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La Versification Française
 

Le Lai

Petit poème d'origine lointainement celtique, comme son nom l'indique (correspondant à l'irlandais «laid», chant, poème), et dont les premières manifestations littéraires sont du XIIe siècle. Notons enfin que le vers le plus long qui soit autorisé dans un Lai est l'octosyllabe.

Le Lai Narratif

Les Lais Narratifs sont des romans abrégés, en octosyllabes suivis, à rimes plates, prenant pour sujet une aventure merveilleuse, qui se rattache en générale aux légendes arthuriennes ou au Cycle de la Table Ronde. On les disait s'accompagnant de la Harpe ou de la Rote, sorte de Cithare à cinq cordes pincées. Les premiers Lais en date furent chantés par les Jongleurs d'Angleterre. Le Lai Narratif peut prendre le tour d'une fable mélancolique et tendre. Le modèle le plus célèbre nous est fourni par Marie de France, poétesse qui écrit vers 1160-1170; chez elle, le Lai n'est qu'un moyen d'exprimer, à travers le récit, de douces aspirations amoureuses, le rêve d'une passion chevaleresque et idéale. Mais c'était le rêve de toutes les belles dames de France et de Navarre. Cet élément de sensibilité ne devait pas tarder à donner naissance à une seconde forme de Lais.

Les Lais lyriques

Les Lais lyriques dont l'essence est de chanter des sentiments personnels sont une suite de couplets non symétriques dont chacun se jouait sur une mélodie particulière. Au XIVe siècle, grâce au développement de la polyphonie, la chanson fait de nouveaux progrès; le maître du genre, Guillaume de Machaut, cultive le Lai à coté du Virelai, du Rondeau, de la Ballade, du Motet et de la Messe, qu'il enrichit prodigieusement. Dans la seconde moitié du siècle, Froissart lui-même s'adonnera au Lai!
Le Lai lyrique présente deux caractères principaux: il peut modifier le mètre du vers; il dispose de deux rimes (a et b), dont l'une est dominante et sert de repoussoir à l'autre.

Lai

3 S'aimerai (-a)
3 Servirai
(-a)
3 Cremirai
(-a)
7 Et à lui obeirai (A)
4 D'humble vouloir (b)
3 En espoir
(-b)
3 De veoir
(-b)
3 Et d'avoir
(-b)
7 Grâce et confort: car pour vrai, (A)
4 Mestier en ai. (a)
3 Si tiendrai...
(-a)
3 Le cœur gai
(-a)
3 Et aurai
(-a)
7 Ferme, loyal cœur et vrai (A)
4 A mon pouvoir, (b)
3 Car j'espoir
(-b)
3 Mieux valoir
(-b)
3 De manoir
(-b)
7 En Loyaulté main et soir: (B)
4 Pour ce le fai. (a)

Dans la forme choisie par Froissart, le retour des mètres est soumis à une loi; les tétrasyllabes ne surviennent qu'après les heptasyllabes; les vers de trois syllabes sont groupés par séries de trois vers:
(333 7 4 333 7 4 333 7 4 333 7 4)
Or, cette succession régulière n'apparaît guère à l'oreille, même attentive; elle ne peut nous donner que des petites perceptions, celles qui s'adressent au subconscient et finissent par nous livrer une impression d'harmonie dont nous ne savons préciser l'origine. Ce qui nous égare, c'est que le schéma des rimes ne coïncide pas avec celui des mètres. Nous trouvons déjà là ce goût, bien français, de la variété qui aime le chevauchement de deux systèmes, dont l'un a la coquetterie de masquer l'autre. Le poète enfin se permet de faire revenir à la rime le même mot: le Lai n'est pas une forme très rigoureuse; c'est pour la même raison que Froissart peut faire rimer entre elles des formes verbales, infinitifs et futurs.

Au XVIe siècle, le Lai comme le Virelai furent réservés à la poésie pieuse. On eut grand tort. La désinvolture des rimes et la modestie des mètres invitaient à la légèreté beaucoup plus qu'aux réflexions sérieuses. On peut en administrer la preuve en reprenant les mètres de Froissart et en accentuant, au rebours de ce qu'a fait le XVe siècle, le caractère de légèreté badine en puissance dans la forme:

Le secret

Ah! bergère
Trop légère,
N'exagère
Ni les ris ni le plaisir
Jusqu'à mourir!
Te faut taire
Lan-la-laire
Ce dont jase la bruyère...
Si le zéphir,
Front sévère,
Allait faire
Le vicaire
Dieu! que devrait-il ouïr
De la bruyère?



