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La Versification Française
 

La Ballade

La ballade doit son nom au verbe latin ballare, à l'ancien provençal balada, signifiant danse, puis poème destiné à la danse. Elle est issue du huitain du XIVe siècle, celui de Guillaume de Machaut.

La Ballade Primitive

La Ballade Primitive fut formée à partir du huitain de Guillaume de Machaut composé de vers décasyllabiques ou octosyllabiques, roulant sur trois rimes, et ayant pour formule (ABABBCCB).
Il a suffit à Guillaume de Machaut de répéter le derniers vers en guise de refrain, pour construire, sur vingt-quatre, la Ballade primitive de trois strophes pleines (ou trois couplets car elle est souvent accompagnée de musique):
(ABABBCC(B=Refrain)) x 3.
On remarquera que sous cette forme, la Ballade est pesante.

Ballade

Je maudis l'eure et le temps et le jour,
La semainne, le lieu, le mois, l'annee,
Et les deux yeux dont je vis la douçour
De ma dame qui ma joie a finee.
Et si maudi mon cuer et ma pensee,
Ma loiauté, mon desir et m'amour,
Et le dangier qui fait languir en plour
[Mon dolent cuer en estrange contree.]

Et si maudi l'acceuil, l'attrait, l'atour
Et le regart dont l'amour engendree
fu en mon cuer, qui le tient en ardour;
Et si maudi l'eure qu'elle fu nee,
Son faus semblant, sa fausseté prouvee,
Son grant orgueil, sa durté ou tenrour
N'a de pité, qui tient en tel langour
[Mon dolent cuer en estrange contree.]

Et si maudi Fortune et son faus tour,
La planette, l'eür, la destinee
Qui mon fol cuer mirent en tel errour
Qu'onques de moy fu servie n'amee.
Mais je pri Dieu qu'il gart sa renommee,
Son bien, sa pais, et li acroisse honnour
Et li pardoint ce qu'oscit à dolour
[Mon dolent cuer en estrange contree.]

(G. de Machaut).

A partir de la Ballade Primitive, se formeront La Petite Ballade et La Grande Ballade qui atteindront leur apogée et leur forme fixe au XVe siècle, avec François Villon.
Très en faveur au siècle suivant, la Ballade est abandonnée par la Pléïade et les poètes du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle, sauf Voiture, Sarazin, La Fontaine, Mme Deshoulières et Jean-Baptiste Rousseau; elle est remise à l'honneur au XIXe siècle.
Si la Ballade est en octosyllabe, nous aurons affaire à La Petite Ballade, dont les couplets sont de huit vers et l'envoi de quatre.
Si la Ballade est en décasyllabe, nous aurons affaire à La Grande Ballade, dont les couplets sont de dix vers et l'envoi de cinq.
Dans les deux formes de la Grande et Petite Ballade, le dernier vers du premier couplet doit se répéter à la fin des deux autres couplets et de l'envoi.

La Petite Ballade

La Petite Ballade sera donc composée de vingt-huit vers sur trois rimes, distribuée en trois strophes de huit vers et une demi-strophe de quatre vers appelé renvoi. La strophe sera le
huitain du XVe siècle de Martial d'Auvergne (ABABBCBC). La demi-strophe sera sur les quatre rimes (BCBC). Brochant sur le tout, le refrain marque quatre fois le poème, soit d'un sceau fatal, soit d'un ton lancinant, insistant comme une idée fixe, comme une hantise: le refrain donc, le dernier vers du premier couplet se répète à la fin des deux autres couplets et de l'envoi.
L'envoi est ainsi nommé parce qu'il adresse (il envoie) le poème à une haute personnalité, une personne aimée ou considérée à un titre quelconque. C'est pourquoi l'envoi débute, en règle générale, par un vocatif. (ABABBCB(C=Refrain)) x 3 + (BCB(C=Refrain))

Ballade des Dames du Temps jadis

Dictes-moi où, n'en quel pays
Est Flora la belle Rommaine,
Archiapiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo parlant quand bruyt on meine
Dessus riviere ou sus estan,
Qui beauté ot trop plus qu'humaine?
[Mais où sont les neiges d'antan?]

Où est le très-sage Helloïs
Pour qui chastré fut et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?
Pour son amour eut ceste essoyne.
Semblablement, où est la Royne
Qui commanda que Buridan
Fust jecté en ung sac en Saine?
[Mais où sont les neiges d'antan?]

La royne Blanche comme lis
Qui chantoit à voix de seraine,
Berte au grant pié, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Mayne,
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu'Englois bruslerent à Rouan;
Où sont-ilz, où, Vierges souvraine?
[Mais où sont les neiges d'antan?]

