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La Versification Française
 

Le Sonnet

Le Sonnet dont Boileau a formulé les lois dans des vers célèbres, n'est point, comme on l'a cru longtemps, une conquête de la Pléïade. Introduit en France d'abord sur le modèle des Italiens (ABBA/ABBA//CDC/DCD), par Melin de Saint-Gelais et Clément Marot, sa forme n'a été que très légèrement modifiée par la suite par les poètes de la Pléïade. Les sonnets de Marot et de Melin de Saint-Gelais était en décasyllabes.
Le sonnet est composé de quatorze vers de mètre identique (en général: alexandrin, très souvent décasyllabe, parfois octosyllabe, mais tous les mètres peuvent être utilisés) réparti en deux quatrains et un sizain (deux tercets). Les rimes des deux quatrains sont identiques, en général embrassées, parfois croisées. Le contenu des deux quatrains doit être relayé par un autre contenu dans les six derniers vers. Et le dernier vers du sonnet doit proposer une pointe ou une chute qui résume l'impression d'ensemble, met en valeur un détail formant contraste, crée un effet de surprise. La forme du sonnet, soit Marotique ou française, se détermine grâce à la forme du sizain: (CCD+EED), forme dite Marotique (au XVIe); (CCD+EDE), forme dite française (du XVIe au XIXe).

La structure traditionelle

Marotique: (ABBA/ABBA//CCD/EED)
française: (ABBA/ABBA//CCD/EDE)

Ces deux schémas sont considéré comme les deux formes fondamentales du sonnet français, même s'il arrive que nous ayons des quatrains à rimes croisées.

Le Fumeur

Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixés vers terre, et l'âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L'espoir, qui me remet du jour au lendemain,
Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu'un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu'en mon premier état, il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent:

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d'espérance,
Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent.

(Saint-Amant).

Le Sonnet hétérométrique

Dès que les variations du mètre obéissent à un certain ordre, on a bien l'impression que le sonnet hétérométrique mérite à peine le nom d'irrégulier.
Baudelaire nous a donné un fort beau modèle de sonnet hétérométrique à mètre alterné, composé de décasyllabes et d'octosyllabes avec «le Chat» dans «Les Fleurs du Mal».
(A10b8A10b8//C10d8C10d8//E10f8E10//f8G10g8)
Verlaine a écrit un sonnet loufoque, dans lequel il use de mètres variés, mais formant, en dépit de l'anarchie apparente, un dessin symétrique dans les quatrains et parallèle dans les tercets:
(A8b7b7A8//A8b7b7A8//c7C10D14 //e7E10D14)

Le Sonnet Layé

Le Sonnet Layé acquiert des vertus dynamiques et parfois plus de grâce si l'écourtement du vers intervient essentiellement dans les finales, soit pour couronner la protase, soit, plus souvent, pour marquer l'apodose.
Ce sont les 2ème et 4ème vers (courts) des quatrains et les vers (courts) finals des tercets qui se trouvent, en manière de soupirs, donner à la phrase fléchissante le ton de l'intimité:
(A12b6A12b6//A12b6A12b6//C12C12d6//E12E12d6).


Les Sonnets irréguliers

On parlera de sonnets irréguliers lorsque le poète modifie les quatrains, les tercets, le nombre de rimes. Nous aurons, donc, à travers les siècles, des sonnets irréguliers, des sonnets apparents ou sonnet postiche où seule la disposition typographique désigne encore à l'oeil un sonnet.

Le Sonnet à rebours

Avec Verlaine on découvre le Sonnet à rebours: (dee/dcc//abba/abba) ou (ede/dcc//abba/abba) ou à l'italienne (dcd/cdc//abba/abba).

Le Sonnet polaire

Le sonnet polaire: (abba//eef/ggf/cddc).

Le Sonnet alterné

Dans l'oeuvre de Catulle Mendès on rencontre le Sonnet alterné qui consiste dans l'alternance des quatrains et des tercets. Ce peut-être l'ordonnance Quatrain/Tercet/Quatrain/Tercet, ou la disposition Tercet/Quatrain/Tercet/Quatrain, moins justifiable du fait que la rime solitaire du premier tercet reste trop longtemps sans réponse.