Une autre variété de Lais - I

D'autres poètes ont mis en évidence une jolie variété de Lai lyrique; ce Lai est composé de tercets selon la formule: (A5A5b2/A5A5b2/A5A5b2/A5A5b2/etc.)
Pas plus que pour la précédente, il vaut mieux éviter d'appliquer cette formule à des motifs religieux. Elle se prêterait plutôt au Madrigal, à l'Épigramme, à toutes espèces de malice ou de marivaudage. En voici un témoignage:

Le gué

Un faune, un faux frère,
Sort de sa tanière
Masqué.

Sauve-toi, bergère!
Passe la rivière
A gué!

Ne fais point la fière:
Jette à la rivière,
Cœur gai,

Ta robe légère
Passe la rivière
A gué...



D'autres variétés de Lais - II

A l'époque des rhétoriqueurs, la définition du Lai varie avec les traités. Suivant les plus anciens, il est caractérisé par le nombre, la variété et le parallélisme des couplets; suivant les derniers, par la structure des couplets et la présence des vers courts. C'est pour cette raison que le mot de «layé» prend souvent le sens de «mêlé de vers courts». Les rhétoriqueurs distinguent:

Le Petit Lai ou Ballade Tombante

Le Petit Lai, dont la formule est un dizain d'hexasyllabes disposés en: (aab/aab/baab)
On l'appelle également Ballade Tombante, même si les vers sont tous de même mètre; nous croyons que cette appellation tient au caractère de la clausule de la rime «b».

Le Grand Lai ou Complainte Amoureuse

Le Grand Lai ou Complainte Amoureuse déroge à la règle ordinaire des Lais, qui veut un poème bâti sur deux rimes seulement. En voici le schéma (Majuscules: octosyllabes ou hendécasyllabes; minuscule: tétrasyllabes): (AAAbBBBcCCCdDDDeEEEfFFFgG)

Ou mois de may, en un lieu delitable
En ly beau pré, plaisant et honnorable,
Vy un amant amoureux et notable
Enprèz sa mie,
Qui moult estoit avenante et jolie,
Guyage et plaisant, douce, gente et polie,
Et si avoit une chiere si lie
Et si plaisans
C'onques n'y vis un tour d'eul desplaisans;
Et l'amoureux, qui estoit des plaisans,
Sy n'estoit pas de mourmes ne taisans,
Ains racontoit
Les fais d'amours que bien dire savoit.
La belle aussi, qui moult bien l'escoutoit
De lié courage a ce fait entendoit,
En li disant
Que pas s'amour n'estoit escondisant.
Mais li fellon traïtour mesdisant,
Qui les lichons Faulz Semblant vous lisant,
Ont si grand cours
Que les jours sont en l'esté trop peu cours,
Leurs faulz parlers fuient plus que le cours,
Et en croissant aussi bien qu'en decours
Vont diffamant
Le beau renom et d'amie et d'amant.


Le Simple Lai ou Ballade Layée

Le Simple Lai a une formule (AaBAaBBbABbA), dont la complexité n'est qu'apparente; elle cache en effet une simple croisure sur deux rimes: (AaBAaB//BbABbA), avec écourtement, de trois vers en trois vers, à partir du second inclusivement.
On l'appelle aussi Ballade Layée (Voir: Ballade) lorsque les neuvième et douzième vers adoptent une nouvelle rime «c», ce qui nous donne le schéma: (AaBAaBBbCBbC)

Le Lai renforcé ou Double Lai ou Lai Fratrisé

Le Lai renforcé comprend seize vers (contre douze dans le Simple Lai): un vers long supplémentaire est glissé après chaque vers courts. Dans la règle, la succession des strophes doit être: tercet, quintil, tercet, quintil. L'aspect général est donc plus étoffé que dans le Simple Lai. En voici un exemple (AAa/BAAaB/BBb/ABBbA):

Adieu les ris! Adieu liesse!
Voici l'heure de la sagesse:
Adieu jeunesse!