Prince, n'enquerez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu'à ce reffrain ne vous remaine:
[Mais où sont les neiges d'antan?]

(François Villon).

La Grande Ballade

La Grande Ballade sera donc composée de trente-cinq vers sur quatre rimes, distribuée en trois strophes de dix vers et une demi-strophe de cinq vers appelé renvoi. La strophe sera le dizain pétrarquisant du XVIe siècle, tel qu'il a été pratiqué par Maurice Scève (ABABBCCDCD). La demi-strophe ou envoi sera sur les cinq rimes (CCDCD). (ABABBCCDC(D=Refrain) x 3 + (CCDC(D=Refrain))
En voici un des plus beaux exemples: «L'épitaphe Villon» ou «La ballade des pendus»:

Épitaphe en forme de ballade
que feist Villon pour luy et
Ses compagnons
S'attendant estre pendu avec eux


Freres humains qui après nous vivez,
N'ayez les cuers contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost de vous mercis.
Vous nous voiez cy attachez cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Se freres vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdaing, quoy que fusmes occis
Par justice. Toutesfois, vous sçavez
Que tous hommes n'ont pas bons sens rassis;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grace ne soit pour nous tarie,
Nous preservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
[Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!]

La pluye nous a debuez et lavez,
Et le soleil dessechiez et noircis;
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arrachié la barbe et les sourcis.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez a couldre.
Ne soiez donc de nostre confrairie;
[Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!]

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A luy n'ayons que faire que de souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
[Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!]

(François Villon).

Il arrive que le cinquième vers de chaque strophe (dans la variante de la Grande Ballade) soit raccourci par rapport aux autres, introduisant ainsi une dissymétrie qui rappelle la nature originelle de la Ballade, celle du poème noté, c'est à dire accompagné de musique et chanté.

La Double Ballade ou Ballade Fratrisée ou Ballade Jumelle

La Double Ballade est synonyme de Ballade Fratrisée ou de Ballade Jumelle. La Double Ballade est en quelque sorte le mélange de deux ballades de même type, pour lesquelles on a choisi des consonances différentes, et dont les six strophes alternent, comme si l'on prenait tour à tour une strophe de l'une puis une strophe de l'autre; bien entendu, du point de vue des idées, le sujet se développe comme s'il s'agissait d'un seul et même poème. Enfin, le tout se termine par un envoi unique. Supposons que nous avons choisi pour une Petite Ballade commune les sonorités suivantes: «a="–ève"», «b="–is"», «c="–ore"»; nous adoptons des rimes pour une Ballade du même genre, par exemple: «a'="–our"», «b'="–ambre"», «c'="–un"». Cela nous donnera, la succession de rimes que voici:
– Première, troisième et cinquième strophe (ababbcbc)
– Deuxième, quatrième et sixième strophe (a'b'a'b'b'c'b'c')
– Envoi [b'(vers facultatif) c'b'c']


Le Chant Royal

On rattache d'habitude à la Ballade le Chant Royal qui présente, en effet, de grandes analogies de forme avec ce poème. Quelque soit l'origine du mot, il apparaît bien que le Chant Royal était surtout affecté aux sujets nobles. Le sujet du Chant Royal est une allégorie obscure enveloppant sous son voile louange de Dieu ou Déesse, Roi ou Reine, Seigneur ou Dame.
Il se compose, dans la règle, de soixante vers sur cinq rimes, répartis en cinq strophes de onze décasyllabes ou octosyllabes et d'un envoi de cinq vers. L'envoi pouvant être de quatre ou de sept vers, le total des vers oscille entre cinquante-neuf et soixante-deux vers.
Comme dans la Ballade, le dernier vers étaient le même pour tout les couplets. Le Chant Royal, abandonné depuis le XVIe siècle, a été repris au XIXe siècle par manière d'exercice. Eutasche Deschamps, Villon et Marot y excellèrent. Voici les deux premiers couplets et l'envoi du «Chant Royal chrestien» de Marot:
(ABABCCDDEDE) x 5 + (DDEDE) [ou (DEDE) ou (CCDDEDE)])

Qui ayme Dieu, son regne et son empire,
Rien desirer ne doibt qu'à son honneur;
Et toutes foys l'homme tousjours aspire
A son bien propre, à son aise et bonheur,
Sans adviser si point contemne ou blesse
En ses désirs la divine noblesse.
La plus grand part appete grand avoir;
La moindre part souhaite grand sçavoir;
L'autre desire estre exempte de blasme,
Et l'autre quiert (voulant mieux se pourvoir)
Santé et corps et paradis à l'âme.