Le Sonnet quinzain

Il y a aussi le Sonnet quinzain, qui est un sonnet dont on adjoint un quinzième vers, typographiquement détaché et qui rime avec l'un des vers du dernier tercet. Cette formule fleure le maniérisme. Et le vers final, quand il ne ménage pas un effet particulier, paraîtra facilement mièvre ou du moins apprêté.

Le Sonnet seizain

Certains poètes se sont essayés au Sonnet seizain. Il est bâti sur cinq rimes et s'adjoint deux vers détachés, l'un qui précède et l'autre qui suit le corps des quatorze vers: (a///abba/caac//dde/ a'ea'///a). Quand au vers liminaire, il pourrait se répéter dans le vers final et fermer le seizain à la manière d'un refrain.

Le Sonnet à refrain

Il existe aussi le Sonnet à refrain. Ici, le premier vers est repris à la suite du premier et du second quatrain, en sorte que le huitain primitif devient un dizain. En outre, le sizain originel devient un huitain, le premier vers étant repris à la suite du premier tercet, et le vers initial de l'ancien second tercet étant répété comme vers final du poème. Ce sonnet comprend donc dix-huit vers, parmi lesquels on compte trois vers de refrain différents. En voici le schéma: (a*bbaa*//abbaa*//c*dcc*//d*cdd*) (mffmm//mffmm//fmff//mfmm).
Cette formule contient de précieuses valeurs esthétiques. Son tort est peut-être de faire entendre trois fois de suite une rime de même sexualité (ici masculine) dans le passage du premier au second couplet; mais comme il s'agit de la même rime, la loi de l'alternance n'est pas enfreinte. Cette forme est donc valable pour la poésie française.

Le Sonnet Double

C'est un sonnet, enflé de six vers mineurs, à raison de quatre dans le huitain et deux dans le sizain primitif. Le sonetus duplex se présente sous trois formes.

Les vers insérés sont croisés (cruciati):
(AaBBbA/AaBBbA//CDdE/DEeC)
(mmfffm/mmfffm//fmmf/mfff(?)) ou (ffmmmf/ffmmmf//mffm/fmmm(?))

Les vers insérés sont suivis (successivi):
(AaBAaB/AaBAaB//CcDD/CcDD)
(mmfmmf/mmfmmf//mmff/mmff) ou (ffmffm/ffmffm//ffmm/ffmm)

Les vers insérés forment un couple de rimes plates (in principis consonantes):
(AbBAbB/AbBAbB//CDdE/ECcD)
(mffmff/mffmff//mff?/?mmf) ou (fmmfmm/fmmfmm//fmm?/?ffm)

ou

(AaBAaB/AaBAaB//CDdC/CDdC)
(mmfmmf/mmfmmf//mffm/mffm) ou (ffmffm/ffmffm//fmmf/fmmf)

Des quatre formules indiquées ci-dessus, deux seulement (la seconde et la quatrième), se trouvent convenir à la règle de l'alternance. Le poète reste libre de débuter par une rime féminine ou masculine: c'est la finale qu'il doit avoir en vue.

Le Sonnet à Codas

C'est un Sonnet augmenté de six vers, sur des rimes supplémentaires et qui surviennent tous les deux vers dans le huitain et à la fin de chaque tercet primitif; le sonnet à codas compte donc vingt vers. Les six vers ajoutés (ou codas) sont de mètre mineur: (ABcABc/ABcABc//DEDf/EDEf).
Ce sonnet ne tolérant pas l'alternance des rimes, certains poètes l'ont modifié en vue de l'adapter aux lois de la poésie française. Il ont renoncé aux rimes supplémentaires et les ont remplacées par des rimes en écho, l'écho du premier tercet étant différé à la fin du second:
(ABbABb/ABbABb//CDCc/DCDc)
(mffmff/mffmff//mfmm/fmfm)
ou avec cinq rimes:
(ABbABb/ABbABb//CDCd/EDeD)
(mffmff/mffmff//mfmf/mfmf)