J'ai vu passer, blancs, roses, blonds,
Comme aux manèges de kermesse,
Tant de visages lourds d'ivresse,
Clairs de promesse!
J'ai vu passer tant de saisons!

Je vous quitte, Tendres Prisons,
Charme éloquent des courts jupons,
Corridors longs...

Adieu les ris! Adieu liesse!
Adieu la cour et ses pigeons,
Les regards en coin, les chansons,
Les papillons:
Voici l'heure de la sagesse.


Ce poème reçoit le nom de Double Lai ou de Lai Fratrisé lorsque Lorsque des refrains interviennent (facultatif): les deux premiers vers alors servent de refrain(*), l'un au douzième vers, l'autre à la fin du poème: (A*A**a/BAAaB/BBb/A*BBbA**).

Lais en série!!!

Les Lais, selon certains poètes de l'époque se devaient d'être composer de douze couplets, le premier et le dernier ayant les mêmes rimes; les dix autres couplets ont chacun leur façon, mais ils doivent avoir chacun quatre quartiers.
D'autres de rajouter que les Lais se font communément «pour oraison et complainte devers Dieu omnipotent ou sa gent par mainte personne sainte»; mais ils réclament alors pour le Double Lai ou Lai Fratrisé, outre la faculté de traduire «regrets et prière», le droit aussi d'exprimer avec «mos de joyeuseté»: ces vers sont fait «pour jeu et bonnes chieres». Voilà qui cadre à merveille avec la structure de ce poème et de ses mètres. Rappellons enfin que le vers le plus long qui soit autorisé dans un Lai est l'octosyllabe.


La Complainte

La Complainte se distingue des autres formes poétiques médiévales par l'insistance des rimes. C'est pourquoi elle adopte souvent la disposition du Lai, l'alternance de deux mètres sur deux rimes seulement. En voici sa formule: (A7a3B7A7a3B7B7b3A7B7b3A7).


Le Virelai

Le Virelai est un poème du Moyen Âge qui survécut jusqu'au XVIe siècle. Les formes en sont très variées. Nous en choisirons quelques-unes parmi les plus caractéristiques. Elles en commun l'amour du petit vers impair.

Le virelai isométrique

Petit poème de vers courts, sur deux rimes et commençant par quatre vers dont les deux premiers (*) se répètent çà et là au gré du poète. Eustache Deschamps le présente sous un poème triparti, composé de 13 heptasyllabes (a*bbcb//bbca*//bbca*):

Virelai de la belle Damoiselle

Sui je, sui je, sui je belle?
Il me semble, à mon avis,
Que j'ay beau front et doulz vis
Et la bouche vermeillette:
Dictes moy se je sui belle.

J'ay vers yeulx, petit sourcis,
Le chief blont, le nez traitis,
Ront menton, blanche gorgette:
Sui je, sui je, sui je belle?

... J'ay drapz de soye et tabis,
J'ay drap d'or et blanc et bis.
J'ay mainte bonne chosette:
Sui je, sui je, sui je belle?


D'autres poètes choisirent des virelais strophiques, toujours construits sur des vers impairs, le plus souvent de cinq syllabes, moins souvent de sept syllabes :
Douzain de vers de cinq syllabes, triparti: (aaab/aaaab/bbbb)
Douzain de vers de cinq syllabes, quadriparti, avec inversion des rimes: (aab/aab/bba/bba)
Strophe de vingt vers de cinq syllabes, quadripartite, avec renversement des rimes: (aaaab/aaaab/bbbba/bbbba)
Strophe de vingt-quatre heptasyllabes, quadripartite, à renversement des rimes: (aaaaab/aaaaab/bbbbba/bbbbba)

Le Virelai hétérométrique d'après Eustache Deschamps

Eustache Deschamps émet le schéma d'un poème construit sur deux rimes et deux mètres impairs (heptasyllabes et vers de trois syllabes), où les vers de trois syllabes sont plus de deux fois moins nombreux que ceux de sept:

Dame, je vous remercy
Et gracy
De cuer, de corps, de pensee,
De l'anvoi qui tant m'agree
Que je dy
C'onques plus biau don ne vi
Faire a creature nee,
Plus plaisant ne plus joly,
Ne qui sy
M'ait ma leece doublee.