Ces doux souhaits contraires on peult dire
Comme le blanche et la noire couleur;
Car Jesuchrist ne promet par son dire
Çà bas aux siens qu'ennuy, peine et douleur.
Et d'autre part (respondez moy) qui est-ce,
Qui sans mourir aux cieulx aura liesse?
Nul pour certain. Or faut-il concevoir
Que mort ne peult si bien nous decevoir
Que de douleur ne sentions quelque dragme.
Par ainsi semble impossible d'avoir
[Santé et corps et paradis à l'âme...]

Prince royal, quand Dieu par son povoir
Fera les cieulx et la terre mouvoir,
Et que les corps sortiront de la lame,
Nous aurons lors ce bien, c'est à sçavoir,
[Santé et corps et paradis à l'âme.]


La Ballade Laie

Les adjectifs «lai», «layé» ne sont expliqués nulle part; mais on peut induire des exemples fournis par les Rhétoriqueurs qu'ils signifient «composé de vers longs et de vers cours». La présence de vers courts est en effet l'une des caractéristiques du Lai. Les Règles de La Seconde Rhétorique nous donne une Ballade Laie dont la formule est en tenant compte de la complexité des rimes batelées: (Aa/a-B/b-A/a/a-B/b-B/b/b-C/c-B/b/b-C)


Helas! Amours, regardés en pitié,(A)
Par vostre gré(a)
La grant durté qui nuit et jour m'esprent
(a-B)
Si durement que je pers ma santé,
(b-A)
Car agripé
(a)
Et attrapé m'a douloureusement
(a-B)
Triste tourment, par quoy n'ay sentement
(b-B)
Nesunement
(b)
N'alegement qui me puist conforter.
(b-C)
Ainsi finer me faut piteusement
(c-B)
Et tristement,
(b)
Pour loyaument vous servir et amer.
(b-C)

La Ballade Layée ou Simple Lai

La Ballade Layée est un modèle de poème ne comprenant qu'une strophe, raison pour laquelle on l'appelle aussi cette forme de poème «Simple Lai»: (AaBAaBBbABbA)

Fleur de beauté gracieuse,
Precieuse,
Gemme d'honneur excellente,
Vive ymage sumptueuse,
Vertueuse
Banche d'amour, nouvelle ente,
Ma deesse, ma regente,
Propre et gente,
Ma trés leale amoureuse,
Corps et biens et champs et sente
Vous presente;
Ne me soyez rigoreuse.


L'alternance du mètre (8 et 3) sur deux rimes (A et B) montre qu'il s'agit bien d'un Lai. Le terme de «Ballade» confirme en revanche ce que nous avons dit plus haut, à savoir que la Ballade est une forme de poème à balancement.

La Ballade Balladante

«Balladante», en forme de Ballade, pour Ballade en guise de Ballade; Les règles de La Seconde Rhétorique appelle «Taille de double Croisée en Balladant» un huitain formée de deux quatrains à rimes croisées de la forme (ABABBCBC).
La Ballade Balladante est un cas spécial, et forme une expression stéréotypée: il s'agit d'une Ballade dont la strophe comprend sept heptasyllabes, selon le schéma (ABABBCC). Le poème est composé de trois strophes et d'un envoi de quatre vers (BBCC). Cela nous donne un total de vingt-cinq vers sur trois rimes.

La Ballade Baladant ou Batelée

C'est une Ballade dont la strophe, un onzain disposé comme suit (ABABCCDDED(E=Refrain)) n'est autre que la strophe du Chant Royal. Suivent trois strophes semblables, reprenant le refrain (le dernier vers du onzain de rime «E»), et un envoi de quatre vers (DED(E=Refrain)) reprenant le refrain lui aussi.
La seule chose, en effet, qui différencie la Ballade Baladant du Chant Royal, c'est la première strophe et l'intervention de la rime batelée à la césure du décasyllabe, ce qui donne au vers une cadence particulièrement dansante.