Le Sonnet rapporté

Ce sonnet est ainsi nommé parce que ces vers peuvent se partager en plusieurs colonnes qui, lues séparément, dans l'ordre vertical, donnent un sens cohérent. Lorsque le sonnet rapporté partage ses vers en trois ou quatre membres, ces derniers ne sont pas nécessairement isométriques. Dans chaque colonnes, on trouve des membres qui peuvent varier d'une ou deux syllabes au gré des nécessités. Voici un exemple de sonnet rapporté:

O Amour              O Penser            O Desir plein de flame,
Ton trait,             Ton fol appas     la rigeur que je sens,
Me blesse,           me nourrit,         conduit mes jeunes âges
A la mort,            aux douleurs      au profond d'une lame.

Iniuste Amour,    Penser, Desir,     cours à Madame,
Porte lui               loge lui               fay voir comme presens,
A son coeur         en l'esprit           à ses yeux meurtrissans
Le mesme trait,   mes pleurs,        les feux que j'ay dans l'ame:

Force,                 fay consentir      contrain sa resistance,
Sa beauté           son desdain        et sa fiere constance,
A plaindre          à soupirer           à soulager mes voeux,

Les torments,     les sanglots        et les cruels suplices,
Que j'ay              que je chery       que je tiens pour delices,
En aimant,          en pensant,         en désirant son mieux.


La Couronne de Sonnets

Après une série de tâtonnements, qui engendrèrent diverses suites de sonnets groupés autour d'un thème, est apparu un système de sonnets formant entre eux une superforme fixe: la Couronne de sonnets. Elle consiste en quinze sonnets. Le dernier sonnet se nomme le sonnet maître. Les vers de ce sonnet sont empruntés aux vers initials et aux vers finals de chacun des 14 sonnets précédents: le premier sonnet commence par le premeir vers et se termine par le second vers du sonnet maître; le second sonnet commence par le second vers et s'achève sur le troisième vers du sonnet maître, et ainsi de suite jusqu'au 14e sonnet qui débute par le 14e vers et se clôt sur le 1er vers du sonnet maître. Vient alors le sonnet maître lui-même, qui ferme cette composition circulaire en forme de couronne.

Le Sonnet faux...

Il ne faudrait pas confondre le faux sonnet (qui, le plus souvent, recèle une recherche, un raffinement) et le sonnet faux (visiblement dû à une défaillance du poète). Encore que ce dernier peut cacher une intention.


La Terza-Rima

La Terza-Rima (Tierce-rime), introduite d'Italie en France au commencement du XVIe siècle, assez peu cultivée au reste, complètement abandonnée aux XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, la Terza-Rima doit sa plus grande illustration au poètes du XIXe siècle.
Dans la Terza-Rima (comme nous l'avons déjà vue dans la rime tiercée), le premier tercet, offre deux rimes masculines embrassant une rime féminine; celle-ci est reprise au second tercet pour embrasser une rime masculine nouvelle, qui, au troisième tercet, embrassera à son tour une nouvelle rime féminine, et ainsi de suite. La pièce se termine par un vers isolé qui rime avec le second du dernier tercet. On peut naturellement commencer par deux vers féminins embrassant un vers masculin.

L'appel

L'Aube chaste et douce, vaste et splendide
S'éveille à l'aurore, joyeux refrain
De baisers ardents, de baisers candides

Que lutine mutin l'Azur badin.
Pure innocence, Elle s'étonne et rêve
L'appel vivant pour s'oublier enfin,

A l'amour, la joie, la vie qui s'élèvent.
Mais soudain, de noirs nuages odieux
Voilent le rayon ardent qui se lève.

Un amas d'éclairs déchire, envieux,
Ce voile brusque, l'obscure nuisance,
En pluie sonore, ce néant soucieux.

En échos, des plaintes, une souffrance:
La solitude du vide pleurait
L'effroyable présence de l'absence.

