance viendront
Bien à propos.



Le Rondeau Redoublé

Enfin, le Rondeau Nouveau a donné naissance au Rondeau Redoublé, lequel se divise en six quatrains sur deux rimes, décasyllabes à rimes croisées, très rarement en octosyllabe, le deuxième quatrain ayant pour refrain le premier vers du premier quatrain en son entier, le troisième le deuxième vers, le quatrième le troisième vers, le cinquième le quatrième vers, le sixième et dernier quatrain a pour clausule le premier hémistiche du premier vers du Rondeau. Le sixième quatrain porte le titre d'Envoi.
(A*B*A**B**/BABA*/ABAB*/BABA**/ABAB**/BABA+Rac de A*).

Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés,
Beaux et tournés d'une fine manière,
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.

A six quatrains les vers en sont réglés
Sur double rime et d'espèce contraire.
Rimes où soient douze mots accouplés,
[ Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère.]

Doit au surplus fermer son quaternaire
Chacun des vers au premier assemblés,
Pour varier toujours l'intercadaire
[De ces rondeaux qu'on nomme redoublés.]

Puis par un tour, tour des plus endiablés,
Vont à pieds joints, sautant la pièce entière,
Les premiers mots qu'au bout vous enfilez,
[Beaux et tournés d'une fine manière.]

Dame Paresse, à parler sans mystère,
Tient nos rimeurs de sa cape affublés:
Tout ce qui gène est sûr de leur déplaire,
[Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.]

Ceux qui de gloire étaient jadis comblés,
Par beau labeur en gagnaient le salaire:
Ces forts esprits aujourd'hui cherchez-les;
Signe de croix on aura lieu de faire,
[Si l'on en trouve.]



 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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