Juis ont dit que nostre redempteur
Fut enchanteur par art dyabolique,
Fol seducteur faulx prevaricateur,
Menteur, vanteur, facteur de voie oblique;
Mais sainct Jehan dist qu'il nous inspira,
Qu'il nous crea et si bien nous ama
Qu'il nous forma a son divin semblant.
Il fut enfant du pere triumphant,
Soleil luisant, sente ou nul ne devie,
Fleur flourissant, vray messie naissant,
Dieu tout puissant, verité, voie et vie.
(Refrain)



La Pastourelle

Genre plus citadin que rustique, la Pastourelle réfléchit sans doute les aspirations secrètes, d'une chevalerie parfois lasse de la préciosité des cours d'amour: en regard, la santé, la fraîcheur, la simplicité reprenaient tout leur prix. Les Trouvères, qui flattaient ainsi les désirs de leurs seigneurs, ont emprunté cependant leurs thèmes aux poètes provençaux.
Les pastourelles françaises
ont été composées entre le milieu du XIIe siècle et la fin du XIIIe siècle. La totalité du genre comprend, à notre connaissance, une centaine de pièces.
La Pastourelle ne fut pas un poème à forme fixe, le nombre et la forme des strophes restant libres.
La Pastourelle a donc pu être suivant les siècles, les régions, etc.:

une pièce de poésie pastorale dont la forme s'apparente au Chant Royal, à la différence que le vers choisi est l'octosyllabe. En outre le refrain est facultatif.

un petit poème médiéval prenant pour thème l'amour d'une bergère. Il est conçu, en général sous forme de dialogue entre la jeune et sémillante pastourelle, qui se défend, et un galant chevalier qui fait miroiter à ses yeux tous les joyaux du monde.

la figure d'une contredanse française. C'était la quatrième du Quadrille ordinaire.


Chanson Amoureuse ou L'Amoureuse

La Chanson Amoureuse est un poème dont la forme est celle d'un Chant Royal, sans refrain, et dont l'amour est le sujet. La loi de l'alternance des rimes masculines et féminines la concerne au même titre que le Chant Royal, le Serventois et la Sotte Amoureuse.
Ce poème comprend cinq strophes semblables en décasyllabes et un envoi de quatre vers, – selon la formule (DEDE), ou de cinq vers, selon le schéma (EDEDE), ou encore (DDEDE), – ce dernier représentant la partie terminale de la strophe: c'est, sur ce point, la recette de la Ballade. Le poème comprend donc, au total cinquante neuf ou soixante vers suivant le renvoi. Il ne comporte pas de refrain.
((ABABBCCDEDE) x 5 + (DEDE) [ou (EDEDE) ou (DDEDE)])


La Sotte Amoureuse

Poème du XVe siècle dont la forme est celle de la Chanson Amoureuse, mais qui présente l'amour sous des dehors grotesques. La Sotte Amoureuse, comme la Sotie ou le Fatras, contient des éléments qui écloront dans le genre burlesque à l'époque de la Fronde.


La Bergerette

Poème à forme fixe, qui fleurit au XVe siècle et dont le thème est de nature pastorale. Dans certaines régions de France, la Bergerette se disait ou se dansait le jour de Pâques.
On a pu dire que la Bergerette était apparenté au Rondeau; elle en diffère par le couplet du milieu, qui est tout entier d'une autre série de rimes que dans le premier couplet.
On distingue trois formes de Bergerettes:

La Grande Bergerette

La Grande Bergerette qui est un poème qui comprend cinq strophes de six vers alternés en vers longs (8 syllabes) et courts (3 syllabes), la troisième strophe et la dernière strophe n'étant que la reprise de la première strophe.
La Grande Bergerette compte trente vers tous de rimes féminines, dont dix-huit originaux et douze de répétition.
La difficulté majeure tient à la rime «B» qui doit fournir aux strophes une et quatre, huit mots différents. Le premier, troisième et dernier couplet font office de refrain (ABbBbA). Le deuxième couplet rime suivant le schéma (CDdDdC). Le quatrième couplet rime suivant le schéma du premier couplet et refrain mais sur d'autre mots (ABbBbA).

Bergerette

Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l'aise!
N'en déplaise
Aux saints curés du dïocèse,
Une braise
Brûle ma gorge de fillette.

Car j'ai rêvé sous l'églantine
- Fi donc, Colin! - Qu'en contrebande
Par la lande
Tu me faisais plus d'une offrande
Trop gourmande
Pour ma bouche trop enfantine.

Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l'aise!
N'en déplaise
Aux saints curés du dïocèse,
Une braise
Brûle ma gorge de fillette.

Je le jure, par ma houlette:
Tu l'auras, ce panier de fraise.
Viens, apaise
Cette grand faim, cette fournaise
Et me baise
Emni la luzerne douillette!...

Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l'aise!
N'en déplaise
Aux saints curés du dïocèse,
Une braise
Brûle ma gorge de fillette.