Le Firmament, reflet du manque éclairé,
Souffle une auréole sur le front sombre
De l'Homme, et lui donne un coeur ignoré.

Alors, disperse et chasse la pénombre,
Un vent serein, un souffle éblouissant;
Alors, s'éparpillent les ombres d'ombres.

De même, Elle se réjouit et consent,
Tendre amante de lumière alliée,
A réunir, d'amour le plus puissant,

Les jeunes passions réconciliées.


Dans l'ensemble, la tierce rime n'a pas trouvé, dans notre littérature, l'accueil auquel elle avait droit. D'autres poètes ont remédié au caractère fluvial de cette forme en la fermant au moyen d'un quatrain toutes les trois, quatre ou cinq strophes. On avait alors: (ABA BCB CDCD//EFE FGF GHGH // etc.).
D'autres ont bâti un poème à forme fixe et à refrain, par exemple un treizain tiercé redoublé, comme suit: (ABA BCB CDC DEDE*//FGF GHG HIH IEIE*//JKJ KLK LML MEME*).


La Sextine

La Sextine est un poème à forme fixe imité de la Sextine italienne de Pétrarque. On peut en trouver des exemples dans Pontus de Tyard.
La Sextine comprend six sizain sur deux rimes et une demi-strophe finale, soit un tout de trente-neuf vers. Elle est écrite en alexandrins. Les mêmes mots qui terminent la première strophe doivent terminer toutes les autres, de manière à ce que:
le mot final du sixième vers de la strophe précédente serve de mot final au premier vers de la nouvelle strophe;
le mot final du premier vers de la strophe précédente serve de mot final au second vers de la nouvelle strophe;
le mot final du cinquième vers de la strophe précédente serve de mot final au troisième vers de la nouvelle strophe;
le mot final du second vers de la strophe précédente serve de mot final au quatrième vers de la nouvelle strophe;
le mot final du quatrième vers de la strophe précédente serve de mot final au cinqième vers de la nouvelle strophe;
le mot final du troisième vers de la strophe précédente serve de mot final au sixième vers de la nouvelle strophe.

De plus, dans la demi-strophe qui termine la Sextine, les six mots de la rime doivent reparaître de telle manière que le second, le quatrième et le sixième mots soient à la rime et les trois autres chacun par ordre à l'intérieur d'un vers.
Dans l'exemple suivant, trois sizains ont été omis car ils n'étaient pas nécessaires de les citer pour une meilleure compréhension de la Sextine:

Enfin Mai se décide et ce n'est plus un rêve! 1
Avec tous ses rayons, ses fleurs et ses oiseaux,
2
Gracieux, triomphant, il se montre. La sève,
3
Des frimas désormais ne souffrant nul trêve,
4
Circule. Le cresson tale ses réseaux
5
Sur l'eau vive, et l'étang s'encombre de roseaux.
6

Les arbres aux forêts, les buissons, les roseaux,
6
Palpitent tout joyeux. On entend, comme en rêve,
1
Des murmures charmants traverser leurs réseaux.
5
Est-ce la brise? Ou bien, ainsi que les oiseaux,
2
Les rameaux ondoyants, dès que l'hiver fait trêve,
4
N'ont-ils pas une voix émanant de leur sève?
3

Nous-mêmes, en nos jours de jeunesse et de sève,
3
Ce chant qui nous berçait, hommes, frêles roseaux,
6
Si vif que les chagrins n'y jetaient qu'une trêve
4
Ephémère, si doux qu'on veut du moins qu'un rêve!
1
En survive; ce chant, étaient-ce les oiseaux
2
Qui tissaient au printemps ses magiques réseaux?...
5

Rêve 1 qu'on aime encor. Chantez toujours, oiseaux;
2
Sève, 3 bouillonne, et vous, brises, volez sans trêve
4
Des réseaux 5 verdoyants aux thyrses des roseaux!
6