Suit une strophe de (A7a3B7A7a3B7B7a3A7B7), précédant un refrain constitué par la première strophe (ci-dessus) reprise toute entière; une troisième strophe de (A7a3B7A7a3B7A7a3B7B7a3A7 B7); et le poème se termine par la strophe refrain.

Formule hétérométrique commune selon d'autres...

Selon d'autres poètes, le Virelai commence par un Lai de neuf vers à deux mètres disposés en Rhythmus tripertitus caudatus: (AAb/AAb/AAb). Voilà qui constitue la première strophe. Une deuxième strophe couée* (*vers longs et courts) inverse les rimes, prenant pour les vers longs la rime vers courts, et réciproquement; on a donc : (BBa/BBa/BBa). Une troisième strophe reprend la disposition de la première, et ainsi de suite...si l'on continue:

Quand Isabeau vit
Ce maigre mari
Soudain,
Elle fit un cri:
dieu, qu'il est petit
Lapin!
Et, le coeur contrit,
Dit: qui m'a nourri
Ce nain?

Mais notre vilain
Ouvre un oeil câlin,
Ravi
Se fait patelin
comme un chapelain,
Pardi!
Voilà l'aigrefin
Promu séraphin
Bénit!

Certe, il est hardi,
Et même bandit
Un brin...
Mais qu'il est «poli»!
Mais qu'il est «gentil»!
Mâtin!
Elle dira oui:
Mieux vaut un mari
Malin.


Formule hétérométrique commune: La Chanson Balladée

Le grand rhétoriqueur Guillaume de Machaut et le poète Eustache Deschamps nous ont offert des formules de Virelais qui se complètent et qui ont donné une formule hétérométrique commune avec ce Virelai nommé: La Chanson Balladée.
Poème cyclique, il se compose d'une base de cinq couplets formant un total de vingt sept vers (vingt-sept vers si le refrain est de sept vers; vingt et un vers si le refrain est de cinq vers; dix-huit vers si le refrain est de quatre vers), répartis comme suit:
Premier couplet (refrain: quintil): (A7*A7*b5*B7*A7*): (le refrain (*) peut-être de 4, 5 et 7 vers, à condition de conserver la forme et le nombre de vers adoptés au début du poème);
Deuxième couplet: «l'Ouvert»: trois vers: (B7b3A7);
Troisième couplet: «le Clos»: trois vers: (B7b3A7);
Quatrième couplet: strophe superposable, c'est à dire reprenant, dans le même ordre, les mètres et les rimes du premier couplet; ici: (A7A7b5B7A7).
Cinquième couplet: reprise du refrain: (A7*A7*b5*B7*A7*).

Après quoi, le Lai vire, c'est à dire qu'il tourne et recommence, reprenant chaque fois le coeur (qui groupe «l'ouvert», «le clos» et la strophe superposable) du poème suivi du refrain, aussi longtemps qu'il plaît au poète. On aura donc la succession (R: Refrain; O: l'Ouvert; C: le Clos; SS: Strophe Superposable; RR: Reprise du Refrain):
        Lai                   qui vire           et vire              et vire
R.O.C.SS.RR. + O.C.SS.RR. + O.C.SS.RR. + O.C.SS.RR.
  5 couplets       4 couplet      4 couplet       4 couplet

Le nombre total des couplets du Virelai sera donc égal à: cinq + un multiple de 4. Cette forme de Virelai respecte l'alternance des rimes féminines et masculines; exemple:

Tant désir te fait souffrir,
Tant Amour endolorir,
Si fort il burine
Ton front las qui se ravine
Que tu sais déjà mourir.

Tous les chants de mandoline,
J'imagine
S'en iront sur le zéphyr;

Dans vos plis de crinoline
Ballerine,
S'éteindra chaque saphir.

Quand des coups sans coup férir
Ouvriront sur l'avenir
La porte divine,
Croit-tu qu'on embobeline
Le Juge du repentir?

Tant désir te fait souffrir,
Tant Amour endolorir,
Si fort il burine
Ton front las qui se ravine
Que tu sais déjà mourir.


Formule hétérométrique commune: le Double Virelai

C'est un ancien Virelai, dont les couplets ont adopté une forme fixe, où «l'Ouvert» et «le Clos» ont été réunis en un seul quatrain (cdcd): (a*b*b**a**//cdcd//abba//a*b*b**a**).