La Moyenne Bergerette

La Moyenne Bergerette a la strophe qui se réduit à un quatrain aux vers octosyllabiques et de rimes embrassées. Comme dans la Grande Bergerette, le premier couplet sert de refrain et revient après la seconde et la quatrième strophe. Mais les rimes masculines sont dominantes; elles remplissent la seconde strophe et servent de bornes aux premier et quatrième vers des autres quatrains. Le premier, troisième et dernier couplet font office de refrain (ABBA). Le deuxième couplet rime suivant le schéma (CDDC). Le quatrième couplet rime suivant le schéma du premier couplet et refrain mais sur d'autre mots (ABBA).
La Moyenne Bergerette, d'une exécution plus facile, compte donc vingt vers dont douze originaux et huit de répétition.

Bergerette

J'épouserais un œillet blanc
Si j'étais une pâquerette.
Or donc que je suis une bergerette,
Je veux un prince pour amant.

De Pierrot, le gros chevrier,
Mon cœur ne veut être captif.
J'ai l'œil trop pur, le pied trop vif:
Je bats à courre un lévrier!

J'épouserais un œillet blanc
Si j'étais une pâquerette.
Or donc que je suis une bergerette,
Je veux un prince pour amant.

Comment admettre d'un manant
Qu'il abîme ma colerette?
Qui donc me contera fleurette
Il faut qu'il soit d'un autre sang!

J'épouserais un œillet blanc
Si j'étais une pâquerette.
Or donc que je suis une bergerette,
Je veux un prince pour amant.


La Petite Bergerette

La Petite Bergerette ressemble beaucoup au Rondeau, en ceci que les seconde et troisième strophes s'adjoignent une clausule, le refrain, reprenant la moitié du premier vers. Au total quatorze vers en octosyllabes, dont deux clausules, racines du premier vers de la première strophe que l'on retrouve en fin des deux autres strophes. Le premier couplet rime suivant le schéma (ABBA) la moitié du premier vers, soit le premier hémistiche (quatre syllabe), servant de clausule et de refrain. Le deuxième couplet rime suivant le schéma (CDCD). Le quatrième couplet rime suivant le schéma du premier couplet, mais sur d'autres mots (ABBA).
L'art de la Petite Bergerette consiste dans la manière d'amener la clausule et d'en varier l'aspect au gré de la situation. En principe, le poème est récité par un berger. Mais il n'y a aucun inconvénient à prêter la parole à la bergère; ou, tour à tour, au courtisan puis à la courtisée. L'ambiance pascale est déterminante; elle est en accord avec les thèmes de l'espérance, du printemps, de la nature et des prémices amoureuses.

Bergerette

Le marquis:

– [Ce petit mot], si tu le dis,
S'il fleurit tes lèvres, Laurence,
Aussitôt tous les champs de France
Fleuriront comme en paradis.

La bergère:

– Vous donneriez or et trésors
Sans obtenir mon abandon...
J'en aurais vingt ans de remords,
Seigneur, à quoi donc rimerait donc
[Ce petit mot?]

Le marquis:

– Il rime avec les beaux oublis...
Mais j'aime mieux, dans le silence,
Lire au fond de ton innocence
O Bergère, et dans ton souris,
[Ce petit mot.]



Arbre Fourchu

Il était ainsi nommé parce que les vers y étaient disposés de manière à ce que les plus petits soient placés au milieu de la ligne, ce qui, à la rigueur, pouvait suggérer le tronc et les branches d'un arbre.
C'est un poème de vers courts et de vers relativement long, de manière à ce que les uns figurent le tronc et les autres les branches d'un arbre. Voici un arbre fourchu tiré de «la Départie d'Amours» de Blaise d'Auriol. Il est en partie construit sur des rimes équivoques et comprend un refrain couronné, c'est à dire redoublé. Le refrain est facultatif:

                         Mort, de moy lotz
                         N'auras de los
Car tousjours es par mauvais motz mouvante.
                         Les logeis clos
                         Tu faiz desclos,
Et, plusieurs corps toy en maints clos clouante,
Sus les humains es de griefs trotz trouvante.

                         Avant les rotz
                         Gectes tes rotz
Et froids soupirs, dont es indoctz donante
                         A tous propos,
                         O Atropos;
Rude en tous faictz, par dards et croz crossante,
Sus les humains es de griefs trotz trouvante.

                         De maulx impostz
                         Mectz sans repos,
Tant qu'on te voit saiges et sotz soulante;
                         Tu ronges os,
                         Deffaiz les ostz,
Et, très cruelle, en ton cueur gros grongnante,
Sus les humains es de griefs trotz trouvante.



 
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