Il est difficile de partager l'enthousiasme de Banville pour la Sextine. La répétition des mots risque de tourner à l'ennui le plus meurtrier; il s'agit de rechercher par ailleurs le plus de variété et les mots les plus éveillés possible.
Une autre erreur consiste dans le choix de l'alexandrin! Si les mots de la rime doivent créer une impression de vertige, ou d'égarement, ou d'obsession, la longueur des vers rend leur retour moins perceptible; le décasyllabe, l'ennéasyllabe ou l'octosyllabe seraient bien préférables. Et cela d'autant plus que le poème est fort long... Et l'attention du lecteur a des limites, surtout dans un poème à forme fixe ou l'état poétique n'est pas soutenu par un refrain.
Enfin, c'est une troisième erreur que de reprendre au premier vers de chaque strophe la rime que l'on vient d'entendre: cette répétition ne saurait passer inaperçue, elle a les apparences d'une maladresse. Il aurait fallu faire partir la spirale de la rime numéro une. C'est pourquoi d'autres poètes ont proposé la croisure avec inversion des rimes à la strophe suivante, suivant le schéma et la formule complète:

Strophe 1: A1 B1 B2 A2 B3 A3
Strophe 2: B1 A1 A2 B2 A3 B3
Strophe 3: A2 B2 B3 A3 B1 A1
Strophe 4: B2 A2 A3 B3 A1 B1
Strophe 5: A3 B3 B1 A1 B2 A2
Strophe 6: B3 A3 A1 B1 A2 B2
Clausule : A3 B2 A2


Ainsi, la première rime d'une strophe ne sera jamais la dernière de la strophe précédente.
Un dernier conseil au poète qui tenterait sa chance dans la Sextine française: le mot-rime est gourmand ; des polysyllabes comme par exemple «rivages», «feuillages», «sommeil», «vermeil» dévorent la substances du vers, restreignent la liberté du poète et compromettent la réussite. Si l'on a choisi l'octosyllabe, l'emploi de monosyllabes à la rime augmentera la place disponible pour le renouvellement de l'expression à l'intérieur du vers.


La Sotie

La Sotie est un poème médiéval de onze vers, qui disposent leurs rimes en (ababccddede), mais où la voyelle finale accentuée prend successivement le timbre des cinq voyelles principales (a, e, i, o, u) comprise entre les mêmes consonnes. On aura, par exemple, les finales: nate (a), nete (b), nite (c), note (d), nute (e) ou tal (a), tel (b), tic (c), tol (d), tul (e). Les rimes seront donc unisexuées. Exemple:

Je vous présente un acrobate:
Voyez s'arrondir sa jambette!
Et (pour user d'une hyperbate)
Sa cour il fait, et sa courbette,
Avec une grâce subite
A Suzon comme au Barnabite.
Il aime un peu, oui, la ribote.
Parfois dans le vice il barbote.
Le triste Pierrot le rebute.
Savez-vous de qui je jabote?
D'arlequin, l'as de la culbute.



Le Fatras

Le Fatras est un poème de forme fixe, d'origine picarde, comportant au total treize vers. Il comprend un couplet de onze vers sur deux rimes et dont voici la forme déterminée: (a*b*//a*abaab/babab*).
Ce couplet est précédé d'un distique (a*b*), dont il est le commentaire ou le développement et dont il reprend, en (a*) le premier vers, et en (b*) le second:

[La femme est comme un ange]
[Qui se souvient aux cieux.]

[La femme est comme un ange.]
Dis-je vrai? Ou bien mens-je?
On le lit dans ses yeux:
Son cœur est sans mélange.
Et c'est Adam qui mange
La pomme, oui messieurs!
Fi de ces goûts vicieux!
Elle, presse l'orange
Au goût délicieux...
Est bien près de la fange
[Qui se souvient aux cieux.]



Le Double Fatras

Le Double Fatras est composé de deux Fatras simple, le premier traitant les vers du distique dans l'ordre où ils se présentent, le second inversant leur ordre. Voici la formule de l'ensemble:
(a*b*//a*abaab/babab*//b*a*//b*babba/ababa*)

[Seul le silence est grand:]
[Tout le reste est faiblesse.]