La Villanelle

Le mot de «villanelle» est plus ancien que la chose. «Villanelle» a d'abord désigné toute espèce de chanson rustique; c'est vers le XVIe siècle, à la fin de la Renaissance, que ce mot a servi à désigner tout particulièrement un poème à forme fixe. C'est un poème de structure déterminée, mais comprenant des strophes en quantité variable.

La Villanelle la plus connue est divisée en une suite de tercets (aba) (en nombre impair), dont le troisième vers reprend alternativement tantôt le premier, tantôt le troisième vers du poème et se termine par un quatrain. Elle est écrite sur deux rimes; l'une masculine qui est commune au second vers de chaque tercet et du quatrain final; l'autre féminine qui régit les autres vers. Le premier et le troisième vers du premier tercet reviennent tour à tour à la fin de chaque autre tercet. Le quatrain final se compose d'un vers féminin et d'un vers masculin suivis du premier et du troisième vers du premier tercet. Le nombre de strophes est indéterminé et le mètre choisi le plus souvent est l'heptasyllabe:
(a*ba**//aba*//aba**//aba*//aba**//etc.//final: aba*+a**)

[J'ay perdu ma tourterelle.]
Est-ce point elle que joy?
[Je veux aller après elle.]

Tu regrettes ta femelle,
Hélas! aussy fay-je moy:
[J'ay perdu ma tourterelle.]

Si ton amour est fidèle,
Aussy est ferme ma foy:
[Je veux aller après elle.]

Ta plainte se renouvelle,
Toujours plaindre je me doy:
[J'ay perdu ma tourterelle.]

En ne voyant plus la belle,
Plus rien de beau je ne voy:
[Je veux aller après elle.]

Mort, que tant de fois j'appelle,
Prends ce qui se donne à toy:
[J'ay perdu ma tourterelle,]
[Je veux aller après elle.]


Cette Villanelle convient à la peinture de l'hésitation, du caprice, du doute, de toutes espèces de conflit moral. L'art consiste à glisser d'une nuance à l'autre de la manière la plus naturelle ou la plus piquante.

Il existe un autre type de Villanelle qui se présente sous la forme de quatrains, tour à tour croisés puis embrassés; la première strophe s'achève sur deux vers qui fournissent les refrains. Ces deux vers-refrains reviendront ensemble dans chaque strophe, mais chaque fois dans un ordre différent, tantôt l'un suivant l'autre, tantôt le précédant. Construite également sur deux rimes, ce type de Villanelle comprend un nombre de strophes variables. Toutefois, si l'on désire que la dernière strophe présente les vers-refrains dans le même ordre qu'au début, le nombre des strophes sera nécessairement impair:
(aba*b*//abb*a*//aba*b*//abb*a*//aba*b*//etc.).
Cette forme est plus pesante que la précédente, où ne se répétait qu'un refrain par strophe; il conviendra de choisir un mètre en harmonie avec ce caractère pondéré, sans trop l'alourdir cependant. Le décasyllabe, qui, occasionnellement coupé en (5/5), devient très alerte, ferait bien son office. L'immédiate succession des refrains ne sera supportable que s'ils manifestent à la fois des caractères d'unité ou d'opposition, ou, du moins, de diversité. Dans la Villanelle qui suit, la femme tour à tour est celle qui fait éclore la vie sous ses pas et celle qui incendie le coeur des hommes:

Près du golfe où danse et dort un vaisseau,
Elle essaime un rêve au gré de l'arêne.
Chaque pas au sable inscrit un berceau,
Sa marche signe un passage de reine.

Sur l'épaule nue, en double ruisseau
Coulent des cheveux de blonde sirène.
Sa marche signe un passage de reine,
Chaque pas au sable inscrit un berceau.

Que le vent se lève, en furieux assaut,
Qu'il frappe les ponts, lasse la carène:
Chaque pas au sable inscrit un berceau,
Sa marche signe un passage de reine.

O Taille qui ploie comme un jeune ormeau!
O Lïane! O Florale! Rose Hélène!
Ta marche signe un passage de reine!
Chaque pas au sable inscrit un berceau.

Ta marche immobile est ce chant d'oiseau
Qui chante dans le charme ou dans le frêne!
Chaque pas au sable inscrit un berceau,
Ta marche signe un passage de reine.



 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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