[Seul le silence est grand.]
Quand l'âme est un torrent,
Une barque en détresse;
Quand le chagrin vous prend
Dans ses mains de truand
Et vous tord et vous presse
Sans vous laisser de cesse;
Quand l'ami le plus franc
Vous dit un mot qui blesse,
Taisez-vous, cœur vaillant:
[Tout le reste est faiblesse.]

[Tout le reste est faiblesse?]
[Seul le silence est grand?]

[Tout le reste est faiblesse!]
Mais! l'âme, vengeresse,
Dénonce le marchand
Qui débite l'ivresse!
Et quand une drôlesse
De ses doigts d'Aegipan
Salit en la touchant
L'innocente jeunesse,
Debout! Sus au méchant
Qui dit avec simplesse:
[Seul le silence est grand.]


On distinguait le Fatras possible du Fatras impossible. Le Fatras possible est celui dont le texte offre un sens. Le Fatras impossible ne dit que des choses incohérentes.
On suppose que le Fatras a commencé par être un jeu de société. Un thème était proposé à l'assistance sous forme de distique et chacun, dans un délai fort bref, devait donner la parole à sa muse selon la règle du Fatras. La nécessité de rimer en public sans que la réflexion dispose d'un temps suffisant aboutit chez plus d'un à des Fatras impossibles. Plus le sens était cocasse ou grotesque, plus on devait s'en amuser.


La Fatrasie

Ce fut un nom donné au Moyen Âge, à des pièces de vers incohérentes. Ce genre à la fois lyrique et burlesque, semble né au XIIIe siècle. A défaut de Fatrasie ancienne, où l'incohérence du sens serait aggravée par la nécessité d'expliquer de nombreux archaïsmes, nous donnons ici un exemple moderne de Fatrasie; la recherche de sonorités cocasses fait partie du genre:

Dans ce voyage en zig
Zag où nous serpentâmes,
La tête sonne en Big!
Ben! (pitié pour nos âmes).
Secoué de ce tic-
Tac où le cœur s'affole,
Il faut "vider son ( sic!)
Sac": donnons notre obole.
Etc.



La Glose

La Glose paraît avoir été introduite en France avec Anne d'Autriche et les Espagnols. Au reste, elle ne sait jamais bien acclimatée chez nous, et le seul exemple qui mérite d'en être conservé est celui de la Glose composée par Jean-François Sarasin sur le Sonnet de Job.
Comme son nom l'indique, la Glose consiste dans une paraphrase (ou glose) d'une pièce de vers. Elle peut prendre toutes les formes suivant la nature de la pièce à laquelle elle s'adapte; chacun des vers de cette pièce doit servir de dernier vers à chaque strophe de la Glose.
Il en résulte que la Glose prend un développement énorme; elle n'est supportable que portant sur un poème restreint, par exemple un sonnet. La Glose d'un sonnet donnant quatorze strophes, on voit aisément la limite que l'on saurait franchir sans danger d'ennuyer.
La Glose de Sarasin sur le sonnet de Job est célèbre. Il ne sera donner ici comme exemple que le premier quatrain de ce sonnet, et les quatre premières strophes de la Glose correspondante.

Job

Job de mille tourments atteint
Vous rendra sa douleur connue,
Mais raisonnablement il craint
Que vous n'en soyez pas émue...

(Benserade).

Monsieur Esprit, de l'Oratoire,
Vous agissez en homme saint
De couronner avec gloire
Job de mille tourments atteint

L'ombre de Voiture en fait bruit,
Et s'étant enfin résolue
De vous allez voir cette nuit,
Vous rendra sa douleur connue.

C'est une fâcheuse vue,
La nuit, qu'une Ombre qui se plaint;
Votre esprit craint cette venue,
Et raisonnablement il craint.

Pour l'apaiser, d'un ton fort doux,
Dites: j'ai fait une bévue,
Et je vous conjure à genoux
Que vous n'en soyez pas émue...

(Sarasin).


 
Mise à Jour de la page le 12/2001
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